Conciliabule à cinq pour tenter de sortir l'OMC de l'ornière

Genève — Cinq puissances commerciales (Australie, Brésil, États-Unis, Inde et UE), en première ligne dans les tensions entre Nord et Sud, se sont efforcées hier de trouver un compromis agricole pouvant être élargi aux 147 membres de l'OMC, au deuxième jour d'une réunion cruciale à Genève.

Les membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont jusqu'à demain minuit pour donner un cadre au cycle de négociations lancé à Doha fin 2001 afin de mettre le commerce au service du développement et de dynamiser l'économie mondiale. Cette échéance est une deuxième chance de parvenir à un accord intermédiaire après l'échec de la conférence ministérielle de l'OMC à Cancún en septembre dernier.

«Dans la phase actuelle, l'état d'esprit est plutôt positif, chacun sent bien que nous avons là une occasion», a déclaré le commissaire européen Pascal Lamy, dans une téléconférence avec le Parlement européen.

Projet d'accord révisé

Les Cinq étaient réunis en fin d'après-midi depuis la mi-journée, après avoir discuté pendant plusieurs heures la veille au soir en compagnie de Tim Groser, l'ambassadeur de Nouvelle-Zélande à l'OMC, qui préside les négociations sur l'agriculture. M. Groser a indiqué qu'il inclurait les résultats éventuels de ces discussions à cinq dans un projet d'accord révisé.

Les pays du Sud et les grands exportateurs agricoles comme l'Australie demandent à l'UE et aux États-Unis de réduire leurs aides internes et de supprimer leurs subventions à l'exportation, accusées de fausser le commerce mondial.

La discussion entre les Cinq mardi a été qualifiée «de sérieuse et utile» par un porte-parole du représentant américain au Commerce, Robert Zoellick.

Une porte-parole du ministre indien du Commerce, Kamal Nath, a précisé que son pays avait mis l'accent sur les «produits spéciaux» pour lesquels New Delhi demande à pouvoir conserver une protection douanière. «Nous avons eu une discussion assez musclée sur les soutiens internes à l'agriculture», a rapporté une source européenne.

Moins de 48 heures

Le président du conseil général de l'OMC, l'ambassadeur du Japon Shotaro Oshima, devait soumettre ce matin une nouvelle mouture du projet de compromis, initialement promise pour hier. Il restera donc moins de 48 heures aux membres de l'OMC pour se prononcer, un délai critiqué par plusieurs pays. D'autres comme les importateurs nets agricoles du G10 (Japon, Suisse...) se sont plaints de l'absence de transparence des discussions à cinq.

«Nous avons fait des progrès valables dans plusieurs domaines», a déclaré M. Oshima aux délégués réunis en séance plénière. Il a ajouté que la prochaine version de son texte serait «la dernière révision importante» du projet qui ne pourrait donc plus être modifié de manière substantielle.

Plusieurs pays du Sud estiment que leurs préoccupations n'ont toujours pas été suffisamment prises en compte.

Un Conseil européen se tiendra à Genève cet après-midi autour de M. Lamy pour examiner l'ultime projet d'accord, dont la précédente version a été contestée par la France.

À l'approche des élections américaines et du renouvellement de la Commission européenne, un échec à Genève pourrait repousser de plusieurs années la perspective d'un compromis.