Le transport québécois veut être excepté du Buy American Act

L’objectif d’Ottawa est de séduire avant tout les constructeurs américains comme Ford et General Motors, qui ont promis d’assembler des véhicules électriques au Canada.
Marie-France Coallier Le Devoir L’objectif d’Ottawa est de séduire avant tout les constructeurs américains comme Ford et General Motors, qui ont promis d’assembler des véhicules électriques au Canada.

Les astres ne seront jamais aussi bien alignés qu’au cours des dix prochaines années pour l’industrie québécoise du transport. Les gouvernements nord-américains investissent comme jamais dans la transition énergétique du secteur du transport. Craignant que les mesures protectionnistes du plan de relance américain ne les empêchent de profiter de l’énorme manne générée aux États-Unis par cet investissement, les entreprises québécoises spécialisées dans l’infrastructure et les véhicules électriques ont demandé au gouvernement américain d’être exceptées de ces mesures.

« Nous avons fait la demande à des représentants du gouvernement américain pour que les entreprises qui produisent des composants associés aux véhicules zéro émission soient exceptées des quotas de contenu local imposés par le plan de relance » de Joe Biden, confirme Sarah Houde, p.-d.g. de l’organisme sectoriel Propulsion Québec. La façon dont le gouvernement américain répondra à la demande de l’industrie québécoise de lui épargner les quotas de production locale sera cruciale pour déterminer à quel point elle en profitera.

Des quotas casse-tête

Ces quotas obligent les sociétés qui font affaire avec les agences du gouvernement américain à ne leur vendre que des produits fabriqués aux États-Unis. Cette directive comporte une zone grise permettant que ces produits soient en partie composés de pièces provenant de l’extérieur du pays, mais elle force tout de même les fournisseurs du gouvernement à avoir des installations et des partenaires établis en territoire américain.

Les entreprises québécoises émergentes n’ont pas toutes les ressources voulues pour se conformer à cette obligation. Et même celles qui ont déjà une présence aux États-Unis et qui souhaitent le faire devront y consacrer un niveau d’énergie qui risque fort de les pénaliser face à des sociétés rivales américaines ou de plus grande taille.

Pour des entreprises manufacturières comme AddÉnergie, de Québec, qui est le deuxième fabricant en importance en Amérique du Nord de bornes de recharge pour véhicules électriques, ces mesures représentent « un gros frein » pour leur croissance future, affirme Sarah Houde. Les États-Unis sont le marché à conquérir, dit-elle.

L’enjeu est pressant : le plan de relance du président Biden comprend pour plus de 620 milliards $US en investissements dans le transport, qui seront faits d’ici la fin de la décennie.

Ottawa stimule l’investissement

Le gouvernement fédéral espère lui aussi que le secteur canadien du transport électrique profitera du virage qui s’amorce pour s’imposer à l’échelle nord-américaine. Le budget présenté lundi par la ministre des Finances, Chrystia Freeland, comprend des mesures pour stimuler l’investissement par les entreprises de ce secteur, principalement concentré au Québec et en Ontario. Ces mesures s’ajoutent aux 15 milliards destinés à l’électrification du transport en commun qui ont été annoncés en février.

La plus importante nouvelle mesure est une réduction de 50 % du taux d’imposition au fédéral des entreprises canadiennes qui sont associées aux technologies de transport zéro émission. Cette réduction débute en 2022 et s’étirera jusqu’en 2032.

Ottawa s’engage également à faciliter la création d’une filière interprovinciale de production de batteries destinées à tous les types de véhicules, de la motomarine au tramway. Mais son objectif est de séduire avant tout les constructeurs américains comme Ford et General Motors, qui ont promis d’assembler des véhicules électriques au Canada.

En outre, Ressources naturelles Canada créera un centre d’expertise en matériaux de batteries qui facilitera l’établissement d’une chaîne d’approvisionnement allant des sociétés minières qui récoltent du nickel, du graphite et du lithium aux équipementiers qui vendent des batteries aux fabricants de véhicules.

Enfin, le fédéral a réservé 56 millions pour créer, conjointement avec les États-Unis et d’autres pays, un ensemble de normes pour les bornes de recharge et les stations de ravitaillement des véhicules zéro émission. Si elle se produit, cette normalisation harmonisera le marché international des bornes pour véhicules électriques, un créneau dans lequel le Québec possède déjà une certaine expertise. AddÉnergie et Elmec, de Grand-Mère, en fabriquent déjà. Les employés montréalais du géant suisse ABB sont aussi activement impliqués dans l’infrastructure de recharge.

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