GoodLeaf souhaite bâtir une ferme verticale à Longueuil

Dans le scénario idéal, l’acquisition des terrains serait conclue au cours des prochaines semaines et la construction des installations pourrait commencer mois d’août.
GoodLeaf Dans le scénario idéal, l’acquisition des terrains serait conclue au cours des prochaines semaines et la construction des installations pourrait commencer mois d’août.

L’entreprise ontarienne GoodLeaf, dont le principal actionnaire est le géant de l’alimentation McCain, espère acheter des terrains qui appartiennent à la Ville de Longueuil dans les prochaines semaines pour y bâtir une ferme verticale qui permettrait de produire de petites laitues et des pousses dès 2022, a appris Le Devoir.

« Rien n’est encore officiel, mais ça avance bien. Nous sommes en discussion depuis un certain temps avec la Ville de Longueuil dans ce dossier », confirme au Devoir Jeff McKinnon, directeur financier de GoodLeaf. L’entreprise ontarienne convoite en effet des terrains qui appartiennent à la municipalité, à l’intersection du boulevard Clairevue et de la
rue John-Molson.

Dans le scénario idéal, l’acquisition serait conclue dans les prochaines semaines et « nous pourrions commencer la construction des installations au mois d’août », indique-t-il. La première phase permettrait de produire annuellement jusqu’à 1,2 million de tonnes de micropousses et de petites laitues, et ce « dès l’automne 2022 ».

Les marchés

 

Selon la demande, la production pourrait doubler dans les prochaines années, explique-t-il, précisant que ce qui sortirait de cette ferme verticale — dont les cultures se font sur plusieurs étages en environnement contrôlé — serait destiné aux marchés québécois, ontarien et du nord-est des États-Unis.

L’entreprise ne désire pas dévoiler les sommes qui devraient être investies pour le projet de Longueuil. Par ailleurs, Jeff McKinnon concède que l’entreprise envisage également de s’installer sur la Rive-Nord, dans la région de Montréal ou à Valleyfield. La Rive-Sud a l’avantage d’offrir non seulement un accès à la métropole, mais aussi de faciliter le transport d’aliments destinés aux États-Unis.

Cette probable acquisition s’inscrit dans la stratégie de développement à l’échelle nationale de GoodLeaf. En février, l’entreprise annonçait son « plan de croissance et d’expansion dynamique » pour bâtir un réseau national de fermes verticales. Le but étant d’approvisionner tout le pays en légumes-feuilles.

Les fermes de GoodLeaf permettent la culture sur des plateaux hydroponiques empilés sur plusieurs niveaux. Un éclairage LED qui imite le soleil assure aux plantes une lumière qui facilite la photosynthèse. L’environnement intérieur contrôlé — sans pesticide, herbicide ou fongicide — protège des conditions météorologiques extrêmes, telles que les sécheresses ou les gelées.

GoodLeaf est actuellement propriétaire de deux établissements qui permettent de faire pousser des aliments sur plusieurs étages. En 2015, l’entreprise construisait une « ferme-pilote » à Truro en Nouvelle-Écosse pour tester une production commerciale. Celle-ci sert aujourd’hui de centre de recherche.

C’est à l’automne 2019 que GoodLeaf a ouvert sa première ferme verticale commerciale à Guelph, en Ontario. « Les installations de Longueuil seraient effectivement notre deuxième ferme verticale commerciale », indique Jeff McKinnon.

Une tendance de fond

 

Quoiqu’encore marginale, l’agriculture verticale est porteuse, selon Pascal Thériault, agronome et économiste professeur à l’Université McGill. « Le marché n’est pas encore organisé ; il y a plusieurs joueurs de petite taille, mais la demande pour davantage d’aliments produits localement est bel et bien réelle. »

Si vous avez quatre étages au lieu d’un seul pour une même superficie, la production est inévitablement supérieure. Cela permet une meil-leure valorisation de l’espace.

 

L’intérêt pour ce type d’agriculture a été amplifié par la pandémie. « Les pénuries dans les épiceries dans les premières semaines ont eu l’effet d’un grand réveil pour plusieurs consommateurs sur l’importance que peut avoir une production locale. »

L’un des principaux avantages des fermes verticales, c’est qu’elles permettent d’augmenter de manière importante la capacité de production, dit-il : « Si vous avez quatre étages au lieu d’un seul pour une même superficie, la production est inévitablement supérieure. Cela permet une meilleure valorisation de l’espace. »

La taille du marché mondial de l’agriculture verticale était évaluée à 2,23 milliards de dollars américains en 2018 par la firme spécialisée en analyses de marchés Allied Market Research. Selon les prévisions de cette dernière, ce type d’agriculture devrait croître à un rythme annuel de 24,6 % dans les prochaines années pour atteindre 12,77 milliards de dollars américains.

Au Canada, le marché devrait passer de 66 millions de dollars américains à 636 millions entre 2016 et 2025, selon StatInvestor. Le défi pour les producteurs, selon Pascal Thériault, réside dans le temps qui s’écoule avant que les coûts des infrastructures et des technologies soient amortis. « Cela prend des années, voire des décennies très souvent », dit-il.

GoodLeaf peut par ailleurs compter sur l’appui financier d’un géant canadien de l’alimentation : McCain Foods. L’entreprise du Nouveau-Brunswick a annoncé en février un investissement de 65 millions de dollars dans TruLeaf, société mère de GoodLeaf.

« C’est une très bonne nouvelle pour GoodLeaf, parce que l’un des défis des cultures en environnements contrôlés réside dans la capitalisation », avance Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire d’analyse agroalimentaire de l’Université Dalhousie.

La présence de McCain n’est pas qu’avantageuse sur le plan financier. « McCain est certainement l’une des entreprises qui connaît le mieux au Canada la chaîne de l’approvisionnement. Cela permet de positionner leurs installations en fonction des besoins du marché », indique-t-il.


 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément quels terrains étaient convoités par GoodLeaf à Longueuil, a été modifiée.

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