La Chine veut garder les ponts économiques avec l’Occident

L’ambassadeur de Chine au Canada, Peiwu Cong, en 2019.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne L’ambassadeur de Chine au Canada, Peiwu Cong, en 2019.

Personne n’a intérêt à voir les économies de la Chine et des pays occidentaux rompre leurs liens et s’éloigner l’une de l’autre, plaide l’ambassadeur de la Chine au Canada. De toute façon, « l’économie mondiale est comme un océan et il serait impossible d’en faire remonter l’eau dans des lacs séparés », dit Peiwu Cong, citant le président de son pays, Xi Jinping.

Ceux, notamment au Canada et aux États-Unis, qui en appellent à un « découplage » des économies occidentales d’avec la Chine jouent à un jeu « dangereux » et sont « condamnés à échouer », a déclaré lors mardi l’ambassadeur chinois à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). « Ce ne serait pas une bonne idée. Ce serait se découpler de la chance de faire des affaires avec potentiellement la plus grande économie du monde et d’amener de gros problèmes dans les chaînes d’approvisionnement. […] Nous, nous pensons que nous sommes à l’ère de la mondialisation et nous entendons continuer de nous ouvrir au monde extérieur. »

Le diplomate a rejeté du revers de la main les reproches souvent faits à la Chine en matière notamment d’accès à son marché, d’interventionnisme de l’État ou de protection de la propriété intellectuelle. Le pays de 1,3 milliard d’habitants n’a aucune intention d’abandonner une approche d’« ouverture et de réformes » qui lui a permis, depuis un peu plus de 40 ans, d’accomplir les « deux miracles d’un développement économique rapide et d’une stabilité sociale durable », a déclaré le diplomate. Malgré son souhait d’atteindre une plus grande autosuffisance alimentaire et de s’imposer comme chef de file mondial dans plusieurs secteurs technologiques, la Chine entend fonctionner de plus en plus comme une économie de marché, vient de se doter d’une nouvelle loi renforçant la protection de la propriété intellectuelle et compte recevoir dans son marché non pas moins, mais plus de produits, de services et d’investissements étrangers, a-t-il assuré.

Relations tendues

L’événement au CORIM avait soulevé une certaine controverse ces dernières semaines. Des voix avaient dénoncé le fait qu’on offre une tribune au diplomate chinois alors que les relations entre le Canada et la Chine sont au plus mal dans la foulée de l’affaire Meng Wanzhou et des Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig, ainsi que de la dénonciation par des pays occidentaux de la violation de droits de la personne dans la province chinoise du Xinjiang et à Hong Kong.

Le CORIM s’était défendu en expliquant que, dans un souci de dialogue et de compréhension mutuelle, sa porte était toujours ouverte aux représentants des pays du G20 et que c’était à la demande de l’ambassade chinoise au Canada que l’événement de mardi avait été organisé. Prenant la forme d’un échange plutôt que d’un simple discours, la visioconférence était animée par le président de son conseil d’administration et ancien premier ministre du Québec, Pierre Marc Johnson, qui avait la responsabilité de poser les questions sur les sujets délicats.

L’ambassadeur Peiwu Cong n’a pas cédé un pouce aux détracteurs des politiques de son pays. À ceux qui qualifient le régime chinois d’autoritaire, il répond que la Chine est « un État de droit […] qui attache de l’importance à la démocratie, qui attache de l’importance aux droits humains aussi ». À preuve, les taux d’appui de 90 % à 95 % que récolte chaque fois le Parti communiste chinois dans l’opinion publique.

Et les règles qui ont été appliquées aux procès des deux Michael ? Elles ne sont pas tellement différentes de celles qui s’appliqueraient au Canada dans des affaires similaires, a estimé le diplomate. Les manifestations à Hong Kong ? Un chaos qui n’avait rien à voir avec la liberté d’expression et qui a heureusement été remplacé par un retour à la paix et l’ordre. Le sort des Ouïghours du Xinjiang ? Une affaire interne qui ne regarde que les Chinois et qui n’a rien à voir avec un génocide, pas même culturel. Les centres de détention où l’on dit que des milliers sont gardés prisonniers ? Des écoles où l’on apprend le mandarin et un métier.

« C’est seulement en ayant une compréhension juste l’un de l’autre que nos deux pays pourront développer des relations saines », a déclaré l’ambassadeur chinois.à

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