OMC: un accord à cinq pour tous

Genève — L'Organisation mondiale du commerce (OMC) cherchait hier soir à faire accepter à ses 147 membres un accord agricole intervenu entre cinq puissances (États-Unis, UE, Inde, Australie, Brésil), à 24 heures d'une échéance fixée pour relancer la négociation sur la libéralisation des échanges mondiaux.

Les cinq acteurs clés, qui reflètent les différents intérêts en jeu dans le commerce agricole, sont parvenus à un accord mercredi soir au terme d'un marathon de douze heures entre quatre ministres et le commissaire européen, Pascal Lamy.

Le contenu du compromis n'a pas été dévoilé, mais le directeur général de l'OMC, Supachai Panitchpakdi, s'est félicité de sa conclusion. «C'est un apport important aux pourparlers et cela donne de l'élan à nos efforts pour parvenir à un accord en juillet», a estimé M. Supachai, cité par son porte-parole, Keith Rockwell.

Alors que de nombreuses délégations se sont plaintes ces dernières heures d'être exclues des discussions menées entre les cinq, le patron de l'OMC a rappelé qu'«aucun accord n'est possible sans un consensus de la part de tous les membres de l'organisation».

L'accord des cinq a été «plutôt bien reçu par les autres délégations, mais pas par toutes», a déclaré M. Rockwell lors d'un point de presse.

Étonnement

Les propos du directeur général ont d'ailleurs provoqué l'étonnement des principaux intéressés, les porte-parole des cinq ayant soigneusement évité de parler d'accord pour ne pas froisser la susceptibilité des autres pays membres. «Je ne vois pas comment il peut parler d'accord alors qu'il n'y a pas de document écrit», a expliqué un négociateur européen. La mise sur papier des conclusions de leur discussion relevait en effet du président du groupe de négociation sur l'agriculture, l'ambassadeur néo-zélandais, Tim Groser.

D'autre part, la perspective de voir surmonté l'obstacle agricole a déplacé hier soir le poids de la négociation vers la réduction des droits de douane appliqués aux produits industriels. «Maintenant qu'un accord agricole se dessine, tous ceux qui vivaient tranquillement à l'ombre de l'agriculture se découvrent des problèmes avec les ambiguïtés du texte sur les produits industriels», indiquait une source européenne.

Or, les États-Unis et l'Union européenne, qui seront les principaux «payeurs» dans le domaine agricole, ont fait du maintien de ce texte le minimum nécessaire pour un compromis global. «Si les pays en développement remettent en cause la formule, cela explose», a prévenu une source européenne.

«Sur l'agriculture, ça va aller, personne ne veut qu'il y ait un échec», a déclaré le ministre mauricien du Commerce, Jaya Krishna Cuttaree. Mais «il y a une forte opposition au sein des 52 pays du groupe africain» au texte en préparation sur les produits industriels, a-t-il dit.

Le secrétariat de l'OMC devait remettre aux délégations dans la nuit d'hier à aujourd'hui une version finale du compromis élaboré le 16 juillet par le président du conseil général de l'OMC, l'ambassadeur du Japon, Shotaro Oshima.

Il ne restera donc qu'environ 24 heures aux pays membres pour étudier le texte, consulter leur capitale et rendre leur avis définitif.

«L'échéance de vendredi [aujourd'hui] minuit pourrait s'avérer flexible», a reconnu M. Rockwell.

Les discussions à cinq ont provoqué la colère de certains pays. «C'est catastrophique», a déclaré le négociateur suisse, Luzius Wasescha. Les cinq «se prennent pour les dirigeants de la planète alors qu'ils ne le sont pas, ils ne sont même pas capables de négocier correctement».