Les recherches de propriétés explosent sur le Web

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Laval est la seule municipalité québécoise à figurer au palmarès des  dix villes les plus recherchées au Canada.
Getty Images Laval est la seule municipalité québécoise à figurer au palmarès des dix villes les plus recherchées au Canada.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les grands bâtisseurs

La fièvre de l’immobilier au Québec est perceptible jusque dans les recherches sur le Web. Les questions concernant les prêts hypothécaires atteignent d’ailleurs des sommets, selon les plus récentes données de Google Trends parues en mars.

« Les maisons à vendre, les prêts hypothécaires, les calculateurs hypothécaires, les taux d’intérêt, tout ce qui a trait à un achat de maison monte vraiment en flèche », constate Luiza Staniec, experte en tendances chez Google Canada.

Ainsi, au Québec, les recherches les plus significatives selon Google Trends ont été à propos des taux d’intérêt hypothécaires et des calculateurs de prêts. « Combien en prêt hypothécaire puis-je me permettre ? Qu’est-ce qu’un prêt hypothécaire ? Une hypothèque inversée ? Comment calculer les paiements d’un prêt hypothécaire ? En somme, les questions assez classiques qu’on devrait se poser avant de faire un achat », souligne Mme Staniec.

Selon le Registre foncier du Québec, le volume de transactions immobilières en février 2021 était d’ailleurs le plus haut enregistré depuis les six dernières années.

« Les recherches de son petit coin de paradis ou de plus d’espace à l’extérieur de la ville, que ce soit pour un chalet, une maison, une propriété permanente ou pour s’évader le week-end, ont eu vraiment les plus grandes croissances », ajoute Mme Staniec.

Un exode vers les banlieues

Les internautes ont aussi été beaucoup plus nombreux à désirer acheter des maisons à l’extérieur des grands centres urbains. Ainsi, les recherches pour les propriétés à vendre sur la Rive-Sud dans la région de Montréal ont connu une hausse de 4200 % l’année dernière, selon les données de Google Trends. La région de Lanaudière suscite également l’intérêt avec un bond de 450 %. Viennent ensuite l’Outaouais, l’Estrie, et la municipalité de Saint-Jean-sur-Richelieu, avec 350 % d’augmentation. « C’est quand même incroyable », constate Mme Staniec.

Du point de vue des villes, Laval est la seule municipalité québécoise à figurer au palmarès des dix villes les plus recherchées au Canada. Un engouement qui n’était pas présent avant la pandémie, estime l’experte en tendances Google, qui était « surprise » de ce résultat. « C’est l’une des villes ou communautés en dehors de Montréal qui est la plus proche. Peut-être qu’on peut en avoir plus pour son argent ? Je ne sais pas », avoue-t-elle.

La hausse des recherches de maisons a également entraîné un bond des déménagements l’année dernière, même si la pandémie a obligé à certains reports. Ainsi, un Québécois sur dix a répondu avoir changé de demeure à cause de la pandémie, selon une enquête menée par l’entreprise MovingWaldo, une plateforme de conciergerie en déménagement, auprès de plus de 1500 personnes.

« En outre, 85 % des Québécois ont mentionné avoir précipité leur décision de déménager à cause de la crise sanitaire », explique Philippe Tardif-Michaud, cofondateur de l’entreprise. Il s’est dit « surpris » des résultats, alors que son équipe s’attendait à observer la tendance inverse avec l’arrivée de la COVID-19.

Déménager pour changer d'air

Mme Staniec constate que cette hausse de recherches sur l’immobilier coïncide avec le tout début de la pandémie. Son équipe estime que beaucoup désirent un plus grand espace, en raison des périodes de confinement. « Puisque les gens passent plus de temps chez eux, la maison devient aussi un bureau et une classe virtuelle. Et pour plusieurs, c’est aussi leur salle de gym ou leur boulangerie, souligne-t-elle. On connaît tous quelqu’un qui a fait son propre pain. »

Le cofondateur de MovingWaldo abonde en ce sens. « En effet, 50 % [des gens qui ont déclaré déménager] disent que c’était surtout pour changer d’air », note-t-il. Et la réduction du prix du loyer a incité 37 % des répondants à le faire, tandis qu’un nombre égal a dit vouloir habiter dans un nouvel environnement. Près du tiers des sondés ont invoqué comme raison de déménagement l’envie de se rapprocher de leur famille, et le quart, le besoin de plus d’espace ou de quitter la ville. Le bureau à domicile a aussi convaincu des gens de déménager, avec 12 % des personnes interrogées qui ont expliqué désirer optimiser les conditions de télétravail.

L’attrait pour les chalets a également été perceptible dans les recherches sur Google, spécialement à La Tuque, où les recherches ont connu une hausse de 500 %. La municipalité est suivie de Saint-Donat, Lac-Simon, Portneuf et Lac-Brome, où les recherches ont doublé, voire quadruplé en 2020.

Un engouement pas près de s’estomper

L’attrait pour une nouvelle propriété continuera sur sa lancée en 2021, estime Mme Staniec, qui prévoit tout de même des variations quant aux types de recherches selon les saisons. Ainsi, en février et mars, les mots tapés sur Google qui ont connu le plus d’essor sont à propos des roulottes. « Ça va aussi avec le printemps. On est peut-être plus portés à regarder pour ce type de transaction », croit-elle. Les roulottes à vendre sur des terrains de camping ont enregistré un bond de 450 % au cours des derniers mois. Les demandes d’informations au sujet des roulottes quatre saisons ont grimpé quant à elles de 250 %, toujours d’après les données de Google Trends. Une tendance notamment observable en raison de la fermeture des frontières et les nombreuses mesures visant à restreindre les voyages à l’étranger.

Le nombre de déménagements sera également deux fois plus élevé en 2021 que l’année dernière pour quitter les centres urbains au profit des banlieues, prévoit M. Tardif-Michaud. Selon les résultats de l’étude menée par MovingWaldo, un Québécois sur cinq envisage de déménager cette année en raison de la pandémie, contre un sur dix en 2020. La moitié projettent même le faire dans les six à douze mois à venir. Et le tiers des sondés âgés de 18 à 30 ans éprouveraient le désir de passer à l’acte prochainement. « Plus de gens vont migrer possiblement vers les banlieues et à l’extérieur de la ville », prédit-il.

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