Vote de grève à 93% dans le secteur de la construction

La question porte principalement sur le recours par les employeurs aux applications mobiles sur le téléphone personnel des travailleurs.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La question porte principalement sur le recours par les employeurs aux applications mobiles sur le téléphone personnel des travailleurs.

Une grève pourrait être déclenchée dans la construction dès mardi prochain. Les travailleurs ont voté à 93 % en faveur d’une grève générale illimitée, a fait savoir mercredi l’Alliance syndicale.

Le regroupement des cinq syndicats reconnus dans l’industrie de la construction négocie toujours avec les quatre associations patronales, dans l’espoir d’éviter cette grève.

« Notre mandat est clair ; il est donné par les travailleurs et les travailleuses, puis on va l’exercer. La seule chose qu’on va donner à la partie patronale, c’est un avis de 12 à 24 heures », a lancé Éric Boisjoly, porte-parole de l’Alliance syndicale, en entrevue avec La Presse canadienne.

Quelque 190 000 travailleurs dans l’industrie de la construction sont concernés dans l’ensemble du Québec.

« Nous, on est encore en position de vouloir négocier une entente. Ce n’est pas l’avenue recherchée, le conflit de travail, vraiment pas. À l’Alliance syndicale, on veut vraiment négocier », a assuré M. Boisjoly. L’Alliance doit négocier quatre conventions collectives pour 2021-2025, pour chacun des sous-secteurs de l’industrie, avec les associations patronales.

Le litige

La question ne porte pas sur les salaires. Il porte principalement sur le recours aux applications mobiles sur le téléphone personnel des travailleurs par les employeurs. Ces applications permettent d’inscrire les heures d’arrivée et de départ du chantier, ainsi que les heures supplémentaires.

Mais les syndicats craignent pour la vie privée des travailleurs, à cause de la géolocalisation et du fait qu’il s’agit du téléphone personnel du travailleur. Les parties cherchent donc à négocier les façons de baliser ce recours aux applications mobiles, car il existe des applications différentes selon le fournisseur.

Un autre point en litige persiste avec l’Association de la construction du Québec — l’une des quatre associations patronales — en ce qui a trait à la mobilité de la main-d’œuvre et à la préférence d’embauche régionale.

Ces clauses veulent que lorsqu’un entrepreneur décroche un contrat dans une autre région que la sienne, il doit embaucher une certaine proportion de travailleurs qui résident dans la région où sera lancé le chantier.

Les associations patronales, quant à elles, s’inquiètent des répercussions d’une grève, particulièrement dans le secteur résidentiel, où des maisons et immeubles en copropriété doivent être livrés le 1er juillet.

Entrepreneurs inquiets

Elles reprochent d’ailleurs aux syndicats de faire de la désinformation au sujet de ces applications mobiles, en faisant croire aux travailleurs qu’ils pourraient ainsi être surveillés dans leurs déplacements tout au long de la journée — ce que les employeurs ne feraient pas, assurent-elles.

Lundi, l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec disait craindre qu’une grève s’ajoute au casse-tête que vivent déjà les constructeurs de maisons et d’immeubles, aux prises avec des hausses de prix et des matériaux difficiles à obtenir.

Le 1er juillet approche, et les entrepreneurs du secteur résidentiel doivent livrer les bâtiments à temps. « On a beaucoup de soucis déjà. Il ne faudrait pas ajouter une grève à ça », lançait en entrevue François Bernier, vice-président aux affaires publiques.

Il qualifiait cette année de « catastrophique », soulignant « toutes les situations de retard » et les matériaux « terriblement difficiles à obtenir ».

L’Alliance syndicale regroupe la FTQ-Construction, le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International), le Syndicat québécois de la construction, la CSD-Construction et la CSN-Construction.

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