Entrée en bourse pour le géant pharmaceutique Organon

Le nouveau p.-d.g. d’Organon Canada, Michael Casia, est d’avis que son entreprise est «la plus importante» société pharmaceutique qui se spécialise en produits de santé pour femmes sur le marché international.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le nouveau p.-d.g. d’Organon Canada, Michael Casia, est d’avis que son entreprise est «la plus importante» société pharmaceutique qui se spécialise en produits de santé pour femmes sur le marché international.

Organon, un nouveau géant pharmaceutique mondial spécialisé dans le marché des produits de santé pour femmes a fait hier son entrée à la Bourse de New York. L’entreprise essaimée du géant américain Merck & Co. a inauguré dans la foulée son siège social canadien de Kirkland, là où était le cœur de l’industrie pharmaceutique canadienne il y a plus d’une dizaine d’années.

Organon Canada loge d’ailleurs à la même enseigne montréalaise que la filiale canadienne de Merck & Co., aux abords de l’autoroute transcanadienne. Elle est composée d’un peu plus de 80 ex-employés montréalais du géant américain et compte une trentaine d’autres membres répartis ailleurs au Canada, jusqu’à Calgary, en Alberta.

L’entreprise hérite aussi d’un catalogue qui comprend une soixantaine de produits de santé s’adressant pour la plupart, mais pas exclusivement, aux femmes. La pharma touche à la fois à la contraception, à la fertilité et aux troubles qui peuvent survenir durant la période de post-partum qui succède à l’accouchement.

Santé des femmes dans la mire

Bien que la demande pour des produits de santé ciblant principalement les femmes soit en forte croissance tant au Canada qu’ailleurs sur la planète, les géants pharmaceutiques se sont récemment désengagés ou ont réduit leurs dépenses en recherche-développement dans ce secteur. D’un point de vue strictement commercial, le moment semblait bien choisi pour la création d’une nouvelle société spécialisée dans ce créneau, explique Michael Casia, le nouveau p.-d.g. d’Organon Canada.

« Nous devenons la plus importante, sinon la seule société pharmaceutique internationale qui se concentre à peu près exclusivement sur la santé des femmes », dit-il, en entrevue avec Le Devoir. « Il y a deux raisons qui expliquent notre décision : d’abord, les grandes entreprises pharmaceutiques ont cessé toute forme d’innovation dans ce secteur. Il y a quelques jeunes pousses, mais c’est tout. Ensuite, d’un point de vue strictement commercial, notre catalogue est plutôt bien garni et notre marché est en croissance. »

Organon ne part résolument pas de rien. L’entreprise qui a vu le jour dans les Pays-Bas en 1923 était jusqu’en 2007 une pionnière des produits de contraception et de fertilité. Une série d’acquisitions l’ont fait passer sous le giron de Merck. Aujourd’hui, elle hérite de son ancienne société mère de produits qui ont généré l’an dernier des revenus supérieurs à 6,5 milliards $US. Ce montant pourrait grimper rapidement : la valeur de son marché cible pourrait atteindre 50 milliards $US dans cinq ans, selon la firme d’analyse CB Insights.

L’inscription en bourse de l’entreprise lui fournira les capitaux nécessaires pour acquérir de nouveaux produits auprès d’autres sociétés pharmaceutiques ou auprès de centres de recherche pour consolider un peu son secteur d’affaires. La concentration à Montréal de plusieurs centres universitaires n’est d’ailleurs pas étrangère à l’établissement du siège social canadien dans la métropole québécoise.

« Le réseau universitaire montréalais nous aidera aussi à recruter de nouveaux spécialistes », ajoute M. Casia. « Et on trouve encore à Montréal un bon écosystème d’entreprises pharmaceutiques. »

Les biosimilaires en demande

Mais l’entreprise ne s’intéresse pas seulement à la santé des femmes. Certains des produits mis au point par Organon aident à combattre des maladies qui affectent tant les hommes que les femmes, comme la maladie de Crohn ou les troubles de polyarthrite rhumatoïde. Organon développe par ailleurs des médicaments biosimilaires qui intéressent tout particulièrement les provinces canadiennes étant donné que ces produits sont plus abordables que des médicaments plus conventionnels.

Le gouvernement du Québec a d’ailleurs annoncé à la fin mai qu’il ne couvrira, à partir d’avril 2022, que les médicaments biosimilaires, dans les cas où ils existent pour remplacer des médicaments biologiques de référence. Le ministre de la Santé Christian Dubé estime que l’utilisation de produits biosimilaires réduira de 100 millions de dollars les dépenses provinciales annuelles en médicaments. Le montant grimpe à 1 milliard de dollars à l’échelle du Canada. L’Alberta, la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick privilégient déjà ce type de médicaments dans leur propre couverture des soins de santé.

Les médicaments biosimilaires sont créés par des sociétés pharmaceutiques tierces pour reproduire des médicaments de référence une fois que le brevet de ces derniers est échu. Ils coûtent moins cher à produire et leur effet sur la santé restent le même.

Organon Canada compte s’imposer dans ce marché et anticipe pour les cinq prochaines années une croissance « dans les deux chiffres » de son chiffre d’affaires annuel au pays, en raison de la demande accrue pour ces produits. « Cela fera de nos opérations canadiennes une des plus importantes divisions d’Organon à l’échelle mondiale aux côtés de la Chine et des États-Unis », affirme Michael Casia.

Et cela aidera à relancer un peu les activités pharmaceutiques dans l’ouest de l’île de Montréal.

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