Vers une remontée des taux d’intérêt devancée

La Banque se retrouve ainsi plus optimiste
que la plupart des prévisionnistes
du secteur privé.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La Banque se retrouve ainsi plus optimiste que la plupart des prévisionnistes du secteur privé.

Agréablement surprise par la vigueur de la reprise économique, la Banque du Canada ouvre la porte à une remontée de ses taux d’intérêt plus tôt que prévu. Pour le moment, la banque centrale canadienne maintient son taux directeur là où elle l’a abaissé au début de la crise de la pandémie en mars, c’est-à-dire ce qu’elle considère être son niveau plancher de 0,25 %, a-t-elle indiqué mercredi. Mais, si elle indiquait, jusqu’à présent, que le début d’une hausse était peu probable avant quelque part en 2023, elle estime désormais que ce moment pourrait venir au cours de la seconde moitié de 2022. En attendant, la Banque réduira le rythme de ses injections de liquidités dans le marché financier dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif, de 4 à 3 milliards par semaine.

« Les perspectives économiques se sont améliorées tant à l’échelle mondiale qu’au Canada. L’activité a mieux résisté que prévu à la pandémie de COVID-19 et la vaccination avance », a expliqué dans un communiqué la Banque du Canada en même temps qu’elle procédait à la mise à jour de son portrait d’ensemble de la situation dans une nouvelle édition de son Rapport sur la politique monétaire.

Impressionnée par le dynamisme que l’économie canadienne a su conserver en dépit de la 2e vague de COVID-19, elle a notamment fortement révisé à la hausse les prévisions de croissance qu’elle faisait au mois de janvier pour cette année, de 4 % à 6,5 %. Ce redécollage plus énergique qu’attendu en 2021 laissera moins de marge d’amélioration possible l’an prochain, avec une croissance prévue de 3,7 % au lieu de 4,8 %, mais devrait aussi conserver son élan plus longtemps, avec une expansion de 3,2 % en 2023, plutôt que les 2,5 % projetés.

La Banque se retrouve ainsi plus optimiste que la plupart des prévisionnistes du secteur privé sur lesquels le gouvernement fédéral s’est basé dans son budget dévoilé cette semaine et où l’on tablait sur une croissance nette de 5,8 % cette année, de 4 % l’an prochain et de 2,1 % en 2023.

 

Moins de séquelles de la COVID-19

Cette meilleure performance que prévu, particulièrement en ce début d’année, tient entre autres aux milliers de milliards des plans de relance budgétaires et des progrès rapides de la vaccination aux États-Unis, a noté le gouverneur de la Banque, Tiff Macklem, en conférence de presse. « Cependant, le facteur le plus important qui explique la vigueur économique inattendue a été la résilience et la capacité d’adaptation des entreprises et des ménages canadiens. »

Il est permis maintenant d’espérer que la crise laissera des séquelles permanentes moins importantes qu’on ne le craignait et qu’elle aura accéléré l’adoption de nouvelles technologies susceptibles d’augmenter le potentiel de croissance futur de l’économie canadienne.

Cette reprise économique continue toutefois d’être bien inégale, la crise étant encore loin d’être terminée pour les travailleurs faiblement rémunérés, les femmes et les jeunes, plus durement touchés par la crise, à l’instar des secteurs de l’hébergement, de la restauration ou du commerce de détail. Le déferlement d’une 3e vague de la pandémie et son cortège de resserrements des règles sanitaires contribuent à entretenir « l’incertitude considérable » ambiante.

Les mesures de confinement et l’explosion du télétravail ont gonflé la demande pour des résidences plus grandes, à l’écart des centres urbains, auquel le marché a, pour le moment, du mal à répondre. La flambée temporaire des prix des logements que cela provoque semble maintenant encourager des acheteurs à débourser plus qu’ils ne le devraient, et d’autres à verser dans la spéculation. Cela n’est pas sans risque, a prévenu Tiff Macklem qui a salué au passage le nouveau resserrement, il y a deux semaines, des règles hypothécaires au pays ainsi que l’annonce, dans le budget fédéral lundi, d’une nouvelle taxe sur les logements vacants ou sous-utilisés appartenant à des propriétaires étrangers non résidents.



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