Le taux de chômage au plus bas depuis le début de la pandémie

Les gains d’emplois enregistrés le mois dernier ont été particulièrement marqués dans les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire, dont celui du commerce de détail.
Jacques Nadeau Le Devoir Les gains d’emplois enregistrés le mois dernier ont été particulièrement marqués dans les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire, dont celui du commerce de détail.

L’emploi a encore enregistré une belle croissance le mois dernier au Canada, évoluant au rythme des vagues de la pandémie et des mesures sanitaires pour la combattre.

L’assouplissement des mesures de santé publique a aidé l’économie canadienne à regagner plus de 300 000 emplois au mois de mars et à voir reculer son taux de chômage de 8,2 % à 7,5 % , son niveau le plus bas depuis le début de la pandémie de COVID-19 il y a un peu plus d’un an, a rapporté vendredi Statistique Canada. Ayant déjà profité d’un impressionnant rebond le mois d’avant (+113 000 emplois), le Québec a vu cette remontée se poursuivre de façon plus modeste (+26 000), ce qui lui a tout de même permis de maintenir son taux de chômage à 6,4 % et de conserver le premier rang au pays à ce chapitre.

Mesurés durant la semaine du 14 au 20 mars, les gains au Canada ont été particulièrement marqués dans les secteurs les plus touchés par la crise et les mesures de distanciation sociale. C’est le cas notamment du commerce de détail qui a presque regagné tout le terrain perdu durant la crise, à l’instar de l’ensemble de l’économie, dont le nombre total d’emplois est désormais seulement inférieur de 1,5 % à son niveau de février 2020.

C’est le cas aussi du secteur de l’information, de la culture et des loisirs, qui a progressé (+62 000) pour la première fois depuis septembre et qui est encore de 7 % en deçà de son niveau d’avant la COVID-19. C’est le cas également, dans une moindre mesure, des domaines de l’hébergement et de la restauration, où les gains en mars (+21 000) laissent toutefois encore loin du compte, avec plus de 24 % de retard, ou 298 000 emplois toujours manquants.

Recul du télétravail

Comme d’autres secteurs comptent aujourd’hui plus d’emplois qu’ils n’en avaient en février 2020, dont ceux de l’enseignement (+6 %) et des services professionnels, scientifiques et techniques (+6 %), le taux d’activité (proportion de la population en âge de travailler qui est en emploi ou au chômage) et le taux d’emploi (proportion de la population en âge de travailler qui est en emploi) sont globalement presque revenus désormais à leur niveau d’avant la pandémie.

Lorsqu’on ajoute aux chômeurs les personnes qui veulent un emploi, mais qui n’en ont pas cherché un ainsi que les gens qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles pour des raisons probablement liées à la COVID-19, on en arrivait à un « taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre » de 14,7 % au mois de mars, comparativement à 11,4 % juste avant la pandémie, et à 36,2 % en avril l’an dernier.

Autre effet de l’assouplissement des règles sanitaires, le nombre de Canadiens qui ont travaillé à partir de leur domicile a diminué de 200 000 en mars, ramenant leur nombre total à 5 millions, dont plus de la moitié (2,9 millions) « le faisait sur une base temporaire en réponse à la COVID-19 », a expliqué Statistique Canada.

La troisième vague

Si les inégalités face à la crise tendent à s’atténuer entre les différents types de travailleurs, certains accusent toujours un retard beaucoup plus prononcé que la moyenne. C’est le cas notamment des jeunes de 15 à 24 ans, dont le nombre d’emplois est toujours inférieur de 6,2 % à celui de février 2020. Ce manque à gagner est encore plus grand pour les jeunes femmes (9,5 %) en raison, entre autres, de leur forte représentation dans la main-d’œuvre des boutiques de vêtements et d’accessoires vestimentaires, durement touchées par la pandémie.

Au Québec, la quasi-totalité des gains enregistrés le mois dernier l’ont été à l’extérieur de la région de Montréal, « où des mesures de santé publique plus strictes sont demeurées en place », a observé vendredi l’Institut du Québec. À 6,4 %, le taux de chômage québécois est encore bien à court du 4,5 % qu’il affichait avant le début de la crise, mais a fait beaucoup de chemin depuis son 17,6 % d’avril 2020.

« Le resserrement des mesures de confinement imposé au cours des dernières semaines dans quelques régions du Québec pourrait ralentir le rattrapage de l’emploi et amener un recul temporaire », a prévenu l’économiste au Mouvement Desjardins Joëlle Noreau dans une brève analyse.

La forte performance du marché du travail le mois dernier au Canada est néanmoins porteuse d’une bonne nouvelle, ont fait valoir plusieurs de ses confrères, incluant l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter. « C’est la preuve que l’économie et l’emploi peuvent rebondir rapidement aussitôt qu’on nous permet de rouvrir plus complètement. »

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