L’américaine AMC lance une vente massive d’actions très volatiles

La chaîne de 950 salles de cinéma a soumis jeudi un document à la SEC pour prévenir les investisseurs des risques potentiels et ainsi se protéger en cas d’une baisse considérable de l’action.
Valérie Macron Agence France-Presse La chaîne de 950 salles de cinéma a soumis jeudi un document à la SEC pour prévenir les investisseurs des risques potentiels et ainsi se protéger en cas d’une baisse considérable de l’action.

Naviguant sur l’envol irrationnel de son cours, la chaîne américaine de cinémas AMC a annoncé jeudi la vente massive de nouvelles actions, mais a prévenu noir sur blanc que les investisseurs pouvaient aussi tout perdre.

Le groupe a indiqué avoir récupéré 587,4 millions de dollars en vendant 11,5 millions de nouveaux titres jeudi, et l’action, qui s’était dégonflée en matinée alors qu’elle avait doublé la veille, est repartie vers des sommets.

Le titre d’AMC, favori des boursicoteurs en ligne, mais aussi des investisseurs qui parient sur sa chute, flirtait à nouveau jeudi avec son niveau de cours record à environ 67 $US, juste en deçà de son sommet de la veille, pour terminer jeudi à 51,31 $US, en baisse de 18 % par rapport à la veille. Mercredi, l’action avait fait un bond de 95,2 % à Wall Street, pour terminer à 62,66 $US, avant de chuter jeudi de 40 % avant la mise en vente des nouvelles actions.

587,4 millions
C’est le montant en dollars américains que l’entreprise AMC a pu récupérer après qu’elle a vendu 11,5 millions de nouveaux titres jeudi.

Alors que son titre évoluait à environ 2 $US en début d’année, AMC a vendu ses actions à 50,85 $US en moyenne, a indiqué le groupe dans un communiqué.

Il avait toutefois pris la précaution de se protéger dans un document soumis aux autorités boursières de la Securities and Exchange Commission (SEC) en prévenant les investisseurs : « Nous pensons que la volatilité récente et nos prix de marché actuels reflètent des dynamiques de marché et de négoce sans rapport avec nos activités sous-jacentes ou les fondamentaux macroéconomiques et sectoriels. »

Cet appel de fonds fait suite à la vente, en début de semaine, de 8,5 millions de titres AMC au fonds spéculatif Mudrik pour quelque 230 millions, des titres que, vue l’embellie de l’action, le fonds s’est empressé de revendre le même jour, enregistrant au passage un juteux profit.

Même scénario que GameStop

La chaîne de 950 salles de cinéma, qui était déjà en difficulté avant que la pandémie ne ferme les salles obscures, a en fait suscité le même phénomène — irrationnel, mais profitable — que les actions des magasins traditionnels de jeux vidéo en difficulté GameStop.

L’engouement des petits porteurs en ligne, s’engageant dans un bras de fer tel David contre Goliath avec les fonds spéculatifs qui, au contraire, pariaient sur la chute du titre, avait porté l’action du distributeur de jeux vidéo aux nues au début de l’année.

Conscient de la haute volatilité de son titre qui va attirer l’attention de la SEC, le gendarme de la Bourse américaine, le groupe AMC prévenait encore jeudi lors de sa mise en vente d’actions nouvelles : « Dans ces circonstances, nous vous déconseillons d’investir dans nos actions ordinaires […] à moins que vous ne soyez prêts à courir le risque de perdre la totalité ou une partie substantielle de votre investissement. »

Le bond d’AMC a aussi entraîné, mercredi, celle d’autres « actions-feu de paille » (Meme stocks), également coqueluches des boursicoteurs en ligne, qui échangent à propos de leurs paris à Wall Street sur le forum WallStreetBets de la plateforme Reddit.

GameStop, menacé de faillite récemment, a ainsi terminé mercredi en hausse de 13 %. Bed Bath and Beyond, dont l’avenir a été mis en danger par la domination du commerce électronique, a engrangé de 62 %, et Blackberry, favorite des nostalgiques de la marque de téléphones, a gagné 32 %. Jeudi, la spéculation reprenait de plus belle et, après avoir perdu du terrain en première partie de séance à Wall Street, Blackberry remontait de 12 %, et GameStop ne perdait plus que 4 %, après la levée de fonds d’AMC.

La valorisation d’AMC en Bourse dépassait même jeudi celle de compagnies aériennes, comme Delta Airlines.

Nombre d’investisseurs se demandent si les autorités boursières vont rester les bras croisés relativement à une telle volatilité, dont les valeurs fondamentales immédiates ne justifient guère de telles valorisations et qui risquent de faire perdre gros à ceux qui misent sur elles.

Risque de tout perdre

« AMC a bien couvert ses arrières », relevait sur CNBC une ancienne membre de la SEC, Amy Lynch, aujourd’hui experte pour la firme FrontLine Compliance. « En écrivant noir sur blanc que les investisseurs pourraient perdre tout leur argent en achetant le titre à ce prix, AMC se prémunit de façon efficace alors que le mandat de la SEC est de préserver les petits actionnaires », a ajouté l’ancienne régulatrice.

David Jones, stratégiste en chef de la plateforme de courtage Capital.com, s’interrogeait, ébahi : « Qui sait quand la musique va s’arrêter ? C’est le nouveau phénomène de 2021 et c’est fascinant à observer […]. Les chances sont que, comme pour les cryptomonnaies en mai, quand les prix vont s’inverser, beaucoup vont se brûler les ailes. »

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