Des feux de circulation intelligents pour réduire les émissions de GES

Les deux ingénieurs en génie électrique Patrick Lauzière et David Préville ont développé un outil permettant à une municipalité de signaler aux feux de circulation quand passer du rouge au vert, pour réduire le nombre de fois où certains véhicules doivent s’immobiliser. 
Photo: Niosense Les deux ingénieurs en génie électrique Patrick Lauzière et David Préville ont développé un outil permettant à une municipalité de signaler aux feux de circulation quand passer du rouge au vert, pour réduire le nombre de fois où certains véhicules doivent s’immobiliser. 

Le port de Trois-Rivières engendre des activités de camionnage assez importantes. À toute heure du jour, ces camions génèrent du bruit, des odeurs et des émissions polluantes. La ville pense avoir trouvé une solution pour minimiser ces inconvénients sur les quartiers environnants : des feux de circulation intelligents.

La municipalité mauricienne récoltera à partir de cet été des données provenant des camions qui seront traitées par des algorithmes d’intelligence artificielle afin d’optimiser le comportement des feux de circulation se trouvant sur son territoire. Ce système ne recourt à aucune caméra et n’utilise pas de capteurs pouvant compromettre la vie privée des passants.

L’objectif est de réduire les répercussions sur l’environnement du transport de marchandises en minimisant la fréquence du freinage et des accélérations des poids lourds en dehors des heures de pointe. C’est quand ces véhicules freinent ou qu’ils accélèrent qu’ils sont les plus bruyants. C’est aussi dans ces moments qu’ils polluent le plus.

Moins de feux rouges, moins de pollution. Le plus beau : ultimement, ce sont les camionneurs qui paieront pour financer la nouvelle technologie.

Feu vert pour verdir les camions

C’est en tout cas le modèle d’affaires présenté à la ville de Trois-Rivières et aux sociétés de transport de la région par niosense, une petite entreprise essaimée à l’automne 2020 du Centech, un incubateur technologique montréalais associé à l’École de technologie supérieure (ÉTS).

Ses fondateurs sont deux ingénieurs en génie électrique, Patrick Lauzière et David Préville, qui ont développé cet outil permettant à une municipalité de signaler aux feux de circulation quand passer du rouge au vert, pour réduire le nombre de fois où certains véhicules doivent s’immobiliser. Le système peut être réglé au goût de son opérateur pour prioriser le passage de cyclistes, d’autobus ou de véhicules d’urgence.

Dans le cadre du projet pilote de niosense à Trois-Rivières, chaque camionneur intéressé par une participation devra payer des frais de 25 $ par mois et consentir à prendre à son bord un système GPS partageant sa localisation, sa direction et sa vitesse. En échange, le camionneur recevra une fois par mois un relevé de ses déplacements lui indiquant ce que les feux intelligents lui ont permis d’épargner, en termes de carburant et d’émissions polluantes.

Selon niosense, les économies générées sont suffisantes pour que les camionneurs s’engagent avec enthousiasme dans le projet. « Chaque fois qu’un poids lourd s’arrête et redémarre, il consomme trois litres de diesel et émet une quantité de gaz à effet de serre qui se calcule en kilogrammes. De gros camions comme ceux-là ne seront pas électrifiés demain, ni même dans dix ans. Les économies sont immédiates et importantes », assure Patrick Lauzière.

Du point de vue de l’administration municipale, optimiser la circulation à l’aide des feux de signalisation est le moyen le plus rapide de s’attaquer à la pollution générée par le transport, ajoute-t-il. « C’est pas mal mieux que d’attendre que tous les véhicules soient électriques et connectés. »

« Les feux intelligents, on en parle comme d’une solution du futur depuis des années, mais aujourd’hui, on a les solutions pour les créer », ajoute l’entrepreneur. Par exemple, à Montréal, déjà plus de 30 % des feux de circulation sont connectés et peuvent récupérer des commandes envoyées par une centrale. La première étape est donc en train de se mettre en place.

Depuis un an, niosense a en outre levé un million de dollars auprès d’investisseurs privés et publics, y compris une subvention de 350 000 $ du ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec, pour mettre au point cette solution de feux de circulation intelligents. Son utilisation par la ville de Trois-Rivières se veut une vitrine technologique pour démontrer son efficacité. D’autres municipalités du Québec et d’ailleurs ont aussi démontré de l’intérêt, comme Marseille, en France.

La prochaine étape pour niosense est de développer la prochaine génération de ce système, qui pourrait utiliser les réseaux sans fil 5G pour être plus performants.

L’entreprise prévoit de rendre publique cette future version de son système d’ici un an, idéalement en partenariat avec une municipalité de plus grande taille, comme Montréal. « Ce qu’on installe en ce moment, c’est un peu la ligue junior, mais ce qu’on vise, c’est la ligue nationale », conclut M. Lauzière.

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