Les technos canadiennes sortent de l’ombre américaine

Philip Fayer, le p.-d.g. de Nuvei
Photo: Nuvei Philip Fayer, le p.-d.g. de Nuvei

La montréalaise Nuvei a établi un record en septembre dernier en levant 805 millions de dollars au moment de son arrivée à la Bourse de Toronto. Il s’agissait alors de la plus haute somme récoltée par une société technologique canadienne au moment d’un premier appel public à l’épargne. Ce record a été battu en février par Telus International. Voilà la preuve que les technos canadiennes entrent dans une nouvelle ère, croit Philip Fayer, le p.-d.g. de Nuvei.


 

Réflexions dirigées sur différents sujets.

Les NFT

Les jetons non fongibles (non fungible tokens ou NFT, en anglais) ont fait une apparition spectaculaire dans le monde de la finance et de l’art numérique à l’automne 2020, en permettant à des créateurs de vendre des œuvres entièrement dématérialisées pour plusieurs millions de dollars. Le jeton en question est une unité de base d’une cryptomonnaie et la monnaie Ethereum, la seconde crypto en importance derrière le bitcoin, est la plateforme la plus souvent utilisée dans ce contexte. Le dégonflement de la valeur du marché des cryptomonnaies ce printemps ne décourage pas Philip Fayer, qui voit dans cette technologie le début de quelque chose d’énorme.

« On verra les NFT croître dans les prochaines années à mesure que des secteurs commerciaux autres que celui de l’art et des collectionneurs en feront l’adoption. Il n’y a pas de limite au potentiel de cette technologie, qui repose sur la chaîne de blocs (blockchain) et qui la rend extrêmement sûre et prometteuse. Un autre des attraits de ces jetons est que leur adoption est poussée par le marché et par ses utilisateurs. La technologie vient à peine d’apparaître qu’elle a déjà été adoptée massivement par de nombreux consommateurs », dit-il.

Contrairement à ce qu’on croit, le Canada a toujours été bon en technologie, mais beaucoup d’entrepreneurs recherchaient la vente rapide à une société américaine. Aujourd’hui, nous avons Shopify, Lightspeed et Nuvei à la Bourse. Cela signale que les marchés sont devenus une meilleure option. À mon avis, la popularité des fusions avec des sociétés d’acquisition à vocation spécifique (les "SPAC", en anglais) envoie aussi un signal positif.

Le mouvement DeFi

Imaginez vendre ou acheter votre maison sans avoir à faire affaire avec un agent immobilier, un notaire ou même une institution bancaire. C’est un peu l’idée derrière le mouvement DeFi, un mot-clic qui tient pour « décentraliser le secteur financier ». Les adeptes de DeFi rêvent de couper court aux intermédiaires dans leurs processus transactionnels à l’aide de la technologie. Le traitement des paiements électroniques de Nuvei, qui accepte plus de 150 devises différentes, est un exemple de service financier décentralisé.

« C’est un secteur tout à fait naturel où se situer pour Nuvei. La croissance du marché DeFi a été de 150 % au dernier trimestre. Nous pensons que nous pouvons aller chercher de la croissance rapidement en nous positionnant de la sorte. Il y a eu une révolution numérique dans la finance et le commerce qui va au-delà de la cryptomonnaie. Nous effectuons 87 % de nos activités en ligne dans des secteurs d’affaires mondiaux et à forte croissance, d’une part, et qui amorcent un virage numérique, d’autre part. Pour nous, la possibilité d’utiliser la crypto en tant que monnaie fiduciaire nous permet d’utiliser la technologie sans nous exposer à sa volatilité. »

En un clin d’oeil

Nuvei est une société de technologie financière qui se spécialise dans le traitement des paiements électroniques.

Valeur boursière (TSX) : 12,3 milliards de dollars

Revenus : 150 millions $US (1er trimestre 2021)

Nombre d’employés : 1000

Année de fondation : 2003

La volatilité du bitcoin

Le 6 mai dernier, Nuvei faisait une offre d’achat d’une valeur de 300 millions de dollars pour la société israélienne Simplex, qui a mis au point une série d’outils financiers facilitant, entre autres, l’achat et la vente de bitcoins. Simplex possède par ailleurs la capacité d’ouvrir des comptes bancaires et d’émettre des cartes de paiement en bitcoins comme s’il s’agissait d’une devise traditionnelle. Depuis l’annonce de cette transaction, le bitcoin s’est toutefois effondré, perdant environ le tiers de sa valeur en trois semaines à peine. Signe de la grande volatilité des cryptomonnaies, un bitcoin vaut tout de même encore environ le double de ce qu’il valait lors de son premier sommet atteint en décembre 2017, qui était de 19 783 $US. Au cours des trois dernières semaines, le titre de Nuvei à la Bourse de Toronto a quant à lui gagné un peu plus de 10 %. Le succès de la spécialiste montréalaise des technologies financières ne semble donc pas considéré par les investisseurs comme étant tributaire de la popularité des cryptomonnaies.

« Comme on dit, le bitcoin a connu plusieurs hivers comme plusieurs étés… Mais l’acquisition de Simplex nous permet d’utiliser le bitcoin en tant que monnaie fiduciaire et ne nous expose pas vraiment aux fluctuations du marché (une monnaie ou une devise dont la valeur provient de l’utilisation et de la confiance que lui accordent ses utilisateurs, plutôt que ce qu’il en coûte de la produire). Nous utilisons le bitcoin comme outil pour certifier l’acquisition d’actifs numériques dans le cadre d’une transaction commerciale. Avec Simplex, on met la main sur sa capacité d’émettre des cartes de paiement en cryptomonnaie, ce qui permettra d’effectuer des transactions directement à partir de la monnaie numérique sans avoir à l’échanger pour une autre devise en cours de route. »  

Les entrepreneurs technos canadiens ont longtemps craint la Bourse, mais le vent semble avoir tourné. Est-ce le cas?

Contrairement à ce qu’on croit, le Canada a toujours été bon en technologie, mais beaucoup d’entrepreneurs recherchaient la vente rapide à une société américaine. Aujourd’hui, nous avons Shopify, Lightspeed et Nuvei à la Bourse. Cela signale que les marchés sont devenus une meilleure option. À mon avis, la popularité des fusions avec des sociétés d’acquisition à vocation spécifique (les « SPAC », en anglais) envoie aussi un signal positif.

 

À voir en vidéo