La reprise économique post-COVID aura besoin d’une «injection d’équité»

Selon le FMI, le retard scolaire infligé aux élèves par les mesures de confinement a été généralement plus grand dans les ménages les plus pauvres et environ deux fois plus important dans les pays en développement que dans les pays riches.
Graham Hughes La Presse canadienne Selon le FMI, le retard scolaire infligé aux élèves par les mesures de confinement a été généralement plus grand dans les ménages les plus pauvres et environ deux fois plus important dans les pays en développement que dans les pays riches.

Les inégalités socio-économiques ont eu un effet déterminant sur les impacts de la pandémie. Elles devront aussi être au cœur des préoccupations des gouvernements s’ils veulent réussir leurs projets de relance économique.

La situation était pour le moins inhabituelle et peut-être révélatrice de la crainte de Statistique Canada qu’on ne retienne que l’aspect le plus spectaculaire de la nouvelle et qu’on rate une nuance importante. Généralement plus que discret, le statisticien en chef adjoint de l’agence fédérale s’est offert mercredi pour commenter ses nouvelles données sur la croissance économique au Canada au mois de janvier. La vigueur de cette croissance (0,7 % en janvier contre 0,1 % le mois d’avant) n’a pas manqué de surprendre plus d’un observateur, d’autant plus qu’elle s’est produite en plein retour des restrictions sanitaires pour freiner la deuxième vague de COVID-19 et que les premières estimations laissent croire qu’elle a gardé son allant au mois de février (+0,5 %).

« En fait, la situation est très hétérogène », a insisté Greg Peterson en entrevue au Devoir. Il y a des secteurs et des travailleurs qui en arrachent toujours, notamment dans l’hôtellerie, la restauration, la culture et le transport, a-t-il rappelé, et d’autres secteurs, comme la finance, les technologies de l’information, les ressources naturelles et le manufacturier, qui se sont plus que remis de la crise. Mais dans certains cas, ce rattrapage n’est pas si impressionnant parce que la situation avant la crise n’était pas brillante et que dans d’autres cas, il ne vient pas avec la création de tellement d’emplois, a fait valoir le statisticien.

Une faille qui grandit

La veille, c’était la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, qui martelait dans un discours que les trajectoires économiques n’étaient pas toutes les mêmes, aussi bien au sein de chaque pays que les pays entre eux. Dans une série d’études dévoilées cette semaine, son institution a continué de documenter non pas seulement l’impact inégal de la pandémie selon les pays, les secteurs et les travailleurs, mais aussi le fait que ces écarts trouvaient souvent leurs sources dans des inégalités et une pauvreté « préexistantes » qui risquent d’être exacerbées par la crise.

Le taux de mortalité lié à la COVID-19 a été, par exemple, deux fois plus élevé dans les comtés américains et les municipalités françaises les plus pauvres. Les travailleurs vulnérables, les jeunes, les minorités ethniques et les travailleurs moins qualifiés ont été beaucoup plus nombreux que les autres à perdre leur emploi. Or, un chômeur est souvent contraint de changer de métier pour trouver un nouvel emploi, ce qui s’accompagne, en moyenne, par une baisse de revenu de 15 %.

Quant au retard scolaire infligé aux élèves par les mesures de confinement, il a été généralement plus grand dans les ménages les plus pauvres et environ deux fois plus important dans les pays en développement que dans les pays riches, à raison de l’équivalent d’environ une demi-année de perdue pour les uns contre un quart d’année pour les autres.

Le rôle des gouvernements

Heureusement que les gouvernements ne sont pas restés les bras croisés, s’est félicité dans son discours Kristalina Georgieva. Sans leurs quelque 16 000 milliards $ US en aides financières d’urgence et en mesures de relance, « la récession mondiale de l’an passé aurait été au moins trois fois plus sévère [et] le monde aurait pu connaître alors une nouvelle Grande Dépression ». Mais leur travail est loin d’être terminé. Pour remettre l’économie sur ses rails, les pays devront convenir de faire sur la scène internationale ce que les plus riches ont déjà commencé à faire à l’intérieur de leurs frontières, c’est-à-dire accélérer la production et l’administration de doses de vaccins au plus grand nombre, dit le FMI. Ils devront aussi tirer les leçons de la crise et s’attaquer plus sérieusement à la réduction de ces inégalités qui les fragilisaient au début de la pandémie et qui menacent maintenant de plomber leur reprise économique.

Pour ce faire, il faudra améliorer l’offre de services universels en santé, en éducation et en petite enfance, ainsi que le filet social. Pour payer cet effort, le FMI note que « bon nombre de pays pourraient recourir davantage à l’impôt sur les successions et à l’impôt foncier », mais qu’on pourrait aussi augmenter l’impôt sur le revenu des plus riches, s’assurer que toutes les entreprises payent leur juste part, voire prélever des contributions temporaires spéciales. « Les choses sont parfaitement claires, a répété Kristalina Georgieva, il n’y aura pas de reprise durable sans injection d’équité. »

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