Un marché immobilier de plus en plus hors de prix à Montréal

La croissance des prix sur le marché immobilier de la grande région de Montréal continue de prendre de l’ampleur, dépassant même celle du revenu de ses résidents. L’accès à une propriété pour les familles de la région risque ainsi de se complexifier, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

L’agence fédérale a publié un rapport jeudi qui fait état de « déséquilibres préoccupants » dans le marché de l’habitation de plusieurs villes du pays. La rareté du nombre de logements mis en vente dans le contexte de la pandémie combinée à une demande forte de la part d’acheteurs a accéléré la croissance des prix.

À Ottawa et à Toronto, le risque de surchauffe du marché immobilier est ainsi passé de « modéré » à « élevé », note la SCHL, qui dresse un état des lieux sur une base trimestrielle. Dans la grande région de Montréal, ce risque demeure pour l’instant « modéré ».

« Cependant, le rythme trimestriel des ventes a atteint de nouveaux records. Il en est résulté une forte hausse des prix à Montréal, de sorte que l’émergence de déséquilibres liés à la surévaluation doit être surveillée de près », prévient le rapport. Au dernier trimestre de 2020, le rythme des ventes a dépassé de 59 % le sommet atteint en 2009.

La SCHL note également que l’écart entre la demande et l’offre dans la région métropolitaine « continue de se creuser » sur le marché de la revente, alors que peu de logements mis en vente se sont ajoutés dans les derniers mois. Cela a entraîné une accélération de la croissance des prix, celle-ci ayant atteint 20 % au quatrième trimestre de 2020 par rapport à la même période l’année précédente.

« L’écart se creuse »

Or, l’emploi a connu une baisse d’environ 4 % l’an dernier par rapport à 2019. La SCHL constate donc que les prix sur le marché immobilier montréalais augmentent actuellement à un rythme plus soutenu que la croissance du revenu personnel disponible et de la population. Par conséquent, malgré les bas taux hypothécaires observés dans le contexte de la crise sanitaire, le risque de surévaluation sur le marché immobilier montréalais « s’approche du seuil problématique », prévient le rapport.

« L’écart se creuse » entre la croissance des revenus des Montréalais et celle des prix sur le marché immobilier, indique l’économiste Lukas Jasmin-Tucci, de la SCHL, en entrevue au Devoir. La métropole pourrait devenir de moins en moins abordable pour plusieurs ménages si les prix des logements continuent de grimper aussi vite.

« Ça va avoir un impact important sur les familles. Ça veut dire qu’elles devront mettre une plus grande part de leurs revenus pour s’acheter une propriété », observe l’expert.

Pas assez de logements à vendre

Après avoir connu une hausse au troisième trimestre de 2020, le nombre de logements mis en vente a d’ailleurs reculé à la fin de l’année dernière. Une situation qui n’est pas étrangère à la crise sanitaire, qui contribue au resserrement de l’offre de logements disponibles.

« Il y a beaucoup de personnes qui reportent le moment de déménager dans l’espoir de le faire dans un meilleur climat », constate le professeur agrégé à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal Jean-Philippe Meloche. Dans ce contexte, les premiers acheteurs sont « les plus pénalisés ».

« Ce sont les jeunes qui vont entrer dans le marché qui vont payer les frais de cela », laisse tomber l’expert. Les premiers acheteurs se retrouvent en fait à devoir payer une « surenchère » pour faire l’acquisition d’une première propriété, explique-t-il.

« Il faudrait beaucoup plus d’offres pour alléger cette pression sur les prix », soulève également M. Jasmin-Tucci. Ce dernier croit d’ailleurs que les départs de résidents de la grande région de Montréal vers d’autres régions du Québec pourraient éventuellement faire augmenter l’offre de logements mis en vente dans la métropole. Ce phénomène a justement eu pour effet d’augmenter le nombre de copropriétés disponibles pour les acheteurs dans les quartiers centraux de Montréal au cours des derniers mois.

M. Meloche estime pour sa part que la Ville de Montréal devrait apporter des allègements à son règlement d’urbanisme afin de faciliter notamment la construction de logements en hauteur. Une telle mesure pourrait selon lui contribuer à l’accélération de la construction de nouveaux logements dans les quartiers centraux de la métropole.

D’autre part, la hausse des prix s’accélère aussi dans le marché immobilier de la région de Québec. Cette croissance a ainsi atteint 11,1 % au quatrième trimestre de 2020 par rapport à la même période l’année précédente. Il s’agit de la hausse la plus importante depuis 10 ans dans ce secteur.

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