L’exubérance immobilière n’est qu’un des dangers financiers pour le Canada

Certains marchés, dont celui de Montréal, semblent avoir basculé «en pleine exubérance», comme si les prix ne pouvaient pas retomber.
Photo: Getty Images Certains marchés, dont celui de Montréal, semblent avoir basculé «en pleine exubérance», comme si les prix ne pouvaient pas retomber.

L’économie canadienne revient petit à petit à la vie normale. Cela comprend un retour en force de certains de ses comportements à risque, comme un endettement croissant des ménages avec la hausse du prix des maisons, des entreprises qui vivent tout aussi dangereusement, et beaucoup de gens qui font comme si les changements climatiques n’existaient pas.

La tournure annonce habituellement qu’une mauvaise nouvelle s’en vient. Au moment d’entrer dans la pandémie de COVID-19, le Canada reposait sur des assises financières solides. C’est ce qu’a fait valoir d’entrée de jeu la Banque du Canada lors du dévoilement, jeudi, de sa revue annuelle du système financier.

Qui plus est, les mesures de soutien « sans précédent » déployées par les pouvoirs publics durant la crise ont si bien aidé à en amortir le choc que « les marchés financiers se sont remis rapidement, et [qu’ils] opèrent normalement depuis un certain temps ». Mais…

Le prix des logements

Mais, « il y a encore beaucoup de raisons qui nous incitent tous à rester vigilants », a bien pris soin de répéter dans les deux langues officielles le gouverneur de la banque centrale, Tiff Macklem. Les principales préoccupations sont liées à une possible hausse excessive du prix des logements et son effet d’entraînement sur l’endettement des ménages. « Ces vulnérabilités ne sont certes pas nouvelles, a-t-il admis, mais elles se sont intensifiées » avec la COVID.

Si une bonne partie de la hausse des prix immobiliers peut s’expliquer par des facteurs fondamentaux, comme la hausse forcée de l’épargne des ménages les plus riches à cause des règles de confinement, l’envie de disposer de plus d’espace avec le télétravail, les faibles taux d’intérêt et la difficulté des constructeurs de maisons de répondre assez vite à la hausse de la demande, certains marchés, dont celui de Montréal, semblent avoir basculé « en pleine exubérance », comme si les prix ne pouvaient pas retomber.

« Or, si les comportements moutonniers peuvent faire monter les prix, ils peuvent tout autant conduire à une correction » à baisse, prévient la Banque du Canada.

Cette dernière s’en fait particulièrement pour les ménages les plus endettés, la hausse d’un peu plus de 8 % des dettes hypothécaires des Canadiens depuis février 2020 étant principalement le fait de ces derniers. Ainsi, plus d’un ménage sur cinq qui contracte aujourd’hui un prêt hypothécaire se retrouve avec un niveau d’endettement supérieur à 4 fois et demie son revenu.

« Au niveau individuel, les Canadiens doivent être prudents quand ils empruntent. Il est important de comprendre que la hausse récente et rapide du prix des maisons n’est pas normale », a dit Tiff Macklem. À un niveau plus général, ce sera aux institutions financières de faire attention à qui elles prêtent et comment, et aux pouvoirs publics de voir s’il n’y aurait pas lieu de donner un autre tour de vis aux règles hypothécaires et aux mesures de lutte contre la spéculation.

Les entreprises et l’argent facile

Les familles ne sont toutefois pas les seules à vivre dangereusement. Soudainement optimistes quant à ce que leur réserve l’économie en plus d’être en quête éperdue de meilleurs rendements dans un contexte de taux d’intérêt au plancher, les investisseurs de la planète se montrent prêts à financer presque n’importe quoi.

Si les entreprises canadiennes qui ont profité jusqu’à présent de ce crédit facile ne sont pas les plus endettées, on ne peut pas en dire autant des compagnies considérées avec méfiance par les agences de notation. En effet, près du tiers des nouvelles obligations émises par les entreprises canadiennes doivent offrir des rendements élevés ou se sont vues accoler une faible note, exposant les entreprises concernées à un changement d’humeur des investisseurs qui pourrait se traduire par une augmentation brusque de leurs coûts de financement, prévient la Banque.

Cette menace qui pèse surtout sur les entreprises du secteur des produits de base a largement été limitée durant la crise par l’aide d’urgence apportée par les gouvernements. La diminution de cette aide pourrait venir compliquer les choses, tout comme elle pourrait mener à une remontée du nombre de faillites, actuellement bien en deçà de la moyenne des dernières années.

Finance et environnement

Ce ne sont pas les seuls dangers financiers qui pèsent sur le Canada, rappelle sa banque centrale. Les investisseurs continuent, par exemple, à grossièrement sous-estimer les risques qui pèsent sur leurs placements les plus exposés aux catastrophes climatiques et à un éventuel virage vers une économie plus verte.

En plus d’avoir le pouvoir d’infliger de lourdes pertes financières, cette « évaluation erronée » des « risques climatiques » retarde le moment où ils se décideront enfin à investir dans « les infrastructures sobres en carbone » dont le monde aura besoin pour atteindre ses cibles climatiques.

Cette rencontre des risques financiers et environnementaux s’observe aussi chez les simples citoyens. La Banque du Canada a calculé ainsi que 39 % de la dette des ménages se retrouve dans des zones exposées à un risque élevé de catastrophes naturelles. Cette proportion est particulièrement importante en Ontario (52 %) et en Colombie-Britannique (88 %), en raison notamment du prix élevé des logements. Bonne nouvelle, cette proportion ne serait que de 5 % au Québec.

39%
C’est la proportion de la dette des ménages qui se retrouve dans des zones exposées à un risque élevé de catastrophes naturelles, selon la Banque du Canada.
 

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