Réactions occidentales et asiatiques - Un modeste premier pas

Paris — Les gouvernements occidentaux et asiatiques ont bien réagi à l'accord de relance des négociations sur une libéralisation des échanges intervenu à l'OMC, mais nombre d'organisations professionnelles se disent préoccupées, tandis que chacun concède que la route sera encore longue.

La ministre américaine de l'agriculture, Ann Veneman s'est dite «très heureuse que les négociateurs à Genève aient été en mesure de se mettre d'accord sur un cadre qui va permettre d'amener les discussions sur le cycle de Doha à une conclusion».

Le ministre italien de l'Agriculture, Gianni Alemanno a jugé que l'accord «est une décision fondamentale et vitale pour l'avenir de l'agriculture, aussi bien européenne que mondiale».

Pour la ministre britannique du commerce, Patricia Hewitt, «il s'agit d'une très bonne nouvelle».

Le ministre français de l'Agriculture, Hervé Gaymard, s'est félicité que «les États-Unis [aient] accepté des disciplines pour leur politique agricole qu'ils n'acceptaient pas auparavant.» «Nous sommes très heureux, parce que la réforme de la Politique agricole commune (PAC) que nous avons décidée il y a un an ne sera pas remise en cause», a-t-il souligné.

Les représentants danois, suédois et finlandais ont fait part de leur satisfaction.

Le ministre suédois de l'Industrie, Leif Pagrotsky, s'est dit «heureux et soulagé», mais a souligné que «ce n'est que la première mi-temps, dans la seconde seront mis en place les détails. Ensuite, nous assisterons, je crois, à une stimulation colossale pour l'économie mondiale, [et] pour les pays pauvres».

En Norvège, le ministère de l'Agriculture s'est voulu rassurant après que la Fédération paysanne Norges Bondelag a déploré un «mauvais accord», rendant inévitable «la fermeture d'exploitations».

En Thaïlande, le gouvernement s'est félicité de la décision sur les produits agricoles, tout en soulignant qu'il «n'est qu'un point de départ».

Pour la Chine, «d'une manière générale, l'accord-cadre n'est pas mauvais, bien que les pays en voie de développement ne soient pas pleinement satisfaits», selon son ambassadeur auprès de l'OMC.

Singapour évoque pour sa part «un tournant majeur pour la libéralisation du commerce mondial et pose les fondements d'un progrès de la libéralisation du commerce multilatéral», selon son ministre du Commerce, George Yeo.

L'Australie a opté pour la prudence: «Il y a accord sur des discussions approfondies devant mener à un accord», a déclaré le Premier ministre, John Howard. «C'est une nouvelle positive mais je ne pense pas qu'il faille trop s'exciter parce qu'il reste un long chemin à faire», a-t-il résumé.

Le ministre du Commerce, Mark Vaile, a relevé de son côté que les bénéfices des négociations de l'OMC ne se noteraient pas avant deux ans.

Du côté des fédérations professionnelles et agricoles, le ton est mitigé: pour Economie suisse, organisation patronale helvétique, l'accord est «un petit pas dans la bonne direction», mais ne représente que le «minimum absolu».

Les organisations de paysans suisses ont exprimé leur préoccupation, jugeant l'accord «déséquilibré» et affirmant que l'agriculture suisse va devoir consentir «de gros sacrifices».

La principale organisation agricole australienne, la National Farmers Federation (NFF), s'est félicitée de l'accord tout en critiquant les dérogations trop nombreuses qu'il comporte. Elle redoute que certains pays ne profitent notamment d'une clause permettant de soustraire au libre-échange des produits considérés comme «sensibles».

En France, le principal syndicat agricole FNSEA a jugé que l'accord sur l'agriculture «reste déséquilibré malgré des avancées substantielles».

Pour José Bové, l'ancien porte-parole de la Confédération paysanne, «on est loin du compte d'un rééquilibrage» avec les pays du Sud: «J'ai peur d'un piège catastrophique pour les pays en développement. Les pays africains n'ont pas vu les dangers de ce projet d'accord», a-t-il dit.

De son côté, l'ONG Oxfam a estimé que l'accord constitue «un coup de force des pays riches», tant sur le fond que dans la manière de négocier.

Aux États-Unis, la fédération agricole américaine s'est félicitée de l'accord, estimant qu'il «permettra d'accroître l'accès aux marchés pour les produits américains». La fédération juge qu'une avancée importante pour les futures négociations dans le cadre du cycle de libéralisation commerciale dit cycle de Doha est l'engagement d'appliquer à tous les produits agricoles l'objectif d'améliorer substantiellement l'accès au marché.

«Le texte ne résoud pas tous les problèmes mais il offre une chance de continuer de travailler à la libéralisation du commerce agricole», a assuré le président de la fédération, Bob Stallman, dans un communiqué.