Vers une batterie pour véhicules électriques 100% canadienne?

Quand elle sera opérationnelle fin 2022, la nouvelle usine de Lion Électrique à Mirabel produira des batteries pour équiper chaque année l’équivalent de 14 000 véhicules électriques comme ceux que Lion compte vendre au Canada et aux États-Unis. Sur la photo, l’usine de production de camions et d’autobus de Lion Électrique, à Saint-Jérôme.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Quand elle sera opérationnelle fin 2022, la nouvelle usine de Lion Électrique à Mirabel produira des batteries pour équiper chaque année l’équivalent de 14 000 véhicules électriques comme ceux que Lion compte vendre au Canada et aux États-Unis. Sur la photo, l’usine de production de camions et d’autobus de Lion Électrique, à Saint-Jérôme.

Le fabricant d’autobus scolaires Lion Électrique confirmera jeudi un investissement de 185 millions de dollars à Mirabel pour y produire les batteries qui alimenteront ses futurs véhicules. Lion assemblera en réalité des cellules au lithium pour la plupart importées d’Asie, ce qui fait dire à d’autres acteurs impliqués dans l’électrification des transports que le Canada aurait avantage à favoriser la création d’une chaîne de production entièrement canadienne. De la mine à la roue, pour ainsi dire.

Québec et Ottawa remettront à Lion Électrique 99 millions de dollars sous forme de prêts pour l’aider à construire cette usine d’une capacité annuelle de 5 gigawatts-heure. Quand elle sera opérationnelle fin 2022, elle produira des batteries pour équiper chaque année l’équivalent de 14 000 véhicules électriques comme ceux que Lion compte vendre au Canada et aux États-Unis — des autobus scolaires et des camions commerciaux urbains de classe 6 et 8.

Hautement robotisée, l’usine produira un bloc-batteries toutes les 5 minutes. Ces blocs seront composés de modules regroupant plusieurs cellules elles-mêmes faites de matériaux comme le lithium, le nickel et le cobalt.

Comme il n’existe aucun fabricant de cellules de ce genre au Canada, Lion Électrique doit s’approvisionner à l’extérieur du pays, essentiellement en Asie, auprès de sociétés comme la coréenne LG Electronics. L’entreprise de Saint-Jérôme possède aussi des ententes avec l’allemande BMW et la californienne Romeo Power, qui fabriquent toutes deux des composants utilisés dans les batteries de véhicules électriques.

S’il existait un fournisseur canadien, Lion en serait « le plus important client », assure Patrick Gervais, vice-président marketing de Lion. « La production de cellules est l’élément le plus critique des véhicules électriques, et elle manque au pays à l’heure actuelle », dit-il, rappelant que dans un contexte de lutte climatique, les pays qui ont la capacité de produire ses propres batteries auront plus de facilité à réduire leurs émissions polluantes.

On trouve au Canada des chercheurs universitaires de renommée internationale spécialisés dans les batteries, des sociétés minières qui font l’extraction de matériaux comme le lithium, le cobalt et le nickel, considérés comme stratégiques pour ces batteries et des fabricants de véhicules électriques comme Lion, Ford et General Motors qui désirent acheter des batteries.

Coup de pouce fédéral réclamé

Cette chaîne industrielle ne sera pas complète tant qu’on ne transformera pas les ressources naturelles en « produits à valeur ajoutée », comme on dit dans l’industrie pour parler de batteries créées entièrement à partir de matériaux trouvés localement. « Tous les pays qui ont une industrie automobile importante construisent des usines pour transformer leurs ressources en batteries. C’est au tour du Canada de le faire », estime Sarah Houde, p.-d.g. de Propulsion Québec, l’organisme qui représente le secteur québécois du transport électrique.

Mme Houde fait écho aux propos d’autres experts du secteur formulés récemment. Il y a quelques jours, le p.-d.g. sortant de la minière ontarienne Sherritt International, David Pathe, a critiqué l’absence d’une stratégie nationale claire et a demandé à Ottawa d’agir. « Le gouvernement doit élaborer une politique nationale qui aidera à réunir tous les morceaux », a dit l’homme d’affaires torontois à l’occasion d’une entrevue avec l’agence de presse Bloomberg.

Mme Houde abonde en ce sens. Elle rappelle qu’une coalition pancanadienne créée l’automne dernier est en train de regrouper les entreprises du secteur afin de faciliter les échanges commerciaux. Le fédéral n’aurait qu’à donner « un petit coup de pouce » pour que les choses se mettent en branle.

« Le fédéral étudie le dossier depuis longtemps. Il faut passer à l’étape suivante », conclut-elle.

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