Analyse: les garderies à la rescousse de l’économie canadienne

Tout porte à croire que l’un des gros morceaux du premier budget de Chrystia Freeland, lundi, sera la mise sur pied d’une forme ou l’autre du programme pancanadien de service de garde d’enfants. «Le Québec peut nous montrer la voie à suivre en [la] matière», avait-elle déclaré lors de sa mise à jour économique à la fin de l’automne.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Tout porte à croire que l’un des gros morceaux du premier budget de Chrystia Freeland, lundi, sera la mise sur pied d’une forme ou l’autre du programme pancanadien de service de garde d’enfants. «Le Québec peut nous montrer la voie à suivre en [la] matière», avait-elle déclaré lors de sa mise à jour économique à la fin de l’automne.

Longtemps perçu par le reste du Canada comme la fantaisie d’une province décidément bien à gauche et dépensière, le réseau public de service de garde québécois est devenu une référence pour ceux qui veulent aider au redécollage de l’économie canadienne.

Tout porte à croire que l’un des gros morceaux du premier budget de Chrystia Freeland, lundi, sera la mise sur pied d’une forme ou l’autre du programme pancanadien de service de garde d’enfants. « Je crois vraiment que la COVID a ouvert une fenêtre de possibilités et pourrait être une épiphanie », a déclaré la ministre canadienne des Finances lors du congrès virtuel de son parti la semaine dernière.

Elle ne fait pas de mystère non plus de sa source d’inspiration. « Tout comme la Saskatchewan a montré au Canada la voie à suivre en matière de soins de santé et la Colombie-Britannique, en matière de tarification de la pollution, le Québec peut nous montrer la voie à suivre en matière de garde d’enfants », avait-elle déclaré lors de sa mise à jour économique à la fin de l’automne. Il en va, bien sûr, de l’avancement de la cause sociale et économique des femmes, disait-elle, mais pas seulement. « C’est aussi un programme qui est logique sur le plan économique et qui est soutenu par de nombreux dirigeants d’entreprises canadiennes. »

Elle ne mentait pas. Principale association représentant les grandes entreprises canadiennes, le Conseil canadien des affaires pressait encore lundi, dans une lettre ouverte, le gouvernement Trudeau et les partis d’opposition de « reconnaître l’urgence que représente l’absence de services de garde et d’éducation de la petite enfance dans l’ensemble du Canada et [demandait] au gouvernement fédéral de régler le problème ».

Ces gens d’affaires ne sont pas les seuls. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en appelait, elle aussi, le mois dernier, le reste du Canada à prendre exemple sur le Québec en la matière.

Retour sur l’investissement

Tout ce monde rappelle notamment l’impact disproportionné qu’ont eu la pandémie et les mesures sanitaires sur les femmes, elles qui sont surreprésentées dans les secteurs économiques les plus touchés et qui restent les premières à devoir s’occuper des enfants confinés et des parents isolés. Qui plus est, les Canadiennes accusaient déjà un retard salarial sur les hommes et étaient déjà plus susceptibles de faire les frais des nouvelles technologies dont l’adoption risque de s’être accélérée avec la crise, observait le mois dernier une analyse de la Banque Royale.

Or, l’accès à des services de garde abordables se révèle l’un des meilleurs moyens d’aider les femmes à rejoindre le marché du travail et à réduire leur retard salarial. Au Québec, leur taux de participation au marché du travail est passé d’un retard de 2,7 points de pourcentage par rapport à la moyenne canadienne, avant la mise en place de son réseau de garderies, à une avance de 3,3 points en 2019, souligne l’OCDE.

Mais est-ce qu’un système pancanadien équivalent au régime québécois ne coûterait pas terriblement cher aussi ? Environ 400 $ par mois par enfant, pour un total de 12 milliards en dépenses supplémentaires pour couvrir les enfants jusqu’à 12 ans, a estimé en novembre une étude de la Banque Scotia. Mais cela rapporterait aussi beaucoup, à commencer par environ 250 000 parents (mères) de plus sur le marché du travail.

Des économistes québécois ont déjà calculé, il y a une dizaine d’années, que le gouvernement du Québec avait engrangé 104 $ de revenus fiscaux supplémentaires pour chaque tranche de 100 $ investis dans son programme de garderie, et que le gouvernement fédéral y avait aussi gagné au passage 43 $.

Il faut dire que, selon le grand expert américain et Prix Nobel d’économie James Heckman, il y a peu de politiques sociales qui offrent un meilleur retour sur l’investissement aux gouvernements, particulièrement lorsqu’il est question d’enfants issus de milieux socioéconomiques difficiles et que les services de garde en question s’appuient sur des programmes éducatifs rigoureux et des intervenants compétents.

Outre l’augmentation de la participation des femmes au marché du travail, on leur attribue aussi un effet positif en matière, entre autres, de bien-être des enfants, de leur capacité d’apprentissage tout au cours de leur vie, de réduction des inégalités et de la pauvreté, de mobilité socioéconomique intergénérationnelle, de taux de fertilité des femmes, et de développement économique et social.

 

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