Google prépare une entrée en Bourse ambitieuse

New York — Google peaufine une prochaine introduction en Bourse encore plus ambitieuse que prévu: avec une action bien au-delà de 100 $US à l'émission, le plus célèbre moteur de recherche sur Internet pourrait récolter jusqu'à 3,3 milliards.

La société californienne, maison mère du moteur de recherche, a annoncé hier son intention d'émettre quelque 24,64 millions de titres de classe A, ceux qu'elle destine au public. «Nous anticipons que le prix à l'introduction en Bourse sera fixé entre 108 et 135 $US», a ajouté Google dans un document déposé à la commission des opérations de Bourse (SEC), soulignant que «les actions seront livrées aux acheteurs en août ou autour de ce mois».

Google compte ainsi lever entre 2,66 et 3,32 milliards $US, alors que jusqu'à présent la barre avait été placée à un maximum de 2,7 milliards.

La société, fondée en 1998 par Larry Page et Sergey Brin, a souligné qu'en comptant les actions non offertes au public, elle en aura un total de 268,5 millions en circulation. Cela laisse envisager une capitalisation boursière de 36,2 milliards, presque au niveau de celle de Yahoo! (37,98 milliards).

Cette entrée en Bourse, officialisée fin avril, est la plus attendue dans la high tech depuis la bulle technologique de la fin des années 1990. Elle s'annonce non seulement comme la première du secteur d'Internet en dollars générés, mais pourrait aussi nettement dépasser les 2,83 milliards levés lors de l'introduction de Genworth Financial (assurance-vie, prêts hypothécaires), jusqu'alors la plus importante en 2004.

Selon David Menlow, analyste du site spécialisé IPOfinancial.com, la fourchette de prix proposée par Google pour son action n'est pas vraiment une surprise. «Nous avions anticipé depuis un moment déjà que le prix minimum allait être 100 $US. En mettant la barre haut, l'entreprise estime qu'elle va davantage contrôler la marge d'évolution à la hausse lors de la première cotation», a-t-il indiqué.

Le prix effectif d'introduction dépendra du nombre de demandeurs lors de l'allocation, prévue selon un système d'enchères. Si la fourchette offerte est déjà élevée, c'est que «l'entreprise cherche au maximum à éviter la volatilité», a ajouté M. Menlow.

En avril, Google avait déjà expliqué que sa méthode visait à échapper aux spéculateurs uniquement intéressés par une rapide plus-value. Mais pour certains esprits critiques, il s'agit de permettre aux fondateurs, qui garderont le contrôle majoritaire, de valoriser au maximum leur investissement de départ en fixant un prix élevé pour l'action.

L'action Google sera cotée sur le marché boursier électronique du Nasdaq sous le symbole «GOOG». Il y a deux semaines, elle avait fait acte de candidature sur ce marché rival du New York Stock Exchange.

Hier, en détaillant son projet d'introduction, Google a aussi levé le voile sur des résultats flatteurs. Au premier semestre 2004, la société de la Silicon Valley a dégagé un chiffre d'affaire de 1,35 milliard, quasiment le niveau de ventes atteint sur l'ensemble de 2003. L'entreprise, rentable depuis 2001, a dégagé sur les six premiers mois de l'année un bénéfice net de 143 millions, contre 58 millions au premier semestre 2003.

«Si Microsoft et Yahoo! réussissent à fournir des résultats de recherche sur le Web équivalents ou meilleurs que les nôtres, ou s'ils améliorent leurs plate-formes pour rendre leurs services de recherche plus faciles d'accès, nous pourrions subir un déclin significatif du trafic qui affecterait nos ventes», a toutefois prévenu Google.

Un virus

La firme américaine a par ailleurs indiqué avoir été victime hier, avec d'autres moteurs de recherche sur Internet, d'une attaque d'une nouvelle variante du virus informatique MyDoom, repérée notamment au Royaume-Uni par des experts en sécurité.

«Le moteur de recherche Google a subi des retards d'exécution pendant une courte période tôt dans la journée à cause du virus MyDoom qui a inondé les grands moteurs proposant des recherches automatiques», a écrit Google dans un communiqué.

Selon la firme, les dommages ne sont pas significatifs et le service normal «devrait être rétabli sous peu».

«Un petit pourcentage de nos usagers et réseaux qui ont le virus MyDoom ont été affectés pendant une plus longue période», a ajouté Google, sans donner de précisions sur les zones géographiques où les recherches sur son site ont été interrompues.

Selon des sources concordantes, en France notamment, certaines recherches lancées sur Google débouchaient sur un écran affichant un message d'erreur.

Dans un communiqué distinct, la société de sécurité informatique MessageLabs a indiqué hier avoir intercepté 23 000 exemplaires de W32.MyDoom, qui est «la 15e variante» du virus de type ver MyDoom, se répandant par les messageries électroniques. Le premier exemplaire de cette nouvelle variante a été intercepté hier matin au Royaume-Uni, a précisé MessageLabs.

Aucun élément ne permettait toutefois de relier cette attaque au projet d'introduction en Bourse de Google.