Banque - L'espagnole Santander s'offre la britannique Abbey National

Londres, Madrid — La première banque d'Espagne, Santander Central Hispano (SCH), a conclu hier la plus grosse acquisition entre deux pays d'Europe dans le secteur bancaire à ce jour, en acceptant de racheter la britannique Abbey National pour quelque 8,25 milliards de livres (20 milliards de dollars).

La transaction constitue la plus grosse prise de contrôle jamais effectuée par Santander. Abbey National est, par ses actifs, la sixième banque du Royaume-Uni, qui constitue le plus important marché européen du crédit à la consommation et l'un des secteurs bancaires les plus rentables au monde. Numéro deux du crédit immobilier dans le pays, Abbey exploite 741 succursales et revendique 18 millions de clients.

«La position dominante d'Abbey sur le marché immobilier au Royaume-Uni, associée à son important réseau de distribution, représente pour les actionnaires de Banco Santander et Abbey une opportunité de création de valeur», a déclaré le président de SCH Emilio Botin dans un communiqué.

«C'est le premier accord transfrontalier d'envergure en Europe. Il va être suivi de très près», prédit Peter Thorne, analyste à la banque privée Pictet. Si Santander parvient à réaliser d'importantes économies sur les coûts, son opération pourrait donner des idées à d'autres grands établissements bancaires du continent, explique Thorne.

La crainte que de telles transactions entre banques de divers pays ne débouchent pas sur des réductions de coûts est l'un des facteurs expliquant que la consolidation dans le secteur bancaire européen ne se soit toujours pas matérialisée.

«Santander s'est montré extrêmement efficace, en particulier dans la partie réduction de coûts», déclare Maoro Carli, analyste à la banque privée Lombard Odier Darier Hentsch. «En général, Santander paie un prix élevé mais parvient à réduire les coûts.»

Pourtant, certains analystes restent sceptiques sur la possibilité pour Santander de réaliser une opération rentable. «Ils vont éprouver des difficultés. Ce n'est pas une affaire énorme qu'ils achètent. C'est un nom raisonnablement connu mais c'est une affaire fatiguée», estime Richard Peirson, gérant d'actifs à Framlington Asset Management.

En outre, le marché immobilier britannique, tout comme son homologue espagnol, semble atteindre un pic de croissance.