La réinsertion des chômeurs de la pandémie sera difficile

Il y a encore plusieurs dizaines de milliers de travailleurs sans emploi dans les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire,alors que plusieurs secteurs se disent de nouveau freinés dans leur développement à cause du manque de main-d’œuvre.
Graham Hughes La Presse canadienne Il y a encore plusieurs dizaines de milliers de travailleurs sans emploi dans les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire,alors que plusieurs secteurs se disent de nouveau freinés dans leur développement à cause du manque de main-d’œuvre.

Il ne sera pas si facile de recaser les chômeurs de la pandémie en dépit des besoins pressants de main-d’œuvre de plusieurs secteurs de l’économie, prévient une étude.

On croirait, à première vue, avoir la solution à tous nos problèmes à portée de la main. Il se trouve que, d’un côté, il y a encore plusieurs dizaines de milliers de travailleurs sans emploi dans les secteurs les plus touchés par la pandémie de COVID-19 alors que, de l’autre côté, plusieurs secteurs se disent, comme avant la crise, de nouveau freinés dans leur développement à cause du manque de main-d’œuvre.

Mais voilà, il n’est pas si simple, pour les travailleurs, de passer des secteurs en difficulté à ceux en pleine croissance et les gouvernements feraient bien de s’en rendre compte, sans quoi ils risquent de se retrouver, à la fois, avec plus de travailleurs sous-utilisés et un problème exacerbé de rareté de main-d’œuvre, met en garde l’Institut du Québec (IdQ) dans une étude d’environ 70 pages devant être dévoilée ce mercredi.

Les barrières à la mobilité des travailleurs sont nombreuses et de différentes natures. Elles peuvent tenir au niveau et au type de formation, comme pour les métiers qui requièrent des diplômes universitaires ou techniques. Elles peuvent relever aussi des conditions salariales offertes ou des conditions de travail dans le cas d’emploi saisonnier, d’horaire atypique ou de pénibilité élevée du travail.

Le fait de devoir changer de région, l’obligation d’appartenir à un ordre professionnel ou encore la méconnaissance d’un secteur peuvent également agir comme des freins. Et puis, les travailleurs des secteurs les plus touchés par la crise ne pouvaient pas savoir qu’elle durerait aussi longtemps, a observé en entretien au Devoir mardi la p.-d.g. de l’IdQ, Mia Homsy.

L’aide financière d’urgence

L’aide financière d’urgence déployée par les gouvernements peut, également, dans certains cas, les avoir incités à prendre leur mal en patience plutôt que de s’être mis en quête d’un autre travail ailleurs.

Dans ce contexte, le meilleur moyen d’aider un meilleur appariement entre la main-d’œuvre et les emplois disponibles est probablement de parier sur la formation des travailleurs, estime l’IdQ. Il ne s’agit pas seulement de lutter contre le décrochage scolaire, mais aussi de favoriser une meilleure collaboration entre le gouvernement, les entreprises et les établissements d’enseignement, d’encourager la formation tout au long de la vie, de mieux accompagner les chômeurs dans leur requalification ainsi que de mettre en place « des mécanismes audacieux pour faciliter et simplifier » la reconnaissance des qualifications professionnelles et plus généralement des compétences.

Pourrait faire mieux

On trouve déjà au Québec « un riche écosystème de formation, ainsi que de nombreux programmes pour le financer et le promouvoir », note l’étude.

Les politiques de relance économique des gouvernements s’accompagnent aussi de nombreux programmes de requalification, de formation ciblée et d’aide à la formation en entreprise.

L’urgence imposée par la pandémie est une occasion en or, un levier, une fenêtre d’opportunité pour déployer de meilleures politiques de main-d’œuvre qui, jusqu’ici, n’avaient pas été perçues comme prioritaires

Mais ce sera loin d’être suffisant, même si ces mesures sont maintenues au-delà de la sortie de crise, dit Mia Homsy. Les politiques économiques des gouvernements ont gardé cette vieille habitude de lier l’aide de l’État à la création ou, à tout le moins, au maintien des emplois alors que le défi aujourd’hui est d’apprendre à créer plus de richesse avec moins de travailleurs.

« Le plus fou est que cette condition est exigée de secteurs qui sont déjà aux prises avec des problèmes de rareté de main-d’œuvre, observe-t-elle. On ferait mieux, à la place, de lier l’aide aux entreprises et l’évaluation des programmes à des objectifs qui sont plus dans l’air du temps, comme la formation, les impacts sur le secteur, les impacts sociaux, l’efficacité énergétique et l’innovation. »

Dans certains cas, comme l’encouragement à la formation et à l’innovation, ces objectifs pourraient contribuer à augmenter la productivité et par conséquent réduire le problème de rareté de main-d’œuvre.

Remettre les pendules à l’heure

Une meilleure prise en compte des contraintes exercées par les problèmes de main-d’œuvre pourrait amener les pouvoirs publics à chercher à diriger les travailleurs disponibles vers les secteurs en plus forte demande ou aux retombées socioéconomiques les plus importantes, quitte à ce que cela se fasse au détriment d’autres industries.

Parmi les secteurs prioritaires, Mia Homsy pense notamment à la santé, à l’éducation et aux secteurs d’avenir comme les technologies de l’information, l’économie verte et les différentes grappes industrielles qui font la force du Québec.

Mais cela ne veut pas dire que les secteurs qui accusent le plus le coup de la crise, comme le tourisme et l’hébergement, doivent être négligés, ne serait-ce qu’en raison de leur importance dans certaines régions.

Non, il s’agit plutôt de profiter de l’occasion offerte par la crise sanitaire et les plans de relance des gouvernements pour prendre acte des principaux défis qui se posent au développement futur du Québec et agir en conséquence, conclut l’étude de l’IdQ. « L’urgence imposée par la pandémie est une occasion en or, un levier, une fenêtre d’opportunité pour déployer de meilleures politiques de main-d’œuvre qui, jusqu’ici, n’avaient pas été perçues comme prioritaires. »

  

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