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Après la succursale de Jonquière - D'autres Wal-Mart dans la mire des syndicats

Les prochains mois pourraient réserver quelques surprises au géant américain Wal-Mart: pas moins d'une douzaine de succursales québécoises feraient présentement l'objet d'une campagne de syndicalisation dirigée par le même syndicat qui s'active déjà dans les rayons de Jonquière et de Brossard.

La Commission des relations de travail du Québec a autorisé lundi le syndicat des Travailleurs unis du commerce et de l'alimentation (TUAC) à représenter environ 150 employés du Wal-Mart à Jonquière, qui pourrait devenir le seul magasin syndiqué de la chaîne en Amérique du Nord. Seule autre présence syndicale: une douzaine de bouchers au Texas sont membres de la United Food and Commercial Workers.

L'entreprise de Bentonville, en Arkansas, doit maintenant réfléchir à ce qu'elle entend faire, mais la FTQ, à laquelle est affilié le syndicat des TUAC, voit déjà plusieurs autres succursales sur la même route.

«Il est clair que l'accréditation qui vient d'être autorisée ouvre la voie pour ces autres magasins», a dit Louis Bolduc, vice-président de la FTQ affecté aux TUAC, sans toutefois préciser de quelles succursales il s'agit. «Évidemment, il y a beaucoup d'étapes à passer et nous n'avons même pas négocié la première convention collective, mais ça aide. Les employés ailleurs voient que c'est possible.»

Deuxième essai

Une première tentative d'accréditation à Jonquière avait échoué après que la tenue d'un vote secret en avril eut révélé un appui légèrement insuffisant. Le syndicat est revenu à la charge en procédant cette fois par signature de cartes, une technique tout aussi légale qui a mené à une deuxième requête en accréditation auprès du gouvernement. Ce dernier a fait enquête et finalement statué lundi qu'une majorité d'employés avaient signé.

Les deux parties doivent se voir en audience le 20 août afin d'établir de façon plus concrète la liste des employés syndiqués. Une étape subséquente serait d'entamer les discussions de convention collective, mais le syndicat affirme qu'il est déjà autorisé, depuis lundi, à percevoir des cotisations et à parler au nom des employés.

Notons que le Wal-Mart à Brossard fait lui aussi l'objet d'une requête en accréditation. Des audiences auront lieu à la fin du mois et la direction du magasin devra déposer la liste d'employés qu'elle estime concernés par cette tentative d'accréditation. Le syndicat donnera alors son opinion.

L'entreprise réfléchit

Mais entre-temps, Wal-Mart, qui compte au Québec 44 de ses 241 magasins canadiens, continue de réfléchir.

«Nous étudions présentement la décision de la Commission des relations de travail d'accréditer automatiquement le magasin de Jonquière. Nous sommes très déçus que les employés n'aient pas eu la possibilité de s'exprimer sur la question par vote secret», a dit Andrew Pelletier, directeur des affaires corporatives chez Wal-Mart Canada.

L'entreprise refuse aussi de commenter la possibilité de porter la décision en appel et quelle forme pourrait prendre une telle action. Elle dispose de 30 jours pour contester.

«Je pense que Wal-Mart pourrait avoir beaucoup de difficulté à faire perdre l'accréditation que nous avons obtenue. Trouveront-ils d'autres motifs pour contester la décision d'hier? Ça sera à voir au cours des prochains jours», a dit Marie-Josée Lemieux, présidente de la section locale 503 des TUAC.

Taux de syndicalisation

Qu'il s'agisse de Wal-Mart ou non, il semble que le commerce de détail non alimentaire est plus difficile à syndiquer que d'autres secteurs. Les TUAC évoquent notamment le roulement de personnel, le travail à temps partiel et la petite taille de certains magasins.

Selon un rapport du ministère québécois du Travail publié en 2003, le taux de syndicalisation dans la province était d'environ 41,4 % dans l'ensemble des secteurs comparativement à seulement 18,6 % dans celui du commerce.

Il serait par ailleurs faux de dire qu'il s'agit du premier Wal-Mart nord-américain à avoir fait l'objet d'une accréditation. Ce fut le cas en 1997 à Windsor, dans le sud-ouest ontarien, lorsque la Commission ontarienne des relations de travail a décrété une accréditation automatique en alléguant que Wal-Mart avait enfreint les règles en s'immisçant dans le processus.

Or, la chose n'avait donné lieu à aucune suite car l'appui syndical à l'intérieur était, semble-t-il, trop faible. Au bout du compte, l'accréditation avait été annulée.

Géant du détail

Wal-Mart Canada affirme qu'il n'est pas question de fermer le magasin de Jonquière pour des raisons syndicales, sauf s'il s'avérait non rentable.

Or, les choses vont plutôt bien pour la première chaîne mondiale de commerce de détail. La compagnie a généré un chiffre d'affaires de 256 milliards $US à sa dernière année fiscale, et ses profits nets ont atteint neuf milliards, en hausse de 14 % par rapport à l'année précédente.

Le premier Wal-Mart a vu le jour à Rogers, en Arkansas, en 1962. À peine 17 ans plus tard, en 1979, les ventes de l'entreprise fondée par Sam et Bud Walton croisaient pour la première fois le seuil du milliard, la croissance jusqu'alors la plus rapide de l'histoire des États-Unis.

Aujourd'hui, cinq des dix personnes les plus riches au monde sont membres du clan Walton, incluant la veuve de Sam, Helen Walton. Chacune d'entre elles possède une fortune personnelle de 20 milliards $US, selon le classement annuel du magazine Forbes.