Le CN présente une offre rivale pour KCS

Le Canadien National dévoilé mardi une offre en espèces et en actions évaluée à 33,7 milliards de dollars US pour acquérir le transporteur ferroviaire américain Kansas City Southern.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Le Canadien National dévoilé mardi une offre en espèces et en actions évaluée à 33,7 milliards de dollars US pour acquérir le transporteur ferroviaire américain Kansas City Southern.

Le grand patron de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) a affirmé que la proposition de sa société pour acquérir Kansas City Southern (KCS) se traduirait par un chemin de fer «plus sûr, plus rapide, plus propre et plus fort» que celui offert par son rival, le Chemin de fer Canadien Pacifique.

Le Canadien National dévoilé mardi une offre en espèces et en actions évaluée à 33,7 milliards de dollars US pour acquérir le transporteur ferroviaire américain, surpassant une proposition amicale faite le mois dernier par le CP, évaluée à 25 milliards $ US.

«La proposition du CN représente une prime de 21 % par rapport à l’offre du CP et une contrepartie en espèces plus de deux fois plus élevée, ce qui se traduit non seulement par une plus grande valeur, mais aussi par une plus grande certitude pour les actionnaires de KCS», a souligné le chef de la direction du CN, Jean-Jacques Ruest, lors d’une conférence téléphonique pour discuter de la proposition.

«Notre accès supérieur au marché des capitaux, notre bilan plus solide, nos coûts de financement plus faibles et notre capacité à réaliser des synergies supérieures, de meilleure qualité, nous permettent de proposer une offre plus attrayante aux actionnaires de KCS.»

Dans un bref communiqué de presse, Kansas City Southern a confirmé avoir reçu la «proposition non sollicitée» du CN et a ajouté qu’il l’évaluerait et y répondrait «en temps voulu».

Le Canadien Pacifique a pour sa part commenté l’offre du CN dans un communiqué publié en fin d’après-midi. Il a estimé que la nouvelle proposition était «massivement complexe et destinée à échouer» parce qu’elle créerait le troisième plus grand chemin de fer de catégorie 1 en Amérique du Nord, ce qui nuirait à l’équilibre concurrentiel de l’industrie ferroviaire, et ne serait pas acceptée par les autorités réglementaires.

«La seule combinaison impliquant KCS qui serait manifestement dans l’intérêt public est celle qu’a proposée le Canadien Pacifique, qui a déjà obtenu l’appui de plus de 400 expéditeurs et parties prenantes», a affirmé le CP.

«Le regroupement entre le CP et KCS formerait toujours le plus petit des six chemins de fer américains de catégorie 1 au chapitre des revenus, mais il accentuerait la concurrence du service monoligne sur les réseaux de catégorie 1 existants.»

Le CN offre 200 $ US en espèces et 1,059 actions ordinaires du CN pour chaque action ordinaire de KCS. La proposition valait environ 310 $ par action sur la base du cours de clôture de l’action du CN mardi. Le titre a perdu 9,31 $, soit 6,3 %, à 138,85 $ à la Bourse de Toronto.

De son côté, l’accord amical conclu entre le CP et KCS offre 0,489 d’une action du CP et 90 $ US en espèces pour chaque action ordinaire de KCS, pour une valeur de près de 264 $ US par action, sur la base du cours de clôture de 447,71 $ de l’action du CP, qui a perdu mardi 10,19 $, ou 2,2 %.

L’action de Kansas City Southern a quant à elle bondi de plus de 15 % mardi, s’emparant de 39,10 $ US pour clôturer à 295,50 $ US à la Bourse de New York.

Guerre d’enchères à prévoir

L’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, croit qu’une guerre d’enchères est à prévoir.

«Nous nous attendons actuellement à ce que le CP égale l’offre du CN, après quoi nous nous attendrons à ce que le CN revienne avec une offre encore plus élevée», a-t-il écrit dans une note pour les investisseurs.

Lors de la conférence téléphonique, M. Ruest a estimé que le regroupement CN-KCS entraînerait une augmentation de 1 milliard $ US du bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement d’ici trois ans, dont environ 80 % provenant de nouvelles affaires, en convainquant les clients qui utilisent des camions d’utiliser le rail à la place.

Les 20 % restants proviendraient d’économies de coûts, même si le CN affirme que son réseau a très peu de chevauchements directs avec celui de KCS.

«À première vue, bien que l’offre du CN soit supérieure d’un point de vue financier, nous croyons que le risque réglementaire de son offre est plus élevé que celui du CP, qui n’a pas de chevauchement de réseau avec KCS — un élément dont le conseil d’administration de KCS devra tenir compte lors de l’évaluation de la proposition», a noté l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins, dans un rapport.

M. Poirier a observé que l’estimation des synergies était supérieure à celles de 780 millions $ US évoqués dans l’offre du CP, ce qui pourrait s’expliquer en partie par un chevauchement plus important des réseaux ferroviaires de KCS et du CN, comparativement à l’absence de chevauchement entre les réseaux de KCS et du CP.

M. Ruest a précisé que l’offre du CN ne nécessiterait pas l’approbation de ses actionnaires, contrairement à l’offre du CP.

«En livrant une concurrence directe à moindre coût, avec un service plus sûr et une meilleure efficacité énergétique, du Mexique au cœur de l’Amérique, le résultat sera un chemin de fer plus sûr, plus rapide, plus propre et plus solide que toute autre combinaison proposée pour KCS», a-t-il fait valoir.

Lors de la conférence, M. Ruest a ajouté que le moment choisi pour la soumission du CN était opportuniste.

«Pourquoi maintenant? Le conseil d’administration de KCS a décidé qu’il voulait cristalliser la valeur pour ses actionnaires, donc c’est maintenant le bon moment», a-t-il affirmé.

Dans une lettre adressée au conseil d’administration de KCS, M. Ruest a déclaré que l’offre du CN offrait une plus grande certitude de valeur en raison de sa plus importante composante en espèces.

Le CN prévoit d’assumer la dette de 3,8 milliards $ US de KCS dans le cadre de son plan.

«Le CN et KCS disposeront d’un solide réseau de services monolignes de bout en bout entre le Mexique et le Canada, avec une capacité améliorée de relier les ports de l’Atlantique, du Pacifique et du golfe du Mexique», a écrit M. Ruest dans la lettre.

«L’entreprise fusionnée sera le principal chemin de fer du Michigan et de l’est du Canada concurrentiel en matière de service, ce qui se traduira par une consommation de carburant et des services à la clientèle plus efficaces.»

Lorsque le Canadien Pacifique et KCS ont annoncé leur accord le mois dernier, ils ont souligné qu’il créerait le premier réseau ferroviaire reliant le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Le chef de la direction du CP, Keith Creel, a indiqué à ce moment que la transaction serait transformatrice pour l’Amérique du Nord, procurant des impacts positifs importants pour les employés, les clients, les communautés et les actionnaires.

Le regroupement du CP et de KCS créerait une société qui exploiterait plus de 32 100 kilomètres de voies ferrées et générerait des revenus totaux d’environ 8,7 milliards $ US sur la base des données de 2020.

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