OMC: porte ouverte à la Lybie

Genève — L'avenir des négociations sur la libéralisation des échanges se joue à Genève, où a commencé hier le conseil général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La première journée a été marquée par la porte ouverte à la Libye, dont la candidature à l'adhésion a été acceptée à l'unanimité par les membres de l'OMC.

Près de 35 ministres du Commerce doivent participer à ce conseil général crucial, ainsi que les ambassadeurs de la quasi-totalité des 147 pays membres de l'organisation. Ils ont jusqu'à vendredi, l'échéance que s'est fixée l'OMC, pour relancer les négociations dans l'impasse depuis l'échec du sommet de Cancún, au Mexique, en septembre 2003.

Si un accord sur le cadre du futur traité n'est pas trouvé d'ici vendredi, le cycle de négociations lancé à Doha au Qatar fin 2001 serait retardé de plusieurs mois, voire des années.

Le futur traité est censé stimuler l'économie mondiale et réduire les inégalités entre pays riches et pauvres dans l'accès aux marchés en supprimant les barrières douanières et les aides à l'exportation. Mais il se heurte à l'opposition Nord-Sud en particulier sur le volet agricole.

Pour tenter de trouver un «accord équilibré», le directeur général de l'OMC a présenté le 16 juillet un projet de texte qui prévoit notamment un système de réduction des droits de douanes, réservant toutefois aux États la possibilité de maintenir des taxes plus fortes des produits jugés «sensibles». Il prévoit également de discuter une date pour éliminer les subventions à l'exportation. Un texte très critiqué par la France qui reproche à la Commission européenne d'avoir cédé sur la question des subventions agricoles.

Après l'ouverture de la réunion hier, le président du conseil général, l'ambassadeur du Japon, Shotaro Oshima, a ajourné la séance et des tractations devaient se dérouler en coulisse.

Une étape vers la respectabilité

Nouvelle étape vers la respectabilité internationale, Tripoli a été autorisé hier à entamer les négociations pour se joindre à l'instance de régulation du commerce mondial. Le processus d'adhésion devrait prendre plusieurs années. La pétrolière Libye avait déposé pour la première fois sa candidature en décembre 2001 mais sa demande n'avait pas été officiellement soumise aux membres de l'OMC, compte tenu de l'opposition attendue des États-Unis, empêchant l'unanimité requise pour les décisions de l'organisation.

Depuis, Washington a rétabli des liens diplomatiques avec Tripoli après que le colonel Moammar Kadhafi, au pouvoir depuis 35 ans, eut notamment accepté d'abandonner son programme d'armement nucléaire et de verser des compensations aux 270 victimes de l'attentat de Lockerbie (Écosse) en 1988.

L'ambassadrice de la Libye, Najat al-Hajjaji, a souligné que son pays ne pouvait rester en dehors de l'OMC. «Les pays en voie de développement n'obtiennent parfois pas tous les bénéfices dont ils ont besoin, a-t-elle reconnu. Mais c'est un inconvénient pour le pays de rester en dehors de cette organisation.»

Les États-Unis continuent de bloquer régulièrement la demande de l'Iran qui souhaite entamer les négociations d'adhésion. L'OMC n'a pas même pas examiné les requêtes de la Syrie et de l'Afghanistan. En revanche, à l'initiative de Washington, l'Irak a été admis cette année en observateur, mais n'a pas officiellement entamé les négociations d'adhésion.

Les pourparlers

Revenant aux pourparlers, une session plénière du Conseil général a été rapidement levée hier en fin de matinée pour permettre aux délégations de se retrouver en petits groupes. MM. Lamy et Zoellick, ainsi que leurs collègues australien, brésilien et indien, étaient ainsi réunis en fin d'après-midi dans l'espoir qu'un accord entre ces cinq puissances commerciales puisse être étendu à l'ensemble des pays membres. Le négociateur chargé de l'agriculture, le Néo-Zélandais Tim Groser, participait à la discussion.

L'OMC devait s'atteler dans la nuit à la rédaction d'une nouvelle mouture de son texte de compromis, avec l'ambition de la remettre aujourd'hui aux délégations. Il ne restera alors qu'un peu plus de deux jours aux pays membres pour accepter ou non ce document, qui doit fixer le cadre de la négociation lancée à Doha, au Qatar, fin 2001.

L'ambassadeur du Japon, Shotaro Oshima, qui préside le conseil général et dirige à ce titre la négociation, a averti que, faute de temps, peu de changements pourraient être apportés à cette dernière version.

Les délégations ont multiplié ces derniers jours les propositions d'amendement au projet de compromis déposé le 16 juillet par M. Oshima, au risque de compliquer la négociation. «On est en train de faire des noeuds qu'il faudra dénouer ensuite», observe l'ambassadeur du Maroc, Omar Hilale, qui se dit inquiet de voir la négociation reculer au lieu d'avancer. L'autre risque, selon lui, serait de produire un texte vague, satisfaisant pour tout le monde, qui se contenterait de répéter les engagements de Doha.

Le projet actuellement sur la table reprend une demande de longue date des pays en développement: l'élimination — à une date à négocier — des subventions aux exportations agricoles, accusées de ruiner les paysans des pays pauvres, ainsi qu'une baisse généralisée des droits de douane sur les produits agricoles.

Mais le ministre indien du Commerce, Kamal Nath, a averti qu'ouvrir son marché mettrait en danger la subsistance de 600 millions de paysans. «En ce qui nous concerne, le projet de compromis de l'OMC ne tient pas la route, a-t-il déclaré. Les difficultés sont nombreuses, particulièrement en ce qui concerne l'agriculture et l'accès au marché des produits non agricoles», a reconnu le porte-parole de l'OMC, Keith Rockwell. En échange de concessions agricoles, les pays riches demandent à ceux du Sud d'ouvrir davantage leurs marchés aux produits industriels et aux services.

Avec dans les mois qui viennent une élection présidentielle aux États-Unis et une nouvelle commission européenne à Bruxelles, un nouvel échec repousserait de plusieurs années le bouclage du cycle de Doha et porterait un coup à la crédibilité de l'OMC.