La construction a le vent dans les voiles

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Les mises en chantier de propriétés unifamiliales perdaient de la vitesse depuis plusieurs années, mais la pandémie a inversé la tendance.
Photo: Paul J. Richards Agence France-Presse Les mises en chantier de propriétés unifamiliales perdaient de la vitesse depuis plusieurs années, mais la pandémie a inversé la tendance.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les grands bâtisseurs

Après une année 2020 record sur le plan des mises en chantier au Québec, l’année 2021 poursuit sur le même élan, selon les plus récentes données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

La province comptait en février dernier 3984 habitations en construction, soit une hausse de 59 % par rapport au même mois en 2020. « Ce qui est arrivé en début d’année, c’est que plusieurs grands projets ont été lancés. C’est venu gonfler les chiffres de façon importante », explique Francis Cortellino, économiste à la SCHL.

Et ces chiffres sont plus élevés que ce qu’avait anticipé le directeur du service économique à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec, Paul Cardinal. « Les plus optimistes ne pensaient pas qu’on aurait un marché aussi dynamique que ça en 2020 et en ce début d’année 2021 », note-t-il, soulignant que l’année dernière a été la meilleure pour les mises en chantier depuis 2004 dans la province.

309 %

C’est la hausse de mises en chantier d’habitations à Sherbrooke entre février 2020 et février 2021. Pendant la même période, Montréal a connu un bond de 112 % et Québec, de 36 %.

Le mois de février 2021 a fait connaître un bond de 60 % aux constructions de logements collectifs, qui comprennent les appartements, les maisons jumelées et en rangées. Et si elles ne comptent que pour 10 % de l’activité des mises en chantier, les maisons individuelles ont tout de même enregistré une croissance de 46 % durant la même période.

Selon M. Cardinal, les mises en chantier de propriétés unifamiliales perdaient de la vitesse depuis plusieurs années, mais la pandémie a inversé la tendance. « Et on pense que ça va continuer », prédit-il.

Trois régions métropolitaines ont d’ailleurs connu des hausses dans la construction résidentielle dans la dernière année. C’est à Sherbrooke que la croissance a été la plus forte, avec plus de 309 % de hausse de mises en chantier. Montréal a connu un bond de 112 % et Québec, de 36 %.

Beaucoup de logements locatifs

Les appartements locatifs ont été le moteur de la construction en 2020 dans les grands centres urbains, aux yeux de M. Cortellino. « C’est un peu ça qu’on a à l’échelle provinciale, où les mises en chantier sont très fortes », résume-t-il.

Et en 2020, la région de Montréal avait tiré son épingle du jeu avec une effervescence jamais vue depuis la fin des années 1980, souligne M. Cortellino. « Pour vous montrer à quel point Montréal était sur une autre planète, c’est que la construction locative a été égale à celle du grand Toronto, du grand Vancouver, du grand Calgary et de la région d’Ottawa-Gatineau mis ensemble », illustre-t-il.

L’économiste à la SCHL ajoute que la plupart des zones urbaines de la province ont d’ailleurs des taux d’inoccupation faibles, sous les 3 %. Selon lui, le marché locatif le plus durement touché par la pandémie a été celui des secteurs centraux de Montréal, où l’on compte beaucoup moins d’étudiants internationaux et d’étrangers en raison de la fermeture des frontières et des restrictions au voyage. Il prévoit néanmoins que cette baisse du taux d’occupation des logements est temporaire dans la métropole.

De son côté, M. Cardinal croit que des promoteurs ont devancé la construction de leurs projets à Montréal afin de ne pas être soumis au Règlement pour une métropole mixte. Entrant en vigueur le 1er avril, ce règlement les contraindra à bâtir un certain nombre de logements sociaux et abordables. « [Les promoteurs] ont voulu obtenir toutes les approbations, leurs permis, et pouvoir commencer leurs chantiers comme ils l’avaient planifié au départ et non pas être obligés de modifier tout leur projet en fonction de ça », avance-t-il.

Une légère baisse en 2021 ?

S’il avait prévu un ralentissement des mises en chantier en raison de la pandémie au début de l’année en cours, M. Cardinal estime que c’est le contraire qui s’est produit pour les mois de janvier et février. « C’est plus vigoureux que ce qu’on pensait. Certains indicateurs montrent à tout le moins qu’on va probablement garder un volume assez important », dit-il.

Même s’il préfère ne pas s’avancer à prédire une hausse ou une baisse pour les mois à venir, M. Cortellino abonde dans le même sens. « Il y a quand même certains facteurs sur le marché qui font en sorte de soutenir la construction résidentielle », ajoute-t-il, soulignant le faible de nombre de propriétés disponibles, autant sur le marché de l’immobilier neuf que celui de la revente. « Il y a une forte demande, pas beaucoup d’offres, donc ça passe par des hausses de prix assez soutenues. Ce qui fait en sorte que le besoin de nouvelles habitations est toujours présent. »

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