Le soutien du Canada à un projet nucléaire suscite des critiques

Moltex propose de retraiter les combustibles nucléaires usés de la centrale de Point Lepreau, au Nouveau-Brunswick.

 
Photo: Kevin Bissett La Presse canadienne Moltex propose de retraiter les combustibles nucléaires usés de la centrale de Point Lepreau, au Nouveau-Brunswick.

 

Des experts américains, d’anciens hauts fonctionnaires et conseillers du gouvernement des États-Unis dénoncent le soutien du Canada à l’extraction du plutonium d’une centrale au Nouveau-Brunswick.

Le développement d’une technologie qui permettrait la réutilisation de l’élément chimique saperait le régime mondial de non-prolifération des armes nucléaires, écrivent-ils dans une lettre adressée au premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Ces spécialistes expriment leurs « préoccupations » quant au soutien financier d’Ottawa à Moltex. L’entreprise britannique propose de retraiter les combustibles nucléaires usés de la centrale de Point Lepreau, près de Saint John au Nouveau-Brunswick.

Le but : réutiliser le plutonium pour alimenter ce qui devrait être le premier petit réacteur modulaire (PRM) à sels stables au monde.

Au cours des derniers mois, le fédéral a multiplié les annonces d’investissements pour développer la filière des PRM. Ces centrales nucléaires détiennent une capacité de production inférieure à 300 MW, soit moins que la puissance des réacteurs typiques, qui oscille généralement entre 700 MW et 1500 MW.

À la mi-mars, le fédéral investissait 50,5 millions de dollars dans le projet de Moltex. Pour sa part, l’Ontario Power Generation — entreprise qui produit et commercialise l’électricité en Ontario — a injecté un million de dollars pour aider l’entreprise à « démontrer la viabilité technique » de sa technologie de retraitement.

Les signataires

« Nous comprenons le désir de votre gouvernement de soutenir l’énergie nucléaire et de réduire la consommation de combustibles fossiles, mais sauver le monde d’une catastrophe climatique ne doit pas nécessairement entrer en conflit avec le fait de le sauver des armes nucléaires », écrivent les auteurs de la lettre.

La position canadienne aurait pour effet de « saper le régime mondial de non-prolifération des armes nucléaires que le Canada a tant fait pour renforcer », selon eux.

Parmi les signataires, on retrouve des sommités universitaires et d’anciens diplomates dont Robert L. Gallucci, ancien diplomate sous le gouvernement Clinton responsable des négociations avec la Corée du Nord.

Éventuellement exportée, la technologie de Moltex pourrait faciliter des pays qui n’ont pas d’armes nucléaires à accéder à une ressource nécessaire à leur développement.

Les spécialistes rappellent que l’Inde a justement pu développer, en 1974, une arme nucléaire grâce à l’extraction de plutonium d’un réacteur CANDU canadien.

« Nous vous exhortons à organiser des examens de haut niveau de la non-prolifération et des implications environnementales de la proposition de retraitement de Moltex », écrivent-ils.

Retraitement contreproductif

Ces examens prouveraient à coup sûr, selon eux, que le retraitement est dans les faits contreproductif sur le plan de la dénucléarisation et sur celui de l’environnement.

Rappelons que le Canada est l’un des principaux pays sur la scène internationale à négocier l’adoption d’un traité sur l’interdiction de la production de matières fissiles.

Le but de ce traité est de mettre fin à la production de matériels, comme le plutonium et l’uranium enrichi, qui donnent aux armes nucléaires leur puissance explosive.

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