Air Canada n’achètera finalement pas Transat

La transaction entre Air Canada et Transat battait de l’aile depuis quelques semaines déjà.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne La transaction entre Air Canada et Transat battait de l’aile depuis quelques semaines déjà.

Air Canada n’achètera finalement pas Transat. Les deux compagnies aériennes ont annoncé vendredi, par voie de communiqué, qu’elles mettaient fin à l’accord prévoyant l’acquisition du transporteur québécois.

Air Canada devra ainsi verser à Transat « un paiement de résiliation de 12,5 millions de dollars et abandonner son droit à des frais de résiliation de 10 millions dans le cas d’une acquisition de Transat par un tiers dans les douze mois suivant la fin de la convention d’arrangement », peut-on lire dans le communiqué de Transat.

« Transat est libre de mener des discussions avec des acquéreurs stratégiques et financiers potentiels, dont M. Pierre Karl Péladeau », est-il également indiqué. Ce dernier a d’ailleurs de nouveau expliqué par écrit vendredi que son offre, déposée le 22 décembre dernier par l’entremise de sa société de gestion MTRHP inc., était toujours valable.

Enjeu de concurrence

Air Canada et Transat avaient déjà obtenu le feu vert des autorités canadiennes en vue de l’acquisition, mais celle-ci restait conditionnelle à l’approbation de la Commission européenne (CE).

Pour satisfaire aux préoccupations de la Commission en matière de droit de la concurrence, Air Canada indique avoir « offert et bonifié un ensemble d’importantes mesures correctives » allant notamment bien au-delà « de ce que la CE a traditionnellement accepté dans des affaires de fusion de sociétés aériennes précédentes ».

Toutefois, la compagnie juge qu’à la lumière de pourparlers récents, « il est devenu évident que la CE n’approuvera pas l’acquisition selon l’ensemble de mesures correctives actuellement offert », peut-on lire dans le communiqué d’Air Canada. « D’onéreuses mesures supplémentaires » n’auraient pas garanti une approbation de la Commission européenne, en plus de compromettre la compétitivité de l’entreprise, ajoute le transporteur.

Mehran Ebrahimi, professeur de management spécialisé en aéronautique à l’UQAM, n’est pas étonné de l’échec de la transaction. « C’était écrit dans le ciel », dit-il. Un avis que partage Pierre Larouche, professeur de droit à l’Université de Montréal. Pour cet expert en droit de la concurrence, la fusion entre les deux transporteurs aurait nui à l’intérêt des consommateurs canadiens et européens.

Et si Pierre Karl Péladeau met la main sur Transat ? « On aurait encore deux lignes aériennes continuant de se faire concurrence, donc les prix ne bougeraient pas beaucoup, et cela redonnerait de la vigueur à la compagnie, qui est en mauvaise posture financièrement », estime M. Larouche.

M. Ebrahimi est quant à lui plus partagé, dans la mesure où « M. Péladeau n’a pas d’expertise dans le secteur aérien », et que « ce plan B ne fait pas l’unanimité à l’interne chez Air Transat ». Une autre option, selon lui, serait que le gouvernement du Québec injecte des fonds pour sauver Transat. « La compagnie ne vaut plus très cher, on parle d’environ 190 millions de dollars. Ce n’est pas une somme faramineuse, et ce serait tout à fait faisable », croit-il.

Il y a déjà quelques semaines, la transaction entre Air Canada et Transat battant de l’aile, le premier ministre François Legault avait promis qu’il ne « laisserait pas tomber Air Transat », compagnie qu’il a cofondée.

Assurer la viabilité d’Air Transat

Dans une déclaration écrite, le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, a fait valoir que la priorité pour Ottawa « est de protéger les emplois au Québec et dans le reste du Canada, ainsi que de préserver la viabilité à long terme de Transat A.T. ».

« Nous discutons activement des options de soutien financier pour de nombreuses compagnies aériennes canadiennes, y compris Air Transat », a-t-il souligné, indiquant qu’il avait directement parlé avec les responsables de la compagnie pour examiner les prochaines étapes.

Le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval, porte-parole en matière de Transports, a pour sa part jugé que le ministre avait manqué à son devoir en approuvant une « transaction qui était vouée à l’échec dès le début », négligeant ainsi « les autres avenues possibles » et « les avis des experts de la concurrence ».

Air Canada et Transat avaient conclu un accord d’acquisition en juin 2019, dont les modalités ont été modifiées deux mois plus tard, puis révisées en octobre 2020 à cause des répercussions économiques de la pandémie sur le secteur.

La dernière offre d’acquisition, appuyée en décembre dernier par les actionnaires de Transat, s’élevait à 190 millions, soit 5 $ par action — une enveloppe considérablement réduite par rapport aux 720 millions prévus avant que la pandémie ne cause l’effondrement de la demande dans le transport aérien.

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