Les propriétaires d’un immeuble se défendent dans le Mile End

La fermeture récente de l’Arts Café, dans le Mile End, sème la consternation dans le quartier qui a perdu plusieurs commerçants dans les dernières années. Sur la photo, des passants lisent une note écrite à l’intention des clients par les anciens tenanciers du café.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La fermeture récente de l’Arts Café, dans le Mile End, sème la consternation dans le quartier qui a perdu plusieurs commerçants dans les dernières années. Sur la photo, des passants lisent une note écrite à l’intention des clients par les anciens tenanciers du café.

Les propriétaires de l’immeuble où se trouvait l’Arts Café, dans le Mile End, évoquent d’autres raisons que le montant du loyer pour justifier l’expulsion de leurs locataires. La fermeture du café sème la consternation dans le quartier, qui a perdu plusieurs commerçants dans les dernières années.

La semaine dernière, Diane Leclair, qui dirige le café depuis huit ans avec son fils, avait affirmé qu’une hausse de loyer de 40 % leur avait été demandée par les propriétaires, un couple de personnes âgées. Les deux parties s’étaient entendues sur une augmentation moindre, mais les commerçants avaient refusé une hausse annuelle de 7 % pour les années subséquentes. Ils ont été sommés au début mars de partir avant la fin du mois.

Les propriétaires de l’immeuble ne contestent pas ces faits. Toutefois, ils affirment que leur décision de demander le départ de l’Arts Café a été prise pour d’autres motifs. « Essentiellement, le non-renouvellement du bail n’a jamais été motivé par le montant du loyer, mais surtout par les différents bris au bail durant toute la durée de ce dernier par les locataires. Les propriétaires sont physiquement et émotionnellement épuisés », a déclaré l’avocate Mariama Diallo au nom du couple formé par Santos Brizuela et Mai Ly.

D’une part, les propriétaires affirment avoir reçu le paiement de loyer des semaines en retard à plusieurs reprises depuis un an, même s’ils avaient souscrit au programme d’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial. Ce programme permettait aux commerces de ne débourser que 25 % de leur loyer pendant la pandémie, alors que les propriétaires devaient quant à eux assumer 25 % de celui-ci.

« Le couple n’a que cette propriété comme source de revenus en plus de sa pension de retraite », précise Me Diallo.

M. Santos et Mme Ly soulignent que les commerçants ont détruit sans leur consentement un mur mitoyen au duplex voisin, que possède Mme Leclair. Ils auraient aussi demandé aux commerçants d’effectuer rapidement des travaux par rapport à leur friteuse et à un climatiseur, qui auraient été nécessaires pour respecter une réglementation municipale en matière de sécurité. Or, les propriétaires de l’Arts Café auraient indiqué que ces travaux ne seraient faits qu’au retour de leurs activités de restauration.

De son côté, Mme Leclair juge que les propriétaires « cherchent des arguments » pour justifier leur expulsion. Ce mur, de la taille d’une porte, a été détruit il y a huit ans, indique-t-elle, « sans que ça cause de problème jusqu’à maintenant ». Elle dit avoir longtemps eu l’intention d’acheter l’immeuble, mais que ce n’est plus possible en ce moment avec la flambée de l’immobilier.

Mme Leclair croit que les propriétaires cherchent à vendre l’immeuble et qu’ils pensent pouvoir en obtenir un bon prix « à condition que le locataire paye un très gros loyer ». « On est dans une situation complètement perdante en ce moment. On ne peut pas vendre notre café. On perd 350 000 $», a affirmé la commerçante.

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