Le Québec aurait les plus grands écarts de richesse du Canada

Comme ailleurs au pays et dans le monde, on y a assisté, après le tournant des années 80, à un creusement des écarts de revenus de marché dans la foulée des crises économiques, de la mondialisation, des changements technologiques et de l’éclatement des familles.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Comme ailleurs au pays et dans le monde, on y a assisté, après le tournant des années 80, à un creusement des écarts de revenus de marché dans la foulée des crises économiques, de la mondialisation, des changements technologiques et de l’éclatement des familles.

Si le Québec performe généralement mieux que le reste du Canada en matière de répartition des revenus, il présente néanmoins les écarts de richesse accumulée les plus élevés entre riches et pauvres, rapporte une étude.

« La différence avec les autres provinces n’est pas si grande et les données, à ce chapitre, sont loin d’être aussi solides qu’on voudrait », nuance tout de suite Sandy Torres, à qui l’Observatoire québécois des inégalités a confié la supervision du premier portrait général des inégalités économiques au Canada et au Québec couvrant les quatre dernières décennies dévoilé ce mercredi.

La valeur nette moyenne des 20 % des plus riches a plus que doublé au Québec en 20 ans, passant de 635 000 $ en 1999 à plus de 1,4 million en 2019, même en tenant compte de l’inflation, alors que pour le cinquième de la population la plus pauvre, ce patrimoine accumulé (immobilier, véhicules, placements, épargne… moins l’endettement) est passé d’un avoir net moyen de -1462 $ à -364 $.

Cet écart est nettement moindre que celui qui sépare la moyenne des plus riches (2,5 millions) de celle des plus pauvres (-500 $) au Canada, et montre que les plus riches le sont généralement moins au Québec qu’ailleurs au pays. Mais l’écart cache, malgré tout, presque chaque année, un partage de la richesse accumulée légèrement plus inégalitaire, avec un coefficient de Gini de 0,68 au Québec en 2016, contre 0,67 au Canada et 0,65 en Ontario sur une échelle où 0 signifierait une égalité parfaite et 1 serait le contraire.

Les statistiques officielles sur la fortune accumulée par les plus riches sont toutefois plus qu’imparfaites, souligne le rapport. Le directeur parlementaire du budget à Ottawa a récemment estimé que pour être plus proche de la réalité, il faudrait en doubler la valeur pour le 1 % des plus riches, la quadrupler pour le 0,1 % des plus fortunés et la multiplier par 14 pour ceux qui appartiennent au 0,001 %.

 

 

Le vieillissement ? L’immobilier ?

On peine, pour le moment, à expliquer pourquoi les écarts de richesse seraient plus élevés au Québec, admet Sandy Torres. Cela est peut-être attribuable au vieillissement plus rapide de sa population, puisque le patrimoine tend à s’accumuler plus on avance en âge. Cela est peut-être aussi dû à la forte proportion de locataires au Québec et à la flambée des prix de l’immobilier qui condamnent les ménages les plus modestes à payer des loyers de plus en plus élevés alors que les plus riches voient augmenter la valeur de leur maison.

Les deux phénomènes devraient normalement être étroitement liés, mais le Québec fait bien meilleure figure en matière de répartition des revenus que de celle de la richesse. Comme ailleurs au pays et dans le monde, on y a assisté, après le tournant des années 80, à un creusement des écarts de revenus de marché dans la foulée des crises économiques, de la mondialisation, des changements technologiques et de l’éclatement des familles.

Cette situation a généralement cessé de se dégrader à partir des années 2000 et s’est même légèrement améliorée, notamment au Québec, à la faveur d’une belle croissance économique, mais aussi d’une fiscalité et de politiques plus redistributives qu’ailleurs au Canada.

 

 

Plus qu’une question d’argent

Il n’y a pas qu’en matière de réduction des inégalités de revenus que le Québec a mieux fait que les autres au Canada, note-t-on. On y a également mieux su protéger la classe moyenne. Définie comme la population se situant entre 75 % et 150 % du revenu après impôt médian dans chaque province, cette classe moyenne comptait dans ses rangs plus de 52 % des Québécois en 2018, contre moins de 43 % des Ontariens.

La question des inégalités est bien plus large que les seules questions de revenus ou de richesse accumulée, rappelle l’Observatoire québécois des inégalités, au terme de son rapport d’une centaine de pages. Il se manifeste aussi « en éducation, en santé, en emploi, dans les conditions de travail, dans l’accès aux soins, dans les relations de pouvoirs, dans la mobilité sociale, etc. » La façon que la pandémie de COVID-19 a eue de frapper plus durement les femmes, les jeunes, les immigrants et les travailleurs plus vulnérables en est une bonne illustration, observe Sandy Torres, qui planche déjà sur un deuxième tome de son rapport.

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