Ottawa surestime la portée de son budget, selon le DPB

Les mesures de stimulation économique annoncées le mois dernier par Ottawa sont censées ajouter 1,6 point de pourcentage à la croissance la première année et 2 points à chacune des deux années suivantes, à en croire la ministre des Finances, Chrystia Freeland.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les mesures de stimulation économique annoncées le mois dernier par Ottawa sont censées ajouter 1,6 point de pourcentage à la croissance la première année et 2 points à chacune des deux années suivantes, à en croire la ministre des Finances, Chrystia Freeland.

Le gouvernement Trudeau surestime la stimulation qu’apportera son dernier budget à l’économie canadienne, estime le Directeur parlementaire du budget (DPB).

Les mesures de stimulation économique annoncées le mois dernier par Ottawa sont censées ajouter 1,6 point de pourcentage à la croissance la première année et 2 points à chacune des deux années suivantes, à en croire la ministre des Finances, Chrystia Freeland. Yves Giroux estime pour sa part que cette contribution sera moitié moindre, à raison de 0,8 % en 2021-2022 et de 1 % par an les deux autres années.

L’écart entre les deux projections se révèle plus prononcé encore quant à l’effet sur l’emploi. Alors que le gouvernement libéral fait miroiter la création de 315 000 emplois la première année, 334 000 la deuxième et 280 000 la troisième, le DPB n’en entrevoit de son côté que 39 000, 74 000 et 94 000 respectivement

Ces différences tiennent notamment au fait que le budget Freeland entretient un certain flou en ce qui concerne ses mesures de stimulation économique, a expliqué le DPB dans un rapport dévoilé mercredi. Dans les faits, sur un peu plus de 101 milliards de dollars de dépenses sur trois ans explicitement liées à son plan de relance, 69,2 milliards y sont véritablement de nouvelles dépenses de stimulation, alors que 32,1 milliards se révèlent plutôt une simple prolongation des programmes de subvention salariale d’urgence, de prestation de relance économique, de bonification de l’assurance-emploi et d’autres mesures de soutien financier aux travailleurs et aux entreprises touchés par la crise. Dans son estimation des répercussions économiques du budget, Ottawa semble aussi avoir ajouté l’effet des 24,7 milliards en mesures de relance qu’il avait déjà annoncés lors de sa mise à jour économique de l’automne.

Quant aux écarts encore plus prononcés en matière d’effet sur la création d’emplois, ils sont aussi le résultat de modèles de simulation économique différents entre le ministère des Finances et le DPB, a expliqué le bureau d’Yves Giroux au Devoir.

Révision à la hausse des déficits

Dans son rapport, M. Giroux arrive aussi à une estimation des déficits légèrement supérieure à celle contenue dans le budget. Il prévoit ainsi qu’ils atteindront non pas 354,2 milliards cette année, comme l’annonce le gouvernement, mais plutôt 370,8 milliards (+16,6 milliards), avant de diminuer à 160,9 milliards (+6,2 milliards) en 2021-2022 et à 64 milliards (+4,3 milliards) l’année d’après. Ces autres écarts seraient principalement attribuables à ce que l’on croit être une meilleure prise en compte des résultats qu’afficheront — au moins temporairement — les sociétés d’État, notamment la Banque du Canada avec ses achats massifs d’obligations fédérales sur les marchés secondaires dans le cadre de ses mesures d’assouplissement quantitatif.

À ce rythme, le ratio d’endettement du gouvernement fédéral en proportion de la taille de l’économie se tassera à peine de 52,1 % à 49,2 % cette année, et sera encore à 44,2 % dans cinq ans. Cet endettement restera donc largement supérieur à son niveau d’avant la pandémie, qui était de 31,2 %, et qu’il n’aura toujours pas retrouvé en 2055. « Cela signifie que toute nouvelle dépense permanente importante entraînerait une augmentation du ratio de la dette fédérale au PIB ou devrait être financée par une augmentation des revenus ou une réduction des dépenses dans d’autres domaines », conclut le rapport.

Freeland pas d’accord

Au cabinet de la ministre Freeland, on ne s’est pas montré convaincu par cette distinction que fait le DPB entre les prétendues véritables mesures de stimulation économique et le soutien financier apporté aux travailleurs et aux entreprises en difficulté. Ce soutien, a-t-on fait valoir, est essentiel pour passer à travers la troisième vague et prévenir des séquelles économiques trop profondes.

Quant à l’ampleur des déficits et de la dette, l’attachée de presse de la ministre, Katherine Cuplinskas, a répété au Devoir que le plan financier du gouvernement « est prudent et responsable », que cela permettra au Canada de rester le pays le moins endetté du G7 et lui a valu, la semaine dernière, le maintien de sa notation AAA par l’agence de crédit Standard & Poor’s.

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