Boeing redresse la tête

New York — Boeing, qui a une nouvelle fois affiché de meilleurs résultats que prévu au deuxième trimestre, continue de relever la tête: toujours soutenu par sa branche Défense, le numéro un mondial de l'aéronautique reprend aussi espoir pour sa branche d'aviation commerciale.

«Nous sommes bien positionnés sur nos principaux marchés [...] nous avons de grands produits, une grande équipe», s'est félicité le p.-d.g. de Boeing, Harry Stonecipher, lors d'une conférence téléphonique. «Nous restons engagés à restaurer notre réputation d'excellence», a-t-il ajouté.

Oubliés les déboires judiciaires, les affaires d'espionnage, de conflit d'intérêt, la défaite l'an dernier face au rival européen Airbus pour le titre de premier avionneur commercial mondial.

Au deuxième trimestre cette année, Boeing a affiché un bénéfice net de 607 millions $US contre une perte de 192 millions un an plus tôt et le groupe a encore une fois relevé ses prévisions de bénéfice pour l'ensemble de cette année et l'exercice 2005.

Certes, le groupe se repose avant tout sur ses ventes de matériels militaires, favorisées par les dépenses de l'armée américaine. La récente obtention d'un contrat de 3,9 milliards avec l'US Navy américaine pour développer un nouvel avion de patrouille et d'attaque maritime, au nez et à la barbe du grand rival Lockheed Martin, en témoigne. La branche Défense a réalisé au deuxième trimestre un bénéfice d'exploitation de 696 millions sur un chiffre d'affaires de 7,16 milliards, là où l'an dernier, à la même période, il accusait une perte de 429 millions.

Mais après avoir cédé l'an dernier à Airbus le titre de premier avionneur commercial mondial et le triomphe de l'européen ce mois-ci au salon aéronautique de Farnborough avec 64 intentions de commandes fermes contre seulement 19 pour le groupe de Chicago, Boeing se prend à espérer de nouveau sur ce qui a longtemps été sa vitrine: l'aviation civile.

Au deuxième trimestre cette année, la branche d'aviation commerciale a vu son bénéfice d'exploitation progresser de 22 %, à 382 millions, avec une hausse des livraisons à 75 unités, pour un chiffre d'affaires en baisse de 3 % à 5,67 milliards.

«Le marché de l'aviation commerciale montre des signes de reprise», a souligné M. Stonecipher à plusieurs reprises. Boeing table à présent sur 285 livraisons d'appareils cette année et sur 315 à 320 livraisons l'an prochain. Mi-juillet, il indiquait déjà vouloir embaucher ou réembaucher jusqu'à 3000 personnes d'ici la fin de l'année aux États-Unis, principalement pour la division d'aviation commerciale.

Même les difficultés éprouvées par certains de ses meilleurs clients ne l'effraient pas. Delta Air Lines, en crise financière, a renégocié son calendrier de livraison mais «cela n'aura aucun impact, cette année ou en 2005», a assuré M. Stonecipher.

D'autant que le projet du 7E7 Dreamliner, l'avion superéconomique, un temps considéré comme largement hypothétique, est désormais bien lancé, avec des commandes fermes de quatre grandes compagnies aériennes. La compagnie japonaise All Nippon Airways (ANA) a ainsi signé lundi le contrat définitif portant sur l'acquisition de 50 exemplaires du futur appareil. Au total, Boeing a obtenu l'accord préliminaire de 24 compagnies aériennes pour l'acquisition de 200 exemplaires de son futur avion.

De quoi inquiéter Airbus. «C'est probablement un projet qui va aboutir à quelque chose de réel cette fois», a même reconnu le p.-d.g. d'Airbus, Noël Forgeard, la semaine dernière. «Nous le prenons en compte lorsque nous réfléchissons à notre stratégie de moyen terme.»

Les aides d'État

Dans la foulée, et malgré la sensibilité de Boeing aux dépenses militaires américaines, le p.-d.g. du géant aéronautique américain a une nouvelle fois fustigé les «aides d'État». Ces «aides» représentent «un avantage compétitif», a dénoncé M. Stonecipher. «Ils [Airbus] ne sont pas obligés de faire de l'argent» au contraire de Boeing.

Pour M. Stonecipher, cette situation revient pour Airbus à simplement «appuyer sur un bouton» et obtenir les financements désirés. «Vous prenez de l'or et vous rentrez avec à la maison», a-t-il décrit. «Lorsqu'ils font des erreurs, ce sont leurs contribuables qui paient. Lorsque nous faisons des erreurs, ce sont nos actionnaires qui paient», a aussi déclaré M. Stonecipher.

Pour le p.-d.g., cette situation dure depuis trop longtemps et «au 28 juillet 2004, il est temps que ces accords [de financement d'Airbus] cessent», a-t-il martelé.

Début juillet, le représentant américain pour le Commerce, Robert Zoellick, avait indiqué que les États-Unis, dans leurs discussions avec l'Union européenne, appelaient à mettre fin aux aides d'État accordées, selon les Américains, à Airbus.

Le géant aéronautique américain, qui accuse son concurrent européen de percevoir des subventions indues, avait annoncé le mois dernier par la voix de M. Stonecipher, des mesures concrètes «cette année» pour s'y opposer. Le p.-d.g., qui n'avait pas alors précisé la nature des actions envisagées, et réfuté la possibilité d'un recours devant l'OMC, n'a pas donné hier de précision quant à cette action à venir.

Airbus est un consortium européen détenu à 80 % par le géant européen de l'aéronautique et de la défense EADS et à 20 % par British Aerospace. Le capital d'EADS est actuellement détenu à 30,1 % par Lagardère et l'État français, à 30,1 % par DaimlerChrysler, 5,5 % par le holding public espagnol Sepi, les 34,36 % restants flottant en Bourse.