Les entreprises québécoises inquiètes pour leur avenir

Dans le secteur de l’hébergement et de la restauration, 71% des entreprises ont atteint la limite de leur capacité d’endettement.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Dans le secteur de l’hébergement et de la restauration, 71% des entreprises ont atteint la limite de leur capacité d’endettement.

Les entreprises québécoises ont le moral dans les talons, plusieurs d’entre elles craignant de nouvelles baisses de leur rentabilité, rapportant ne plus pouvoir s’endetter davantage et ne sachant pas pendant encore combien de temps elles parviendront à poursuivre leurs activités.

Les attentes à court terme des chefs d’entreprises québécois étaient « peu optimistes » au début de l’année, a constaté jeudi l’Institut de la statistique du Québec en dévoilant son analyse pour la portion québécoise de l’Enquête canadienne sur la situation des entreprises menée du 11 janvier au 11 février par Statistique Canada. Pourtant déjà durement éprouvés par la pandémie de COVID-19 en 2020, ils n’entrevoyaient toujours pas d’embellie, tant en matière de reprise des affaires, de rentabilité, de prix, de capacité d’embauches que de survie, bien au contraire.

 
17,4%
C’est le pourcentage des entreprises qui comptaient augmenter leurs prix au cours des trois premiers mois de l’année pour se donner un peu de marge de manoeuvre financière.

Presque trois entreprises québécoises sur cinq (56,6 %) rapportent avoir vu leurs revenus diminuer en 2020 en même temps que 80 % essuyaient un recul ou une stagnation de leurs revenus, et le tiers d’entre elles (33,4 %) s’attendait encore, au début de l’année, à voir leur rentabilité continuer de se dégrader pendant au moins les trois mois à venir. Ce tableau est particulièrement sombre dans les secteurs les plus touchés par la pandémie et les mesures sanitaires. C’est le cas notamment du secteur des arts, des spectacles et des loisirs ou encore de celui de l’hébergement et de la restauration, où une bonne majorité d’entreprises ont essuyé des pertes de revenus égales ou supérieures à 30 % l’an dernier et où la proportion d’entreprises qui s’attendaient à ce que leur rentabilité continue de se dégrader encore était de près d’une entreprise sur deux.

Au total, trois entreprises sur cinq ont indiqué qu’elles avaient atteint la limite de leur capacité d’endettement (40 %) ou qu’elles ne savaient plus trop quelle était encore leur marge de manœuvre à ce chapitre (21 %). Cette proportion est plus élevée encore dans le secteur de l’hébergement et de la restauration (71 %), celui du transport (73 %) et de la construction (82 %).

Un peu plus d’une entreprise sur six comptait augmenter ses prix au cours des trois premiers mois de l’année pour se donner un peu de marge de manœuvre financière. Cette idée occupait même l’esprit du quart des entreprises dans les domaines de la construction, du commerce de détail ou encore de l’hébergement et de la restauration.

Il n’est pas étonnant, dans ce contexte, que seulement 10 % d’entreprises aient envisagé augmenter leurs effectifs au cours de la même période, voire moitié moins dans les secteurs les plus en difficulté. À l’inverse, c’était l’intention du cinquième et même du quart des entreprises des secteurs de la santé et de la finance.

De vieux problèmes

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant d’apprendre que, parmi les principaux obstacles auxquels les entreprises font face, à court terme on trouve la demande insuffisante (22 %), l’augmentation du coût des intrants (21 %) et les difficultés liées à la chaîne d’approvisionnement (19 %). D’autres facteurs sont de vieux habitués et étaient déjà présents avant que la pandémie ne survienne, comme la pénurie de main-d’œuvre (34 %), la difficulté de recruter et de garder des employés qualifiés (33 %) et les difficultés liées à la réglementation (19 %).

Devant toutes ces difficultés, 42 % des entreprises québécoises disaient, au début de l’année, ne pas savoir combien de temps elles pourraient encore tenir avant d’envisager le licenciement de personnel, alors que 14 % déclaraient que ce moment arriverait avant six mois et que cette dernière proportion était encore une fois du double dans les secteurs éprouvés des arts, spectacles et loisirs ainsi que de l’hébergement et de la restauration. La même histoire se répète lorsqu’il est question d’une éventuelle faillite ou fermeture, 4,6 % de l’ensemble des entreprises craignant que cela puisse se produire avant six mois (et 9 % avant 12 mois), contre le double, sinon le triple dans nos deux secteurs plus touchés.

Cette image de la réalité captée de janvier à février, tandis que les mesures sanitaires déployées par les gouvernements pour contrer la deuxième vague de la pandémie battaient leur plein, ne semble pas avoir beaucoup changé, s’il faut en croire ce qu’en disait, cette semaine, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Réagissant à la décision du gouvernement de resserrer les règles sanitaires à Québec, à Lévis et à Gatineau en réponse à la troisième vague de la COVID-19, la FCEI en avait profité pour presser Québec d’améliorer son aide aux entreprises, notamment en diminuant les démarches administratives pour accéder aux programmes de soutien, en privilégiant une aide directe et en offrant plus de flexibilité pour rembourser les prêts.

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