Google et Oracle intéressés par la transformation numérique du Québec

Le 25 janvier dernier, le gouvernement du Québec a diffusé un avis d’appel d’intérêt pour le projet «Identité numérique citoyenne». Le but de ce dernier est de procurer une identité numérique sécuritaire aux citoyens sans recourir à des documents physiques.
Photo: Andrew Cribb Getty Images Le 25 janvier dernier, le gouvernement du Québec a diffusé un avis d’appel d’intérêt pour le projet «Identité numérique citoyenne». Le but de ce dernier est de procurer une identité numérique sécuritaire aux citoyens sans recourir à des documents physiques.

Les géants américains de l’infonuagique Google et Oracle s’intéressent au projet de transformation numérique du gouvernement du Québec, dont potentiellement au chantier d’identité numérique, ce « portefeuille numérique » qui permettrait d’identifier les citoyens sans recourir à des documents physiques, a constaté Le Devoir.

Google a mandaté en février un représentant dont le mandat est de présenter les solutions de Google Cloud auprès de ministères québécois, selon une inscription dans le registre des lobbyistes du Québec. Cette division du géant californien, qui chapeaute des services infonuagiques, est installée au Québec depuis 2017.

« L’objectif final est que l’entreprise puisse se démarquer et obtenir des contrats lors des appels d’offres subséquents », peut-on lire dans la première description du mandat. L’entreprise précisait vouloir offrir des services-conseils au gouvernement « dans le cadre de sa volonté de créer une identité numérique ».

Google Cloud avançait pouvoir aider le gouvernement à « se doter d’outils informatiques d’aide à la prise de décision performants en matière de politiques publiques ». Les institutions ciblées : Revenu Québec, le ministère de l’Économie et de l’Innovation et le ministère de la Justice.

Contacté à ce sujet, Google Canada a répondu par courriel avoir été ouvert à collaborer pour « conseiller le gouvernement dans le dossier de l’identité numérique ». Par ailleurs, note l’organisation, l’occasion « ne nous a jamais été présentée ». L’entreprise n’aurait pas fait de démarches en ce sens jusqu’à présent, écrit sa porte-parole.

Google Canada a changé l’énoncé du registre dans les heures suivant sa communication avec Le Devoir. Dans une nouvelle description plus générique, l’entreprise soutient vouloir présenter et faire connaître ses produits et services en infonuagique, en gestion des données, en intelligence artificielle ainsi qu’en apprentissage machine « en vue de l’attribution de contrats ». Exit la référence à l’identité numérique.

L’américaine Oracle a également mandaté en février un représentant, tel qu’il est inscrit au registre des lobbyistes. Son mandat : présenter ses produits « aux titulaires de charge publique dans le cadre de la transformation numérique de l’État pour des services de stockage de données, notamment en infonuagique ».

Oracle souhaite que « ses solutions technologiques soient envisagées par le gouvernement dans les futurs appels d’offres du gouvernement afin d’appuyer le déploiement des infrastructures TI ». À noter : Amazon Canada est également inscrit au registre depuis 2018 pour des raisons similaires.

L’État très courtisé

L’intérêt pour le projet de transformation numérique est patent. Outre les géants de l’infonuagique, une vingtaine d’entreprises technologiques ont entamé dans les derniers mois des démarches auprès du gouvernement pour se positionner. Près d’une dizaine s’intéressent spécifiquement au chantier de l’identité numérique : Accenture, Hypertec, Interac, Kelvin Zéro, Mouvement Desjardins, Mantle Technology, Notarius et Thales.

Le 25 janvier dernier, le gouvernement du Québec a d’ailleurs diffusé un avis d’appel d’intérêt pour le projet « Identité numérique citoyenne » dans lequel il a investi des dizaines de millions de dollars. Le but de ce dernier est de procurer une identité numérique sécuritaire aux citoyens grâce à un « portefeuille numérique » permettant d’identifier les citoyens sans recourir à des documents physiques.

L’intérêt des grands acteurs ne surprend pas Jean-François De Rico, avocat et associé chez KPMG. Le cabinet de conseil s’intéresse lui aussi à ce marché en devenir. « Disons tout d’abord que ça tombe sous le sens que ces grandes entreprises auront un rôle à jouer », dit-il, ajoutant que leur présence ne devrait pas freiner celle de plus petites entreprises.

La transformation numérique du gouvernement du Québec — et le développement d’une identité numérique — mènera nécessairement à la création d’un écosystème d’entreprises où se côtoieront multinationales et start-up innovantes, selon lui.

Le marché en devenir est considérable, concède-t-il. Peu d’études ont tenté d’en évaluer le potentiel. La firme de consultants McKinsey s’y est risquée à l’été 2019. S’appuyant sur l’analyse de sept pays intéressés par l’identité numérique, elle estimait qu’un déploiement à grande échelle d’une telle identité permettrait à ces économies en 2030 de libérer une valeur équivalente entre 3 % et 13 % de leur PIB.

La « clé du développement » de ce marché, selon M. de Rico, s’articule autour du respect de normes communes. « Il faut que tous les acteurs du secteur aient un cadre de référence commun ». Au Canada, le Conseil canadien de l’identification et de l’authentification numériques (CCIAN) chapeaute un comité d’experts qui travaille à développer le Cadre de confiance pancanadien. L’objectif est justement d’établir des normes communes, similaires pour les autorités canadiennes qui veulent développer une identité numérique.

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