Ioukos catapulte le brut

Un employé de Ioukos dans la région de Tyumensk, en Russie. Les autorités russes auraient ordonné hier à Ioukos de cesser de vendre du pétrole.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un employé de Ioukos dans la région de Tyumensk, en Russie. Les autorités russes auraient ordonné hier à Ioukos de cesser de vendre du pétrole.

New York — Les cours du pétrole brut ont été catapultés hier à un nouveau record au-dessus de 43 $US à New York, les opérateurs prenant peur face à la menace de perturbation des livraisons du géant russe Ioukos, alors que la demande mondiale reste très soutenue.

«Le marché est soutenu par la situation du russe Ioukos. On craint une perte significative de production étant donné l'affrontement actuel» entre le groupe pétrolier et la justice russe, a expliqué Jim Ritterbusch, analyste de la firme Ritterbusch and Associates. Et les courtiers d'évoquer désormais un baril à 45 voire 50 $US.

Le baril de brut de référence light sweet crude pour livraison en septembre a grimpé en séance hier à 43,05 $US, un record, avant de clôturer sur un gain de 1,06 $US, à 42,90 $US, sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), un record en clôture. Le précédent record en clôture (42,33 $US) remontait au 1er juin.

À Londres, le cours du pétrole Brent a également atteint son plus haut niveau depuis près de 14 ans, à 39,68 $US en séance, avant de clôturer sur un gain de 99 ¢US, à 39,53 $US.

Ioukos, le numéro un du pétrole en Russie, a prévenu hier que sa production et ses exportations pourraient être très prochainement stoppées face aux exigences de la justice russe. «La qualité du pétrole de Ioukos est inférieure à celle du light sweet crude de l'OPEP, mais [les problèmes de Ioukos] reviennent à éliminer du pétrole en général du marché», a souligné Ray Carbone, courtier de la firme Paramount Options, sur la chaîne financière CNBC.

«Si le pétrole de Ioukos avait été d'une qualité supérieure, le marché serait plus haut», a-t-il estimé. Ioukos produit 1,7 million de barils par jour et exporte 75 % de sa production. À moins d'un nouveau développement, un arrêt des exportations par chemin de fer d'ici une dizaine de jours, comme le prévoit le groupe s'il ne peut avoir accès à ses comptes, enlèverait du marché environ 4 % de la production russe, selon Jim Ritterbusch.

L'aggravation des problèmes de Ioukos, dont le principal propriétaire, le milliardaire Mikhaïl Khodorkovski, a été incarcéré pour escroquerie et fraude fiscale, arrive à un moment où le marché se demande si l'OPEP, qui produit à pleine capacité, arrivera à satisfaire une demande qui ne montre pas de signe de fléchissement.

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande mondiale de pétrole va bondir cette année de plus de 3 %, et cette hausse ne devrait que légèrement ralentir l'an prochain.

«Nous continuons à penser que le gouvernement russe ne va pas permettre l'effondrement de Ioukos», a souligné Jim Still, analyste de Refco. «Néanmoins le marché est très sensible et il est déjà passé par tellement de choses que les opérateurs s'alarment vite», a-t-il estimé.

Pour Ray Carbone, «on pourrait voir 45 $US rapidement». Et il pense même qu'un baril à 50 $US est envisageable car la production de pétrole «a du mal à suivre la consommation».

Jim Ritterbusch est du même avis. «Je pense que ces niveaux sont très vulnérables et qu'ils pourraient être dépassés», a-t-il affirmé.

Mais ajusté de l'inflation, le prix du pétrole reste bien en dessous des niveaux atteints au moment du choc pétrolier des années 70, ont souligné les analystes.

Ce nouveau bond des cours du pétrole est venu alimenter les inquiétudes sur un ralentissement de la croissance économique américaine durant la deuxième moitié de l'année. «Je ne peux que conclure que ce dernier bond des prix de l'énergie est suffisamment important pour être négatif pour l'économie», a déclaré John Lonski, principal économiste de Merrill Lynch.