Le Canada suit les traces de l’Europe en intelligence artificielle

Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission européenne, a présenté le projet de régulation de l’usage de l’intelligence artificielle à Bruxelles mercredi.
Photo: Olivier Hoslet Pool via Agence France-Presse Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission européenne, a présenté le projet de régulation de l’usage de l’intelligence artificielle à Bruxelles mercredi.

Comme l’Europe, le Canada souhaite mettre en place très bientôt un cadre définissant une utilisation acceptable de l’intelligence artificielle (IA). Le gouvernement recueille jusqu’à la fin du mois l’avis du public sur les questions éthiques liées à la technologie et compte s’inspirer, pour réaliser son enquête, de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’IA. La même déclaration qui a inspiré un projet de réglementation controversé que la Commission européenne vient tout juste de présenter.

L’Europe veut encadrer l’IA pour l’empêcher de piétiner le droit du public à la vie privée. Elle compte interdire des utilisations inappropriées de l’IA sans décourager l’investissement dans le secteur technologique européen. Elle veut surtout éviter l’utilisation abusive de systèmes comme la reconnaissance faciale, la conduite autonome, et certains outils d’affaires numériques, comme l’aide à l’embauche et les systèmes de « score social », qui attribuent une cote de réputation aux gens selon leur comportement en société et en ligne.

Un pas en avant, mais…

« Ce n’est pas parfait, mais c’est un pas en avant. L’Europe force les autres pays — dont le Canada et les États-Unis — à se positionner à leur tour quant aux enjeux éthiques en intelligence artificielle », observe Marc-Antoine Dilhac, professeur d’éthique et de philosophie politique à l’Université de Montréal et membre du Conseil consultatif en matière d’intelligence artificielle du gouvernement fédéral.

L’Europe divise les applications d’IA en quatre niveaux de risque : minime, limité, élevé et inacceptable. Dans les trois premiers niveaux, les applications devront se conformer à un taux croissant de transparence et d’obligations. Les deux éléments au cœur de la réglementation consistent à indiquer clairement aux utilisateurs lorsqu’ils interagissent avec un système automatisé, et de garantir que ces systèmes ont les données nécessaires pour éviter toute forme de discrimination.

L’Europe force les autres pays à se positionner à leur tour quant aux enjeux éthiques en intelligence artificielle 

L’IA est jugée inacceptable si elle tente de manipuler ou de leurrer ses utilisateurs, ou de les priver de leur libre arbitre. Dans ce cas, elle sera interdite. Les entreprises responsables de ces systèmes seront mises à l’amende, à hauteur de 4 % de leur chiffre d’affaires, pour une somme maximale de 20 millions d’euros (30 millions de dollars canadiens).

Marc-Antoine Dilhac a participé à la rédaction de la Déclaration de Montréal, texte qui a inspiré la réglementation proposée par la Commission européenne. Le professeur déplore toutefois l’inclusion, dans le document final, « de nombreuses exceptions » qui laissent la porte ouverte à une utilisation abusive de la technologie par des sociétés privées ou publiques « dans certains cas ».

Aux citoyens canadiens de jouer

Au Canada, le Conseil consultatif en matière d’intelligence artificielle tient jusqu’à la fin avril des ateliers virtuels où les citoyens sont invités à s’exprimer sur les défis éthiques liés à la technologie. Le Conseil remettra ensuite des recommandations au gouvernement fédéral en vue d’encadrer l’IA utilisée en sol canadien.

Il y a une importante différence entre le Canada et l’Europe, constate Marc-Antoine Dilhac : « Notre politique se basera sur l’avis du public. » Le Canada peut se le permettre : leader en recherche fondamentale, il peine à commercialiser ses innovations. Il court un moins grand risque économique à être plus sévère que l’Europe, qui craint de perdre au profit des États-Unis ou de la Chine des investissements en IA se chiffrant en milliards de dollars.

Le Canada a donc une occasion unique de s’imposer comme chef de file en éthique des technologies. Un positionnement qui pourrait aider ses entreprises spécialisées en IA à se distinguer de leurs rivales chinoises ou américaines.

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