Québecor n’aura pas la vie facile dans le sans-fil canadien

En réunissant les rôles de p.-d.g. de Québecor et de Vidéotron, Pierre Karl Péladeau aura plus de latitude pour acquérir Freedom Mobile, mais aussi pour acheter des spectres de fréquence supplémentaires qui seront mis aux enchères par le fédéral à partir du 15 juin prochain.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne En réunissant les rôles de p.-d.g. de Québecor et de Vidéotron, Pierre Karl Péladeau aura plus de latitude pour acquérir Freedom Mobile, mais aussi pour acheter des spectres de fréquence supplémentaires qui seront mis aux enchères par le fédéral à partir du 15 juin prochain.

Le CRTC tient mordicus à ce que le marché canadien du sans-fil soit composé de quatre grandes entreprises nationales même si Rogers avale Shaw, ce qui crée une occasion sans précédent pour Québecor. Sa direction a confirmé son intention d’étendre son réseau sans fil au-delà de la rivière des Outaouais, mais une concurrence plus féroce que prévu pourrait contrecarrer ses plans.

Québecor devra être « imaginative » si elle désire mettre la main sur l’éventuel réseau sans fil Freedom Mobile, la filiale du groupe Shaw qui pourrait être rapidement mise en vente si le gouvernement l’exige pour approuver le rachat de Shaw par Rogers, croit Jeff Fan, de Scotia Capital.

« Québecor est prête à négocier un prix raisonnable et serait même intéressée par un partenariat ou par un modèle “créatif” de partage de réseau inclus dans les conditions de la transaction », a écrit l’analyste dans une note aux investisseurs publiée en fin de semaine. « Québecor est un fournisseur crédible présent depuis longtemps dans le secteur et sa trésorerie est assez garnie pour procéder à la transaction. La seule incertitude est la taille de l’investissement requis de Québecor pour devenir un fournisseur national concurrentiel. »

Québecor et sa filiale Vidéotron se préparent pour un investissement qui pourrait leur coûter cher. Jérôme Dubreuil de Valeurs mobilières Desjardins (VMD) écrit dans une note aux investisseurs que les sommes en jeu seront probablement plus élevées que l’aurait souhaité Québecor.

En réunissant les rôles de p.-d.g. de Québecor et de Vidéotron, Pierre Karl Péladeau aura plus de latitude pour acquérir Freedom Mobile, mais aussi pour acheter des spectres de fréquence supplémentaires qui seront mis aux enchères par le fédéral à partir du 15 juin prochain (voir encadré).

L’analyste de VMD trace un parallèle entre ce que Pierre Karl Péladeau tente de faire avec Vidéotron et ce qu’il a fait durant les premières années du millénaire en transformant Québecor du statut d’imprimeur à celui de fournisseur de services de télécommunications.

« M. Péladeau est reconnu pour sa gestion active et nous croyons qu’il ne lui faudra pas beaucoup de temps pour s’adapter à ses nouvelles responsabilités. Les enchères pour des spectres nous en diront plus sur ses intentions. Si Québecor mise sur des spectres de fréquences situés à l’extérieur du Québec, ce pourrait être pour se rendre plus attrayante aux yeux de Rogers en vue d’acquérir les actifs en trop de Shaw. »

C’est une stratégie risquée dans la mesure où, si Québecor ne met pas la main sur Freedom Mobile et qu’elle acquiert des fréquences à l’extérieur du Québec, elles ne lui seront d’aucune utilité et devront être revendues, possiblement à perte, ajoute Desjardins.

Pas seule

D’autant que Québecor n’est pas la seule entreprise à vouloir percer le marché canadien du sans-fil cet été. Cogeco, l’autre grande entreprise québécoise de télécommunications, a déjà indiqué son attrait pour ce secteur. Telus pourrait vouloir consolider sa place comme numéro trois du sans-fil en acquérant Freedom Mobile ou même la société SaskTel de Saskatchewan, un des rares fournisseurs régionaux encore existants au Canada.

Cela dit, l’intention de Telus d’investir 9 milliards de dollars au Québec (voir autre texte) pour y élargir ses réseaux avec et sans fil semble indiquer que l’entreprise de Vancouver a une autre idée en tête.
 



Ce texte a été modifié après publication.

 

Enchères tardives et coûteuses

Le gouvernement fédéral mettra aux enchères le 15 juin prochain des spectres de fréquence de la bande des 3500 mégahertz. Ces fréquences risquent de coûter cher aux opérateurs désireux de les acquérir pour améliorer leur infrastructure sans fil de plus récente génération (la 5G), et se traduiront par des frais de service inutilement élevés pour les consommateurs canadiens, révèle un rapport de l’institut C.D. Howe. Le groupe de recherche indépendant estime que les coûts des fournisseurs canadiens pour ériger leur infrastructure 5G sont 83 % plus élevés que ceux de leurs homologues d’autres pays. Le coût d’acquisition des fréquences compterait pour 50 points de pourcentage de cette surprime. La raison ? La formule d’enchères privilégiée par Ottawa fait grimper artificiellement la valeur de ces fréquences et étire les délais d’entrée en service des nouveaux réseaux. D’ailleurs, le Canada est la seule économie développée avec l’Inde à ne pas avoir encore attribué son spectre de 3500 MHz à des réseaux 5G, rappelle l’Institut C.D. Howe.


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