La route vers une carboneutralité en 2050 passe par Québec

« Le marché  est énergies propres se  mondialise. L’expertise  québécoise  est là, mais la concurrence aussi s’internationalise »,  explique  Jean-Thomas Bernard,  professeur  en économie  à l’Université d’Ottawa.
Jacques nadeau le devoir « Le marché est énergies propres se mondialise. L’expertise québécoise est là, mais la concurrence aussi s’internationalise », explique Jean-Thomas Bernard, professeur en économie à l’Université d’Ottawa.

Le rapport publié la semaine dernière par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) portant sur la marche à suivre pour qu’une majorité des pays sur la planète atteignent leur objectif d’être carboneutres en 2050 a été vivement critiqué à gauche et à droite, au Canada et ailleurs. Ce rapport s’ajoute tout de même à d’autres avant lui en traçant un chemin vers la carboneutralité qui pourrait être très bénéfique à l’économie québécoise.

« Au fil des années, l’agence est devenue un peu désuète, mais il faudrait se réjouir du rapport qu’elle vient de publier. Ce rapport est un cri de ralliement et propose aux pays qui ont déjà signé l’Accord climatique de Paris des secteurs où investir pour atteindre leurs cibles [de réduction des gaz à effet de serre] », explique Jean-Thomas Bernard, professeur en économie à l’Université d’Ottawa.

L’AIE est historiquement proche de l’industrie pétrolière. Avec le rapport qu’elle vient de publier, elle tente de se recentrer sur l’« énergie au sens large », au-delà des seuls hydrocarbures. Le jupon dépasse un peu, dit le professeur universitaire, notamment en ce qui a trait à sa promotion de l’hydrogène. L’organisme cible tout de même dans son analyse trois principaux axes d’investissement qui font de plus en plus consensus pour réduire rapidement les émissions polluantes mondiales : décarboner la production énergétique, fabriquer massivement des batteries et électrifier les transports.

Jean-Thomas Bernard croit que le Québec devrait être content de ce changement de cap de l’AIE : elle vante le développement de « niches économiques » dans lesquelles la province tente de se spécialiser. La province n’est toutefois pas seule à le faire. « Le marché est énergies propres se mondialise. L’expertise québécoise est là, mais la concurrence aussi s’internationalise. »

Viser 2050, c’est réaliste ?

L’effet de ce rapport de l’AIE sur la volonté des États de décarboner leur économie ne sera pas énorme, mais il s’ajoute à toutes les autres études internationales qui vont dans le même sens : l’inaction n’est plus permise. D’autant plus que les outils pour atteindre la carboneutralité en 2050 existent pour la plupart déjà. Il faudra toutefois que les gouvernements, dont celui du Québec, revoient leurs investissements au plus vite, dit Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

« On établit des cibles ambitieuses, mais le gouvernement et les consommateurs continuent d’investir dans un mode de vie dépassé. On achète des VUS et on crée un troisième lien. Ça prend des changements sociaux majeurs pour revoir nos habitudes », dit le professeur montréalais.

Selon lui, le Québec et l’Ontario devraient être plus proactifs dans ce changement, puisqu’ils ont beaucoup à gagner à faire la promotion du transport électrique et des énergies renouvelables. « Le solaire et l’éolien sont des énergies intermittentes. Avec ses réservoirs d’eau, le Québec peut agir comme une batterie pour tout le Nord-Est américain pour contrebalancer cette intermittence », ajoute-t-il.

Puisqu’il est question de batteries, le gouvernement provincial voit déjà un certain potentiel minier dans ce virage au tout-électrique. À l’échelle nord-américaine, le Québec et l’Ontario ont déjà affirmé dans le passé récent leur volonté de devenir des producteurs de batteries plus sûrs que les fournisseurs asiatiques actuellement préconisés par les fabricants américains de véhicules électriques.

L’occasion serait belle pour Québec de corriger une lacune par rapport au secteur minier en favorisant la transformation dans la province des minerais récoltés en produits à valeur ajoutée, comme des cellules entrant dans la composition des batteries des véhicules de prochaine génération.

« Le Québec a un rôle incroyable à jouer à l’échelle nord-américaine dans l’essor des énergies renouvelables. C’est une occasion unique de se transformer », conclut M. Pineau, qui se dit modérément optimiste que ça se produise. Tous les ingrédients semblent réunis : après tout, même une agence ayant longtemps fait la promotion de l’essor pétrolier est convaincue que c’est possible.

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