Trois hommes, une négociation

Arrivant en fin de mandat, l'Européen Pascal Lamy, l'Américain Robert Zoellick et le directeur général de l'OMC, Supachai Panitchpakdi, n'ont pas ménagé leurs efforts pour tenter d'obtenir une relance des négociations multilatérales. Les trois hommes se retrouvent cette semaine à Genève dans l'espoir de faire accoucher un compromis entre les 147 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce, avant l'échéance du 30 juillet.

Pascal Lamy

Le commissaire européen au Commerce a travaillé d'arrache-pied depuis l'échec de la conférence de l'OMC à Cancún en septembre dernier pour remettre les négociations sur les rails.

Pascal Lamy, 57 ans, a obtenu des gouvernements européens une offre conditionnelle de suppression des subventions aux exportations agricoles, condition jugée nécessaire, sinon suffisante, pour relancer le cycle. Cela lui vaut d'être cloué au pilori par la classe politique «dans le pays que je connais le mieux», comme il qualifie lui-même la France.

Victime de la perte par les grands pays d'un deuxième commissaire dans la future Commission, Pascal Lamy quittera Bruxelles le 31 octobre. Socialiste et nommé par le gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin, il n'a de toute façon pas grand-chose à attendre de l'actuelle majorité, en dépit d'un deuxième parcours bruxellois jugé pratiquement sans faute, après les dix années (1985-95) où il fut le bras droit de l'ancien président de la Commission Jacques Delors. Mais ce départ est une motivation de plus pour laisser à son successeur un cadre bien défini de négociations, où il restera seulement à mettre des chiffres et des dates. Le plus facile, selon lui.

Robert Zoellick

Après l'échec de Cancún, le représentant américain pour le Commerce a relancé la machine OMC en janvier dernier en adressant une lettre à ses 146 collègues. Dans sa missive, M. Zoellick plaidait pour que «2004 ne soit pas une année perdue» pour les négociations du cycle de Doha, en dépit de l'approche d'élections présidentielles qui ne prédisposent guère les États-Unis à des concessions.

Zoellick n'avait pourtant pas caché à Cancún son intention de privilégier les traités bilatéraux, puisque les membres de l'OMC n'étaient pas prêts à se mettre d'accord au niveau mondial. Sous son mandat, l'Amérique a conclu une dizaine d'accords de ce type et une dizaine d'autres sont en négociation, ainsi que la création d'une vaste zone de libre-échange des Amériques.

Bob Zoellick, 51 ans, perdrait son poste en cas de victoire des démocrates à l'élection présidentielle du 2 novembre.

Supachai Panitchpakdi

Le directeur général de l'OMC «aime mieux ne pas penser» à ce que seraient pour son organisation les conséquences d'un nouvel échec à Genève, après ceux de Cancún et de Seattle (1999).

M. Supachai, 57 ans, a multiplié les voyages ces derniers mois dans le monde entier pour tenter de convaincre les pays membres d'accepter un compromis, avertissant qu'un échec saperait le multilatéralisme, au profit d'accords bilatéraux ou régionaux aux termes desquels les pays pauvres seraient perdants.

Ancien ministre thaïlandais du Commerce, il a présenté le 16 juillet un projet de compromis qui donne selon lui aux pays pauvres une avancée historique: la fin des subventions aux exportations agricoles.

M. Supachai arrivera fin 2005 au terme de son mandat. Premier directeur général venant d'un pays en développement, il avait remplacé le Néo-Zélandais Mike Moore à l'issue d'une bataille épique. Elle s'était soldée en 1999 par un arrangement inédit: l'octroi à chacun d'un mandat de trois ans.