Entrée en Bourse attendue pour la «start-up» montréalaise Dialogue

Cherif Habib, co-fondateur de Dialogue
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Cherif Habib, co-fondateur de Dialogue

La start-up montréalaise spécialisée en télémédecine, Dialogue, devrait faire son entrée à la Bourse de Toronto mardi. L’émission de 8,3 millions d’actions ordinaires au prix de 12 $ lui permettrait de lever 100 millions de dollars. À court terme, l’entreprise pourrait bénéficier de l’engouement des investisseurs pour la télémédecine, selon les experts.

L’introduction en Bourse de Dialogue aura été pilotée dans les dernières semaines par d’importantes institutions canadiennes, dont la Financière Banque Nationale, RBC Marchés des capitaux, la Banque Scotia et Valeurs mobilières TD.

« Dialogue n’a pas de problème à aller chercher de l’investissement dans le secteur privé », indique Jacques Bernier, cofondateur et associé principal chez Teralys Capital. Son entrée en Bourse devrait lui permettre d’obtenir les liquidités nécessaires pour « accélérer son développement », et lui servira également de « monnaie d’échange dans le cadre d’acquisitions futures », selon lui.

Si l’entreprise devait par exemple débourser 200 millions de dollars pour acquérir un concurrent, elle pourrait le faire — en totalité ou en partie — en échangeant des actions. Un avantage dans un marché qui est appelé à se consolider, note-t-il.

L’intérêt actuel des investisseurs pour les entreprises technologiques sur les marchés n’est certainement pas étranger à l’entrée en Bourse de Dialogue. « Les marchés publics attirent une masse d’argent actuellement », dit-il.

Un exemple : l’évolution du titre de l’américaine Teladoc Health. Entre 2015 et 2020, sa valeur a doublé. Or, au cours de la seule dernière année, la valeur de l’action de Teladoc a été catapultée ; elle a plus que doublé depuis le début de la pandémie.

« Nous avons investi très tôt dans Teladoc et les rendements ont été impressionnants », indique Martin Lalonde, président de Rivemont, un gestionnaire de fonds d’investissement. L’évolution du titre de l’américaine pourrait être un bon indicateur de ce qui attend Dialogue dans les prochains mois, car leur modèle d’affaires est similaire, souligne-t-il.

L’entreprise de Montréal a en effet opté pour un modèle d’affaires B2B, soit un modèle commercial entre entreprises. Dialogue a ainsi signé des contrats avec de grandes compagnies et établi des partenariats avec les principaux fournisseurs d’assurances collectives au pays : Desjardins, Great-West Life, SSQ Assurance, Sunlife. Une stratégie qui lui permet d’atteindre près de 2,5 millions de Canadiens.

« La télémédecine est une tendance lourde. Avec les défis de rétention de personnel et de rareté de main-d’œuvre, les grandes entreprises vont certainement prendre une plus grande responsabilité pour assurer un accès au réseau de la santé par leurs employés », estime M. Lalonde.

Un argument pour attirer la main-d’œuvre qualifiée ? Oui, mais pas uniquement, selon lui. Les recherches révèlent que la télémédecine contribue à réduire l’absentéisme au travail. En 2018, les projets pilotes de Dialogue soutenaient que sa solution permettait de réduire jusqu’à 10 % le taux d’absentéisme.

Tendance forte

« Ce que nous avons observé au cours de la dernière année, c’est moins la création de nouvelles innovations qu’une adoption accélérée de technologies existantes en raison de la pandémie », constate Jacques Bernier, de Teralys Capital.

Les chiffres lui donnent raison. Le service de réseautage en ligne pour les professionnels de la santé Doximity s’est intéressé à l’adoption de ces technologies aux États-Unis. Constat : « Plus de 20 % des visites médicales auront été faites en télémédecine en 2020 », ce qui représenterait l’équivalent de 30 milliards de dollars américains. Les chercheurs de Doximity prévoient que jusqu’à 106 milliards de dollars des dépenses en santé actuelles aux États-Unis pourraient être virtualisées d’ici 2023.

Pendant la pandémie, le nombre d’Américains soutenant avoir participé à au moins une visite grâce à la télémédecine a augmenté de 57 %, selon l’étude de Doximity. Les visites de personnes atteintes d’une maladie chronique auraient pour leur part augmenté de 77 %.

Un virage vers la télémédecine est observé aux quatre coins du monde, rappelle Jacques Bernier : « On voit une tendance qui se dirige de plus en plus vers des services offerts par des gens — qui ne sont pas nécessairement des médecins — qui peuvent donner des soins de base. C’est une tendance qui est très forte depuis très longtemps, mais la pandémie a accéléré le phénomène. »

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