cache information close 

Rythme effrené pour les mises en chantier

La Société canadienne d’hypothèques et de logement a publié hier un rapport trimestriel dans lequel elle prévoit 225 700 mises en chantier cette année, en hausse de 3,3 % par rapport à 2003.
Photo: Jacques Nadeau La Société canadienne d’hypothèques et de logement a publié hier un rapport trimestriel dans lequel elle prévoit 225 700 mises en chantier cette année, en hausse de 3,3 % par rapport à 2003.

Les taux d'intérêt devraient recommencer à grimper dès le mois prochain mais ne devraient pas, du moins pour l'instant, réduire l'appétit pour les logements neufs. La construction immobilière connaîtra donc cette année son rythme le plus effréné depuis 1987 avant que la baisse de la demande n'entraîne un repli de 10 % l'an prochain.

La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), une agence du gouvernement fédéral, a publié hier un rapport trimestriel dans lequel elle prévoit 225 700 mises en chantier cette année, en hausse de 3,3 % par rapport à 2003.

La SCHL n'en prévoyait pas tant lors de ses dernières perspectives il y a trois mois. Or la forte création d'emplois observée ce printemps semble l'avoir convaincue de réviser ses prévisions, ce qu'elle a fait hier à la hausse dans une proportion d'environ 8 %.

«En mars 2004, les taux hypothécaires à cinq ans se situaient à leur plus bas niveau depuis avril 1951. Bien qu'ils aient remonté par la suite [certaines banques anticipent déjà la remontée des taux de la Banque du Canada cet automne], les taux demeurent peu élevés», a dit dans un communiqué Bob Dugan, économiste en chef à la SCHL.

«Ces taux, conjugués à la vitalité de l'emploi et à l'accroissement du revenu, propulseront les mises en chantier d'habitations à leur plus haut sommet des 17 dernières années.»

Recul en 2005, même au Québec

La hausse des taux sur l'intention des acheteurs se fera finalement sentir au cours de l'année 2005 et ramènera les mises en chantier à un niveau annuel de 204 200, a dit la SCHL.

L'agence continue de penser que les mises en chantier se dirigeront dès lors vers une cadence plus proche des moyennes historiques et du rythme de création des ménages. Les mises en chantier amorceront ainsi une longue régression pour s'établir à 170 000 d'ici 2008.

La situation sera sensiblement la même au Québec, qui devrait voir 56 000 mises en chantier cette année avant de reculer à 47 000 en 2005.

«Nous sommes au-delà des moyennes historiques, même l'an prochain, mais la demande est moins forte, en raison des facteurs que l'on connaît, et cela se traduira par une baisse l'an prochain», a indiqué Kevin Hughes, économiste régional de la SCHL pour le Québec. «Nous touchons un plateau.»

Prix de vente

L'effet inhibiteur d'une augmentation du coût d'emprunt se répercutera entre autres sur la demande de maisons existantes, ce qui au bout du compte ralentira les ventes et freinera la croissance du prix moyen de ces habitations, a dit l'agence. Le prix moyen devrait grimper de 9,2 % cette année et de 4,6 % en 2005.

Les ventes de logements existants devraient toucher un nouveau record en 2004, soit 457 000, en hausse de 5,1 %, a dit la SCHL. Elle reculeront toutefois à 433 100 en 2005.

Parallèlement, la Chambre immobilière du Grand Montréal (CIGM) a elle aussi publié hier ses dernières données sur le marché, faisant état d'une hausse de 13 % du prix moyen des propriétés unifamiliales vendues au cours du mois de juillet par rapport à la même période en 2003.

Ainsi, une maison de la grande région montréalaise s'est vendue 199 000 $ en juillet, 1000 $ de plus qu'en juin mais 23 000 $ de plus qu'en juillet 2003.

Sur l'île de Montréal, toutefois, le prix moyen était de 329 000 $, en hausse de 15 % comparativement à juillet 2003. Laval emboîtait le pas à 189 000 $

(+ 18 %), suivi de la Montérégie à 175 000 $, des Laurentides à 173 000 $ et de Lanaudière à 127 000 $.

La CIGM ne prévoit aucun recul des prix pour l'instant, entrevoyant plutôt un certain plafonnement avant un nouveau cycle à la hausse.

En fait, l'impact de la forte activité de construction se reflète sur le marché de la revente un an plus tard et tire les prix à la hausse car une maison neuve vaut généralement 40 % plus cher qu'une habitation déjà existante, a indiqué au Devoir Michel Beauséjour, chef de la direction de la CIGM.

La valeur moyenne des ventes de maisons existantes ne cesse de grimper depuis 1997. Il y a à peine 10 ans, elle se situait à 112 000 $ dans le Grand Montréal. La CIGM estime que le marché canadien est actuellement en mode de rattrapage car il aurait été longtemps sous-évalué.

«Sans toutefois prévoir quand, je pense que nous allons éventuellement atteindre un certain plateau où les prix commenceront à augmenter beaucoup moins rapidement et peut-être même se stabiliser, avant d'entreprendre à nouveau une croissance à long terme», a dit M. Beauséjour.

Un autre effet du niveau élevé des mises en chantier touche le marché de la rénovation, particulièrement au Québec. Pour l'ensemble du pays, les dépenses grimperont cette année de 9,1 % à 36,3 milliards, et l'an prochain de 6 % à 38,5 milliards.