Faire de Saputo une société d'envergure mondiale

jacques nadeau le devoir
Lino Saputo père, fondateur de l’entreprise qui est devenue une multinationale, demeure toujours président du conseil.
Photo: Jacques Nadeau jacques nadeau le devoir Lino Saputo père, fondateur de l’entreprise qui est devenue une multinationale, demeure toujours président du conseil.

Saputo a 50 ans et c'est Lino, le fils, qui dirige désormais cette société ouverte, mais néanmoins familiale. Lino père, fondateur de cette entreprise qui est devenue une multinationale, demeure président du conseil et, avec un certain recul, il regarde aller son fils, lequel n'a pas l'intention de s'asseoir sur ses lauriers: «Nous serons plus actifs que jamais dans la recherche de la croissance», a-t-il déclaré hier matin aux nombreux actionnaires réunis pour l'assemblée générale annuelle.

Le fils Saputo, en réponse à une jeune et mignonne journaliste, a précisé qu'il avait 38 ans, ce qui a tout de suite suscité ce commentaire de la part du père: «Et il est aussi marié et père de deux enfants.» Lino Saputo fils avait lui-même mentionné aux actionnaires quelques instants plus tôt qu'il avait commencé à travailler dans l'entreprise familiale à un très jeune âge et qu'il connaissait bien la recette du succès de l'entreprise. «Vous verrez donc une continuité entre le style de gestion de mon père et le mien», a-t-il dit en promettant de se faire un devoir de perpétuer les valeurs et la culture de l'entreprise.

Le nouveau (depuis le 30 mars) président et chef de la direction sait qu'il se retrouve à la tête «d'une entreprise établie qui dispose d'un bilan solide et de toutes les ressources nécessaires à son développement». Louis-Philippe Carrière, vice-président exécutif, finances et administration, confirme que la santé financière de cette société est telle qu'elle pourrait dès demain matin augmenter sa dette de un milliard sans que cela mette d'aucune façon en péril son bilan.

L'objectif est clairement établi de faire de Saputo une société d'envergure mondiale. Aujourd'hui, Saputo possède 43 usines dans trois pays, le Canada, les États-Unis et l'Argentine; elle compte 7500 employés et a déclaré un chiffre d'affaires de 3,5 milliards au cours de l'exercice ayant pris fin le 31 mars dernier. L'expansion future se fera aussi bien dans les pays où elle est déjà présente que dans tout autre pays où les conditions établies pour faire une acquisition se retrouvent.

Saputo se vante d'avoir toujours été très disciplinée dans ses acquisitions, qui doivent être complémentaires à ses activités et générer des profits dans un délai plutôt court. Par exemple, l'acquisition de la troisième plus importante entreprise laitière d'Argentine en novembre dernier devrait pouvoir contribuer de façon normale à la profitabilité du groupe dès la fin de l'année en cours. L'Argentine présente un très bon marché domestique et constitue une bonne base pour des exportations.

Saputo, en investissant dans un nouveau pays, va considérer le contexte sociopolitique, les infrastructures laitières, la production mondiale, les changements dans les volumes de production par pays et le prix de la matière première payé à la ferme. L'achat de lait compte pour 85 % des dépenses de Saputo.

Les dirigeants de cette société ayant son siège social à Montréal se montrent extrêmement prudents dans leurs commentaires sur leurs acquisitions futures. Ils refusent systématiquement de dire quoi que ce soit sur des cas spécifiques, par exemple celui de Parmalat. Ils ne laissent en aucune façon entendre qu'une acquisition pourrait être faite prochainement mais confirment qu'il y a des discussions qui ne sont que «préliminaires».

En 50 ans, le chiffre d'affaires de Saputo est passé de 300 000 $ en 1964 à 3,5 milliards en 2004, ce qui a donné une croissance annuelle moyenne de 26 %; le bénéfice net est passé pour sa part de 25 000 $ à 212,4 millions, une croissance moyenne de 25 % par année. Il sera évidemment difficile, voire impossible de maintenir un tel rythme pendant le prochain demi-siècle.

Néanmoins, cette cadence est maintenue pendant le premier trimestre de 2005 terminé le 30 juin dernier, dont les résultats étaient communiqués hier. Le bénéfice net a atteint 58,3 millions, une augmentation de 26,5 % par rapport à la même période l'an passé. Les revenus consolidés ont dépassé légèrement un milliard, une croissance de 24,8 % sur le premier trimestre de l'exercice précédent.