Avec sa borne de recharge, Dcbel veut battre Tesla à son propre jeu

La pile des véhicules électriques compatibles avec la recharge bidirectionnelle est mise à profit par Dcbel: elle peut alimenter la plupart des appareils électriques d’une maison normale pour 24 heures, et avoir encore assez de jus pour démarrer.
Photo: Ethan Miller/Getty Images/AFP La pile des véhicules électriques compatibles avec la recharge bidirectionnelle est mise à profit par Dcbel: elle peut alimenter la plupart des appareils électriques d’une maison normale pour 24 heures, et avoir encore assez de jus pour démarrer.

La jeune pousse montréalaise Dcbel vient de lever 40 millions $US pour commercialiser aux États-Unis une technologie créée à Montréal et qui permet d’alimenter sa maison à l’aide de sa voiture électrique ou de capteurs solaires. Et même de revendre cette énergie au réseau public.

Le moment ne peut être mieux choisi : l’émergence des véhicules électriques devrait s’accélérer en Amérique du Nord à partir de 2023, soit au même moment où Dcbel livrera les premiers exemplaires de sa borne de recharge résidentielle.

« Casser » le secteur énergétique

« C’est un peu un hasard : nous avons créé l’entreprise il y a cinq ans pour offrir une solution énergétique pour la maison. Les véhicules électriques ne faisaient pas encore partie du portrait », affirme Marc-André Forget, fondateur et p.-d.g. de Dcbel, qui explique : « Nous nous voyons un peu comme la seconde vague de solutions énergétiques pour les maisons. Nous misons sur la popularité des capteurs solaires résidentiels dans des États comme la Californie pour nous imposer. »

Photo: Dcbel La borne r16 de la société montréalaise Dcbel

De grandes sociétés américaines caressent la même ambition. Tesla, bien connu pour ses voitures, est aussi actif dans ce créneau. « Le marché de l’énergie approche d’un point de cassure important », croit M. Forget. Aux États-Unis, le modèle du producteur et distributeur centralisé est mis à mal par l’énergie solaire et les systèmes de stockage pour la maison.

En Californie seulement, de 250 000 à 500 000 systèmes solaires sont installés chaque année sur les bâtiments résidentiels. En comptant les constructions neuves, plus de cinq millions de nouvelles résidences auront des capteurs solaires sur leur toit d’ici 2025. Dcbel a mis au point un gestionnaire de l’énergie provenant de différentes sources, dont ces capteurs, qui utilise l’électricité tirée de la source la plus abordable au moment jugé le plus opportun. « On arrive à réduire de 25 % la facture des gens. »

La pile des véhicules électriques compatibles avec la recharge bidirectionnelle est mise à profit par Dcbel : elle peut alimenter la plupart des appareils électriques d’une maison normale pour 24 heures, et avoir encore assez de jus pour démarrer.

Populaire à l’étranger

Dcbel a conclu des ententes avec sept grands constructeurs de voitures et une dizaine de sociétés énergétiques internationales qui jugent sa technologie prometteuse. Fait rare pour une jeune entreprise québécoise, ses 40 millions $US sont des capitaux essentiellement étrangers intéressés par ses brevets plus que par sa technologie elle-même.

Notre système est comme l’iPhone d’Apple dans un marché de baladeurs MP3. Nous faisons d’un seul coup ce que les autres font à la pièce.

Dcbel en possède une douzaine sur des applications d’intelligence artificielle ou de gestion de l’énergie. Son brevet clé, obtenu de l’École de technologie supérieure, porte sur la conversion de l’énergie provenant de capteurs solaires pour qu’elle puisse alimenter directement d’autres appareils, comme une auto.

La stratégie de Dcbel a donc évolué et consiste désormais à entrer dans les domiciles nord-américains en passant par la voiture. On pourrait dire la même chose de Tesla. Pendant que l’entreprise californienne chamboule l’automobile, la jeune pousse montréalaise a plutôt dans sa mire… la facture d’électricité.

« Notre système est comme l’iPhone d’Apple dans un marché de baladeurs MP3. Nous faisons d’un seul coup ce que les autres font à la pièce. Et nous maximisons l’utilisation de la voiture, l’actif le plus important qu’on achète après une maison », et qui, selon les statistiques officielles, passe plus de 80 % de sa vie utile stationnée à ne rien faire.

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