Ouvrir les terrasses «n’est pas suffisant», disent les associations de bars et de restaurants

Pour éviter l’affolement d’un déconfinement total trop soudain, les propriétaires de restaurants ont demandé à Québec une réouverture graduelle et un calendrier, ce qu’ils auraient obtenu.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Pour éviter l’affolement d’un déconfinement total trop soudain, les propriétaires de restaurants ont demandé à Québec une réouverture graduelle et un calendrier, ce qu’ils auraient obtenu.

À la veille de l’annonce d’un plan de déconfinement québécois, les associations de bars et restaurants craignent de rester sur leur faim : ouvrir seulement les terrasses « n’est pas suffisant » selon elles.

Renaud Poulin, président de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec, indique avoir rencontré le gouvernement pour discuter de ce plan. « Toutes les associations qui étaient présentes étaient contre l’ouverture des terrasses. Nous, ce qu’on veut, c’est que ce soit les salles des commerces qui rouvrent, pas seulement les terrasses. »

Même son de cloche chez l’Association Restauration Québec. « Ce n’est pas tous les restaurants qui ont une terrasse », souligne le porte-parole François Meunier. « Ce n’est pas non plus tous les restaurants qui ont une terrasse couverte qui permet de se protéger les clients des intempéries. Qu’est-ce qu’on fait s’il se met à pleuvoir de manière soudaine ? Qu’est-ce qu’on fait avec les clients si on ne peut pas les rentrer à l’intérieur ? »

« Ça va être le bordel total », déclare le président de l’Union des tenanciers de bars du Québec, Peter Sergakis. « Il faut qu’on ouvre à l’intérieur la même capacité qu’à l’extérieur », sans quoi plusieurs commerces attendront « quelques semaines de plus » avant d’ouvrir leurs portes.

François Legault devrait annoncer mardi les étapes d’un déconfinement au Québec s’échelonnant jusqu’au 24 juin et qui débuterait par les régions de Québec, les Laurentides et la Montérégie. Renaud Poulin croise les doigts pour que ces allègements concernent aussi les zones rouges, comme Montréal. Il rappelle que, si les mesures sanitaires sont respectées, les bars et restaurants ne provoquent pas de contaminations. « Quand on regarde les régions où c’est ouvert, il n’y a pas de problème à l’intérieur. Ce n’est pas là qu’on a des éclosions. »

« C’est le temps d’ouvrir tous les restaurants, tous les bars, avec une capacité de 50 %, et on va suivre les consignes », propose Peter Sergakis. Il réitère aussi sa demande d’ouvrir les salles aux clients vaccinés. « On est rendu au point que ça fonctionne plus. Ça peut plus attendre. C’est assez. » Dans une lettre envoyée au gouvernement aujourd’hui, il qualifie l’ouverture des terrasses de scénario « illogique » et « insensé ».

Par ailleurs, plusieurs restaurateurs et tenanciers de bars rongent leur frein en voyant les rassemblements festifs à l’extérieur, fait remarquer M. Poulin. « La Ville de Québec permet de boire dans les parcs, de s’amuser dans les parcs, mais ne peut pas le permettre dans nos commerces, dont c’est la vocation première. Les gens viennent socialiser et, dans les parcs, il n’y a aucune surveillance. Dans les commerces comme les nôtres, il va y avoir des gens qui surveillent pour que les clients respectent les règles. »

Les aides gouvernementales permettent peut-être aux établissements licenciés du Québec de « garder la tête hors de l’eau », mais François Meunier clame que plusieurs restaurateurs crient famine. « Je vous rappelle qu’à Montréal, c’est fermé depuis octobre. Alors, ça commence à faire très, très, très long. La situation était intenable. Elle l’est encore plus aujourd’hui. »

Une question de prévision

Pour éviter l’affolement d’un déconfinement total trop soudain, des propriétaires de restaurants ont demandé à Québec une réouverture graduelle et un calendrier, ce qu’ils auraient obtenu.

« On l’a vu par le passé lorsqu’on nous a dit par exemple : “vous pouvez tous rouvrir la semaine prochaine”. C’est un peu la panique. Tout le monde cherche du personnel en même temps. Tout le monde appelle ses fournisseurs en même temps. C’est là que c’est un peu plus compliqué », raconte François Meunier. « Quand on a de la prévisibilité, quand on parle peut-être de l’ouverture en premier des terrasses à Montréal, ça permet une réouverture progressive, graduelle, qui permet peut-être de faire en sorte que la panique est moins forte. »

Cette prévisibilité permet aussi d’affronter le « défi » de la main-d’œuvre, note également François Meunier.

« Il faut absolument qu’on puisse envoyer un message de réouverture. Sinon, on va perdre tout le personnel qui nous restait. Et on risque même de perdre les travailleurs saisonniers, notamment les étudiants du cégep et des universités qui ont déjà terminé. Si on laisse longtemps ces gens dans l’incertitude, qu’il n’y a en principe pas de réouverture avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, légitimement, ils ont le droit d’envisager de trouver un emploi ailleurs. »

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