​TUAC Québec veut profiter du contexte pour mieux négocier

Martine Letarte
Collaboration spéciale
L'industrie de l'abattage et de la transformation d'animaux a été terrassée par des éclosions de COVID-19 au début de la pandémie.
Photo: Laszlo Balogh Associated Press L'industrie de l'abattage et de la transformation d'animaux a été terrassée par des éclosions de COVID-19 au début de la pandémie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Lorsque l’économie a été mise en veilleuse l’an dernier, excepté pour ce qui est des services essentiels, tout le monde s’est mis à voir les travailleurs de ces établissements comme des héros. On pense par exemple aux commerces d’alimentation et aux usines de transformation alimentaire. « Avec les restaurants fermés, une grande partie de la demande alimentaire a été redirigée vers eux et il fallait que l’équilibre agroalimentaire soit maintenu ; la population a réalisé qu’elle avait besoin de ces travailleurs pour pouvoir se nourrir », affirme Roxane Larouche, porte-parole des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce du Québec (TUAC Québec).

Dès le début de la pandémie, la priorité a été d’implanter des mesures de protection pour leur santé et sécurité, notamment les plexiglas et les gestes barrières. « À l’époque, nous savions peu de choses et il fallait s’adapter au milieu de travail, explique Mme Larouche. Par exemple, lorsque les travailleurs sont très près l’un de l’autre, le long d’un convoyeur notamment, il vaut mieux opter pour des matériaux souples que des plexiglas rigides qui gênent les mouvements et qui peuvent causer des maladies professionnelles. Il a fallu évaluer ces éléments en un temps record et pour y arriver, nous avons vraiment travaillé de concert avec les employeurs. »

Plus d’argent dans les poches des travailleurs essentiels

La rémunération de ces travailleurs est aussi une question hautement importante pour TUAC Québec. Au début, les primes COVID sont arrivées en faisant grand bruit. « Elles étaient vues un peu comme des primes de superhéros, parce qu’on avait besoin que ces gens aillent travailler alors que l’économie était complètement arrêtée », explique-t-elle en précisant que 80 % des membres des TUAC Québec sont restés au travail pendant le confinement.

Mais, à ses yeux, il ne fallait pas en rester là et voir les primes disparaître en même temps que le sentiment d’urgence. « Il fallait profiter du levier qu’est le caractère essentiel de ces travailleurs pour se rendre à la table de négociation et chercher de meilleures conditions de travail qui auront une incidence à long terme pour ces gens », affirme Mme Larouche.

TUAC Québec s’est notamment attaqué aux horaires de travail. « Nous avons réussi à en obtenir de meilleurs dans plusieurs établissements, indique-t-elle. Nous avons plus d’emplois permanents, ou avec une certaine régularité, par exemple avec un minimum de 32 heures de travail garanti pour les occasionnels. Cette régularité facilite la vie de ces travailleurs, s’ils veulent contracter un prêt hypothécaire notamment. »

TUAC Québec travaille aussi évidemment toujours sur l’augmentation des salaires de ses membres et sur différents avantages sociaux qui leur permettent d’avoir plus d’argent dans leurs poches à la fin du mois. Par exemple, le régime de soins dentaires payé entièrement par l’employeur. « Débourser 20 % de la facture du dentiste au lieu de 100 %, ça fait une grosse différence pour le travailleur », illustre Mme Larouche.

Hausser le salaire minimum

TUAC Québec milite aussi depuis des années avec la coalition québécoise qui demande une hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure. « Ça fait tellement longtemps que nous le demandons, que si le gouvernement ne bouge pas rapidement, il faudra demander davantage », précise Mme Larouche.

Depuis le 1er mai 2021, il est à 13,50 $ l’heure. « Ce n’est vraiment pas suffisant, affirme-t-elle. Tous les travailleurs devraient avoir droit à un salaire décent. Ce n’est pas normal que le salaire n’augmente pas au même rythme que le coût de la vie. Les gens se ramassent avec de moins en moins de pouvoir d’achat pour les mêmes heures travaillées, alors c’est décourageant. »

Il fallait profiter du levier qu’est le caractère essentiel de ces travailleurs pour se rendre à la table de négociation et chercher de meilleures conditions de travail qui auront une incidence à long terme pour ces gens

 

Elle pense à toutes les familles et aux mères monoparentales qui vivent de paye en paye. « Il n’y a pas de moyen pour eux de penser à épargner un peu avec le salaire minimum et cela les amène à vivre des situations très difficiles et beaucoup de stress, affirme Mme Larouche. Et, on sait que le stress amène plusieurs autres problèmes de santé. »

À ses yeux, toute la société québécoise bénéficiera d’une hausse du salaire minimum. « Avec un meilleur salaire, toutes ces personnes pourront contribuer davantage à la prospérité de la société québécoise et de l’économie », ajoute-t-elle.

Mettre les produits locaux à l’honneur

Alors que les produits locaux ont particulièrement la cote depuis le début de la pandémie, TUAC Québec s’en réjouit et continue ses efforts pour les faire rayonner. « Depuis plusieurs années, nous essayons de faire découvrir les produits de nos membres par différentes façons, notamment par notre page Facebook », affirme Mme Larouche.

Elle pense aux aliments bien sûr, mais aussi à des produits industriels, comme des planchers et des portes patio. « Nous devons être fiers des produits que nous produisons au Québec et protéger ces acquis, affirme-t-elle. On a vu pendant la pandémie que nous avons perdu la capacité de produire certains biens, comme les masques. Nous avons laissé l’industrie du textile partir et nous sommes maintenant dépendants d’autres pays. »

Elle pense aussi à l’empreinte écologique qui n’est pas la même lorsqu’on s’approvisionne au Québec ou à l’étranger. « Acheter des produits québécois, dit-elle, c’est important pour plusieurs raisons et il faut continuer à encourager l’achat local. »

TUAC Québec compte plus de 55 000 membres. Il est le syndicat de l’alimentation et du commerce le plus important au Québec. Ses membres travaillent aussi dans les domaines des services, de la transformation, de la fabrication, de même que dans les secteurs techniques et professionnels. TUAC compte 255 000 membres au Canada et plus de 1,3 million en Amérique du Nord. 

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