Les entreprises québécoises boudent le virage vert

Les entreprises minières, pétrolières et gazières passent pour des premiers de classe, 23% d’entre elles comptant investir dans l’amélioration de leur bilan énergétique en 2021.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les entreprises minières, pétrolières et gazières passent pour des premiers de classe, 23% d’entre elles comptant investir dans l’amélioration de leur bilan énergétique en 2021.

Moins d’une entreprise québécoise sur vingt entend investir cette année dans l’amélioration de son bilan énergétique.

Curieuse de connaître leurs intentions en cette période de lutte contre les changements climatiques et de relance économique que l’on dit devoir impérativement être verte, Statistique Canada a demandé, au début de l’année, aux entreprises canadiennes si elles ont prévu investir dans les énergies renouvelables ou dans des mesures d’efficacité énergétique. Plus de 90 % des répondants canadiens et québécois ont simplement dit non, et parmi le petit nombre restant, plus de la moitié ont fait savoir que leurs projets d’investissement prévus allaient devoir attendre en raison de la pandémie.

Au Québec, les plus grandes entreprises (100 employés et plus) font un peu mieux à ce chapitre, 13 % d’entre elles disant avoir confiance de pouvoir aller de l’avant, peut-on voir dans les chiffres tirés de l’enquête de Statistique Canada par l’Institut de la statistique du Québec et publié la semaine dernière. Les entreprises minières, pétrolières et gazières passent pour des premiers de classe, 23 % d’entre elles comptant aller de l’avant cette année, suivies de celles du secteur de l’agriculture et des forêts, avec 14 %. Le secteur de la fabrication aurait affiché la même proportion, n’eût été la COVID-19, qui fait tomber ce nombre à seulement 2,3 %. Grande émettrice de gaz à effet de serre, l’industrie du transport fait à peine mieux avec seulement 3,5 %.

Ces chiffres font l’effet d’une douche froide alors que de nombreux gouvernements, de grands investisseurs et des experts en appellent depuis des mois à une accélération de la lutte contre les changements climatiques à la faveur de la sortie de crise et des efforts de relance économique. « Je ne suis pas vraiment surpris, a dit en entretien téléphonique au Devoir lundi le président et chef de la direction d’Écotech Québec, la grappe des technologies propres. Plus de 90 % des entreprises au Québec comptent moins de 50 employés et plusieurs sont encore loin de s’être remises de la crise. On peut comprendre, lorsqu’on est en mode survie ou reconstruction, que le premier réflexe est de prioriser des projets qui peuvent sembler, à court terme, offrir un meilleur retour sur investissement. »

La pandémie, les mesures de confinement et l’explosion du télétravail devaient aussi donner un formidable coup d’accélérateur à l’adoption de nouvelles technologies. Mais à en juger par les réponses données par les entreprises, il se peut que ce virage technologique se révèle plus lent qu’on le fait miroiter.

Si le tiers des entreprises québécoises sondées disent avoir adopté des outils de collaboration comme Zoom, Team ou Slack, le quart des logiciels de sécurité contre les virus informatiques et le piratage et un peu plus du cinquième des solutions infonuagiques (Outlook 365, Google Cloud…), à peine 10 % d’entre elles se sont dotées de logiciels ou de bases de données pour des fins autres que le télétravail et les ventes en ligne. Seulement 5 % ont recours à une forme ou l’autre d’automatisation de certaines tâches. Et l’on ne parle pas d’intelligence artificielle (2,7 %) ou de système d’apprentissage automatique.

En fait, plus de la moitié (55 %) des entreprises québécoises n’utilise pas même une seule de ces technologies numériques. Cette proportion est moins élevée dans les entreprises de 100 employés et plus (25 %). Les secteurs des services professionnels, scientifiques et techniques (20 %), de la finance (23 %), ou même de la fabrication (41 %) font meilleure figure aussi, à l’inverse des secteurs des transports (83 %), de l’hébergement et la restauration (82 %) et de la construction (74 %), où ces technologies sont essentiellement absentes.

Télétravail, vente en ligne…

Même le télétravail pourrait bien ne pas rester dans plusieurs entreprises après la pandémie. Seulement 16 % des entreprises québécoises estiment probable ou très probable l’idée d’offrir à plus d’employés de faire du télétravail ou de travailler à distance qu’elles ne le faisaient avant la COVID-19. Cette proportion est de plus du double pour les plus grosses compagnies et s’élève à une entreprise sur deux en finance ou dans les secteurs professionnels et techniques, mais ne dépasse pas la moyenne dans celui des services administratifs et de gestion.

Les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les promesses de plus grande autosuffisance nationale durant la pandémie ne semblent pas non plus avoir marqué durablement les entreprises du secteur de la fabrication, seulement 17 % d’entre elles estimant probable qu’elles diversifient leurs chaînes d’approvisionnement au Canada comme à l’étranger après la crise.

La vente en ligne semble, quant à elle, avoir fait plus de convertis auprès des commerçants durant la crise, sans toutefois remporter l’adhésion d’une majorité. En effet, 37 % des répondants dans le secteur du commerce de détail québécois estiment probable que l’accroissement de leur capacité en ce domaine, ces derniers mois, sera permanente.