L'essoufflement des consommateurs freine la croissance américaine

Washington — La croissance américaine a ralenti à 3 % seulement au deuxième trimestre aux États-Unis (en rythme annuel), bien moins que prévu, en raison surtout d'un essoufflement des dépenses des ménages, a indiqué hier le département du Commerce.

Cette faible hausse du PIB, la plus petite depuis le premier trimestre 2003, a déçu les analystes qui tablaient sur 3,7 %. Cependant le ministère a revu en forte hausse la croissance du premier trimestre à +4,5 % contre 3,9 % annoncé précédemment.

La décélération du deuxième trimestre reflète un essoufflement du côté des ménages. Les dépenses de consommation, moteur traditionnel de la croissance américaine, ont ralenti à 1 % contre 4,1 % encore au premier trimestre. Il faut remonter au premier trimestre 1995 pour trouver une hausse plus faible.

En l'absence d'une consommation forte, les entreprises ont joué un rôle crucial dans la croissance du deuxième trimestre: l'investissement est resté vigoureux (+8,9 % après +4,2 %) et les exportations ont accéléré (+13,2 % contre +7,3 %). L'indice des prix lié au PIB, une mesure de l'inflation, a progressé à 3,2 % après 2,8 % au premier trimestre, soit un peu plus que les 3 % attendus par les analystes.

Pas de récession de 2001

Dans la foulée le département du Commerce a, dans l'exercice de révision de ses données, fait ressortir que le repli de l'économie américaine en 2001 et la reprise qui a suivi ont été plus doux que l'on pensait, au point que l'on peut douter de l'existence même d'une récession en 2001.

L'année 2001 a connu deux trimestres de baisse de son PIB et non par trois comme mesuré précédemment: la croissance a reculé de 0,5 % au premier trimestre en rythme annuel (et non de 0,2 % estimé initialement) et de 1,4 % au troisième (-1,3 % mesuré auparavant). Mais au deuxième trimestre la croissance a progressé de 1,2 % alors que le gouvernement avait initialement fait part d'un recul de 0,6 %.

«On peut se demander s'il y a même eu une récession», souligne Sung Won Sohn de la banque Wells Fargo. En effet l'une des définitions de la récession est la baisse pendant deux trimestres consécutifs de la croissance. Si le PIB du deuxième trimestre 2001 a été en hausse entre deux trimestres de baisse, les États-Unis n'ont peut-être pas connu de récession.

Cependant c'est le Bureau national de recherche économique (NBER), un institut privé qui donne les dates officielles des cycles économiques aux États-Unis. Et pour lui la récession, selon une définition plus large, a bien eu lieu: elle a duré de mars à novembre 2001.

Le département du Commerce, qui a révisé tous les chiffres depuis 2001, s'est contenté de souligner que «la faiblesse de 2001 et la reprise qui a suivi ont toutes deux été moins brutales qu'estimé précédemment». En effet la croissance de plusieurs trimestres de reprise a aussi été révisée, cette fois à la baisse: +3,4 % pour le premier trimestre 2002 (et non +4,7 %), +2,6 % pour le troisième (au lieu de +3,4 %) et en 2003 la hausse spectaculaire du PIB au troisième trimestre a aussi été réduite: +7,4 % contre +8,2 %.