Le patron de Vidéotron tire sa révérence

Québecor n’a pas voulu offrir plus de détails sur ce troisième changement en sept ans à survenir à la tête de Vidéotron.
Photo: Olivier Zuida Québecor n’a pas voulu offrir plus de détails sur ce troisième changement en sept ans à survenir à la tête de Vidéotron.

Au moment où d’importantes décisions attendent Vidéotron dans le secteur de la téléphonie mobile, la locomotive de Québecor perd son conducteur, qui sera remplacé par Pierre Karl Péladeau, grand patron du conglomérat québécois — ce qui a été accueilli tièdement par les investisseurs et analystes.

Nommé président de Vidéotron il y a un peu plus de deux ans, Jean-François Pruneau tirera sa révérence de la « vie professionnelle » le 4 juin pour se « consacrer à des projets d’investissement personnel » au terme d’une carrière qui s’est échelonnée sur deux décennies au sein du conglomérat. Québecor n’a pas voulu offrir plus de détails sur ce troisième changement en sept ans à survenir à la tête de Vidéotron.

Dans une note envoyée par courriel, Drew McReynolds, de RBC Marchés des capitaux, a qualifié l’annonce de « surprise négative », notamment parce que l’arrivée de M. Pruneau à la tête de Vidéotron était relativement récente. « Nous croyons que le bilan de Jean-François Pruneau est très respecté chez les investisseurs, a écrit l’analyste. Il était un point de contact clé au sein de l’entreprise depuis plus d’une décennie. »

Il s’agit du deuxième changement d’envergure à être annoncé en quelques semaines au sein de la haute direction de Québecor. Depuis le 14 avril dernier, la p.-d.g. de Groupe TVA et chef du contenu de Québecor Contenu, France Lauzière, est en « pause professionnelle » qui pourrait s’échelonner sur six mois. Elle est remplacée par M. Péladeau de manière intérimaire.

Un gros morceau

Au cours de l’exercice terminé le 31 décembre, Vidéotron, qui chapeaute les activités de télécommunications de l’entreprise, a généré environ 84 % des revenus totaux de Québecor, également propriétaire d’une division médiatique ainsi que d’un secteur consacré au sport et au divertissement. Elle a également généré 95 % du bénéfice d’exploitation ajusté de 1,95 milliard de dollars l’an dernier.

Vidéotron a presque toujours eu un président distinct — M. Péladeau a cumulé les fonctions de p.-d.g. de Québecor et de Vidéotron de juillet 2001 à juin 2003 —, mais cela ne sera désormais plus le cas. « Le départ de [Jean-François Pruneau] survient alors que Québecor est sur le point de prendre une décision stratégique importante entourant l’expansion de ses activités de téléphonie mobile à l’extérieur du Québec et, le cas échéant, comment elle exécutera sa stratégie à la lumière des potentiellescessions de Rogers dans le cadre [de son projet] d’acquérir Shaw », a observé Jeff Fan, de la Banque Scotia, dans un rapport.

84%

C’est la part des revenus totaux de Québecor générée par Vidéotron, qui chapeaute les activités de télécommuni-cations de l’entreprise, pour l’exercice terminé le 31 décembre.

La principale filiale de Québecor doit participer, le mois prochain, à la vente aux enchères du spectre sans fil qui sera essentiel à l’avenir des services du réseau de cinquième génération (5G).

De plus, M. Péladeau a récemment signalé que le conglomérat pourrait vouloir mettre la main sur Freedom Mobile, qui appartient à Shaw, afin d’élargir ses activités à l’extérieur du Québec dans le secteur du sans-fil. Certains analystes s’attendent à ce que Rogers accepte de céder Freedom Mobile pour convaincre les autorités réglementaires d’accepter son projet de regroupement avec Shaw.

Finalement, le 15 avril dernier, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a obligé les géants BCE, Rogers et Telus à ouvrir leurs réseaux à des joueurs régionaux qui sont propriétaires de licences locales. Cette décision permettrait à Vidéotron d’avoir accès à des réseaux situés à l’extérieur de la province.

Une impasse à dénouer

Le départ de M. Pruneau survient également au moment où Vidéotron et quelque 3000 de ses employés représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique sont en conciliation pour tenter de renouveler un contrat de travail échu depuis décembre 2018. Ces employés travaillent dans les centres d’appels, à la perception, à l’ingénierie ou sont des techniciens. Les principaux points en litige portent sur le recours à la sous-traitance, sur la protection des emplois, puis sur les assurances collectives et les salaires.

« Avec l’arrivée de M. Péladeau, on pense que cela peut donner un deuxième souffle. Un conflit, ce n’est jamais bon pour personne », a expliqué le président du syndicat des employés de Vidéotron, Nick Mingione, au bout du fil.

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Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que Vidéotron avait toujours eu un président distinct de Québecor, a été modifiée.