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Le pétrole flirte avec le seuil des 44 $US

New York — Les cours du pétrole brut ont grappillé 2 ¢ hier sur le marché à terme de New York, se hissant toutefois à un nouveau record historique de clôture à 43,82 $US, après celui atteint vendredi à 43,80 $US. Par ailleurs, le prix du baril de brut pour livraison rapprochée en septembre a atteint hier en cours de séance un nouveau record absolu à 43,94 $US, flirtant avec le seuil des 44 $US.

«Le marché est repassé tardivement en hausse», a remarqué Marshall Steeves, analyste de Refco, alors que les cours sont restés en baisse pendant la majeure partie de la séance avant une poussée quelques minutes avant la fermeture des échanges.

«La dynamique du marché est vraiment à la hausse», a-t-il ajouté, en précisant que les spéculateurs «ont tenté d'atteindre le niveau de 44 $US mais ont échoué». Il s'attend toutefois à ce que de prochaines tentatives du marché pour pousser le cours du brut au-delà de 44 $US réussissent. «Je crois qu'ils vont réussir à atteindre le seuil des 45 $US», a-t-il estimé.

Le marché était pourtant plus détendu au sujet de Ioukos, car il y avait peu de nouvelles pendant le week-end, ce qui est assez encourageant. «Les huissiers de justice ont donné un mois à Ioukos pour rembourser ses dettes fiscales de 3,4 milliards de dollars, dissipant les craintes d'une mise en faillite immédiate du groupe, et évitant au marché un arrêt de la production», relèvent de leur côté les analystes de la maison de courtage Sucden.

Mais «le marché reste nerveux sur l'avenir du géant pétrolier Ioukos, étant donné que l'OPEP pompe pratiquement à pleine capacité et peinerait à compenser toute perte de brut découlant de sa destruction», estiment-ils.

Les démêlés du numéro un du pétrole russe avec la justice, autour de dettes faramineuses qu'il peine à rembourser, ont été l'une des principales causes de la flambée des cours à des niveaux records la semaine dernière. loukos produit 1,7 million de barils par jour (mbj) et en exporte la majorité.

«Les cours restent incroyablement élevés depuis la publication des chiffres des stocks [américains] mercredi dernier, suggérant que la demande est extrêmement forte», note Bruce Evers.

Selon lui, les prévisions de demande pour cette année, déjà plusieurs fois révisées à la hausse, sont probablement encore trop faibles. Les États-Unis ont importé 11,3 mbj la semaine achevée le 23 juillet, un sommet historique, et pourtant les stocks de brut n'ont progressé que de 1 mbj sur cette période, rappelle l'analyste.

L'Agence internationale de l'Energie (AIE) a déjà à deux reprises revu en hausse sa prévision de croissance de la demande en 2004. Elle table désormais sur une croissance «stupéfiante» de 3,2 %, ou 2,5 mbj.

«Ce rebond de la demande ne se résume pas simplement au rôle des États-Unis et de la Chine, mais bien à une accélération du cycle économique au niveau mondial», note Deborah White, économiste à la Société Générale.

«Même si les problèmes d'approvisionnement sont importants, l'accroissement de la demande mondiale a un impact beaucoup plus significatif sur le niveau des prix», estime-t-elle, relevant l'incapacité de l'offre à suivre l'explosion de la consommation. «À court terme, seuls des prix encore plus élevés auront la capacité d'équilibrer la demande et l'offre, le brut à New York devant atteindre 48,50 $US et le Brent 45 $US», prédit cette économiste.

Par ailleurs, l'annonce dimanche par le gouvernement américain de nouveaux attentats éventuels du groupe terroriste al-Qaïda aux États-Unis «a fait peur au marché», estime M. Evers.

Le marché «fonctionne fondamentalement dans une atmosphère de peur», renchérit Gerard Rigby, analyste à la division pétrolière du groupe China Aviation Oil.