Le blocage du canal de Suez perturbe les échanges commerciaux

Cette image satellite montre le porte-conteneurs de 400 mètres de long Ever Given, coincé sur la voie navigable du canal de Suez en Égypte et bloquant tout le trafic maritime à cet endroit.
Photo: Agence France-Presse / Cnes2021 Cette image satellite montre le porte-conteneurs de 400 mètres de long Ever Given, coincé sur la voie navigable du canal de Suez en Égypte et bloquant tout le trafic maritime à cet endroit.

Alors que les efforts se poursuivent pour dégager un porte-conteneurs géant coincé depuis mardi dans le canal de Suez, l’impact se fait sentir sur les échanges commerciaux. Selon les calculs de Lloyd’s List, une publication spécialisée dans le transport maritime, le blocage entrave le déplacement d’environ 12,1 milliards de dollars de marchandises chaque jour.

Le navire Ever Given, un porte-conteneurs de 400 mètres de long échoué, a entraîné des embouteillages massifs perturbant le trafic dans cette voie maritime cruciale pour le commerce international. Plus de 200 navires sont actuellement bloqués aux deux extrémités et dans la zone d’attente située au milieu du canal, selon Lloyd’s List.

La revue spécialisée évalue que le trafic quotidien du canal vers l’ouest (en direction de l’Europe) s’élève à 6,4 milliards de dollars, et à environ 5,7 milliards de dollars vers l’est (en direction de l’Asie). En tout, le canal concentre près de 10 % du commerce maritime international.

Les livraisons de pétrole et d’autres produits ont déjà engrangé d’importants retards, avec une brève répercussion sur les cours de l’or noir mercredi.

Impacts importants, mais relatifs

« Le canal de Suez est très important pour le commerce international, mais il ne faut pas exagérer l’ampleur des répercussions du blocage », tient toutefois à souligner Ari Van Assche, professeur au Département d’affaires internationales de HEC Montréal, en entrevue avec Le Devoir.

Le blocage ne durera pas des mois, et la valeur des marchandises qui transitent quotidiennement par le canal n’est pas perdue, leur livraison est seulement retardée, rappelle l’expert — citant une étude de 2012 du Bureau national de la recherche économique pour estimer les coûts additionnels engendrés par les retards occasionnés. Dans ce rapport, les économistes David Hummels et Georg Schaur estimaient que chaque jour de retard d’expédition entraînait un coût additionnel se situant entre 0,6 % et 2,3 % de la valeur des marchandises à bord d’un navire.

Et les effets dépendent aussi grandement du type de produit transporté, note M. Van Assche. Le retard de certains types de produits aura des conséquences plus grandes, notamment ceux qui font partie d’une chaîne d’approvisionnement de type « juste à temps », les pièces de voiture par exemple, ajoute-t-il.

10%
C’est le pourcentage de commerce maritime international qui se concentre dans le canal de Suez en Égypte.

« Ça pourrait commencer à créer des problèmes dans une semaine en Europe, où certaines industries devront ralentir leur production parce que les composants dont ils ont besoin ne sont pas encore arrivés », explique le professeur de HEC.

Pour ce qui est du cours du pétrole, M. Ari Van Assche estime que le soubresaut est probablement temporaire. « Déjà, il y a des bateaux qui ont décidé de ne plus emprunter le canal de Suez et de passer plutôt par le cap de Bonne-Espérance. Il y a aura des jours de retard, mais les livraisons finiront par arriver. »

Le détour par le cap de Bonne-Espérance représente toutefois un détour de 9000 kilomètres et 10 jours supplémentaires de route autour du continent africain. Et il y a des risques, en raison des activités de piraterie à l’est de l’Afrique, et de la recrudescence des crimes maritimes en Afrique de l’Ouest ces derniers mois, notait le Financial Times.

Incertitude quant aux retards

La société néerlandaise Smit Salvage, mandatée pour le « sauvetage » de l’Ever Given, s’est montrée prudente quant à la reprise du trafic dans le canal, évoquant « des jours, voire des semaines » pour dégager le navire qui pèse plus de 220 000 tonnes.

Selon l’Autorité égyptienne du canal de Suez (SCA), qui a reçu plusieurs propositions d’aide internationales, dont celle des États-Unis, il faudrait retirer entre 15 000 et 20 000 mètres cubes de sable pour atteindre une profondeur de 12 à 16 mètres et remettre le navire à flot.

Une tentative de renflouer le navire a échoué vendredi, a annoncé la Bernhard Schulte Shipmanagement (BSM), compagnie basée à Singapour qui assure la gestion technique du navire. « Deux remorqueurs supplémentaires de 220 à 240 tonnes » arriveront d’ici dimanche 28 mars pour aider à la remise à flot du porte-conteneurs, a-t-elle également fait savoir.

La SCA a annoncé vendredi que 87 % du processus de retrait du sable avait été effectué par les dragues. Une importante marée haute, prévue en début de semaine prochaine, pourrait aider les équipes techniques.

Avec l’Agence France-Presse  

Le canal de Suez en chiffres

— En moyenne, plus de 50 navires empruntent le canal chaque jour

18 829 navires ont transité l’artère maritime égyptienne en 2020

1,2 milliard de tonnes de marchandises y sont transportées
chaque année

— Environ 1,9 million de barils de pétrole y sont acheminés chaque jour

Sources : Autorité du canal de Suez, Lloyd’s List



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